Une compositrice méconnue : Anna-Magdalena Bach

Le répertoire, les oeuvres pour violoncelle, ...
Mat
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Une compositrice méconnue : Anna-Magdalena Bach

Message par Mat » jeu. avr. 02, 2015 9:57 am

En voila une idée farfelue qui m'est venue petit à petit depuis des années et qui commence à se préciser depuis que je travaille avec les livres d'Anner Bylsma sur les suites de Bach.

Je trouve qu'il y a des pièces dans les petits préludes et fugues par exemple, ou ailleurs, qui ont caractère particulier, avec un sens mélodique plus simple, et qui n'ont pas les caractéristiques de la "machinerie harmonique" typique chez JSB (les marches harmoniques en guise de cadences par exemple).

La participation de Mme. Bach à l'œuvre d'édition de son mari (copies des partitions, peut-être réalisation de thèmes, fugues &c…) semble être beaucoup plus importante que l'on a bien voulu le voir jusqu'à une époque récente (en qualité surtout), et le travail d'équipe en famille était très répandu dans la société de l'époque (les professions se transmettaient souvent de père en fils, les guildes de métiers étaient des syndicats très protectionnistes &c…). De plus, l'immense figure de JSB fait naturellement de l'ombre à ses collaborateurs, comme c'est encore le cas chez les écrivains actuels avec leurs équipes de "nègres". Enfin, et ce n'est pas contradictoire, il semble que JSB ait été un père très ouvert à la création et à l'évolution musicale dans la famille (ses fils ont beaucoup contribué à l'évolution musicale) et il est possible que plutôt que JSB lui-même, ce soit le couple Bach qui ait formé ce creuset de travail et de recherche musicale en famille.
Ces éléments font qu'il n'est pas impossible que Mme. Bach, discrète épouse, ait beaucoup contribué à la production maison (comme une femme de paysan contribue au travail de la ferme de son mari).

Cette découverte - qui reste à étayer - pourrait d'abord déranger la conception que nous avons de l'œuvre JSB, mais ensuite nous offrir un regard entièrement nouveau sur la réalité et la pratique musicale dans le monde musical des Bach, ce qui ne manquera pas de remettre profondément en question nos habitudes d'interprétation des 6 suites pour violoncelle sans basse, et de toute la musique de Bach, voire de la musique baroque.
La première remise en question, c'est notre usage de l'archet qui semble être traditionnellement à la française (façon orchestre Lully), alors que la tradition italienne était toute différente.

Les pages d'Anna-Magdalena ont bien un caractère qui reste à bien définir, c'est une chose. Mais il y a aussi un autre travail à faire pour établir cette théorie, c'est l'usage du chiffre (code) extrêmement répandu à l'époque et dont Bach à largement montré le goût. Il s'agit d'indiquer par des notes par exemple, un mot ou une phrase qui donne un sens à la partition. Tous les auteurs de l'antiquité, du Moyen-Âge jusqu'à la renaissance ont montrés leur virtuosité dans ce domaine et des musiciens-chercheurs ont récemment découverts des thèmes cachés dans certaines œuvres de Bach (une mélodie connue de l'œuvre de Bach dont les notes apparaissent régulièrement espacés par d'autres notes dans une autre partition de Bach a priori sans rapport), et l'on connait le jeu du thème B-A-C-H (si bémol, la, do, si bécarre), ainsi que de nombreux autres exemples. Ces codes servent souvent de signature et pourrait aider à prouver cette théorie.

En fait, cette théorie sera évidemment méprisée et critiquée, comme toujours quand quelque chose de nouveau dérange l'usage. Mais il faut réaliser que à part son côté révolutionnaire, elle n'est pas objectivement si extraordinaire que ça : elle change l'image mentale que nous avons de la famille Bach, mais elle reste tout à fait crédible dans la société de l'époque.

Je vous propose un jeu : imaginez qu'il est traditionnellement établi que certaines œuvres du répertoire BWV soient composées par Anna-Magdalena, c'est admis.
Maintenant, jouez le prélude de la 2° suite, ou les 2° (Do majeur) et 5° (ré mineur) petits préludes (Du recueil "Petits préludes et fugues", pour clavier) en pensant à AMB à sa table de travail à côté du clavecin, la plume à la main, qui travaille à la production familiale… ça sonne bien non ?

pmelet
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Re: Une compositrice méconnue : Anna-Magdalena Bach

Message par pmelet » jeu. avr. 02, 2015 3:48 pm

Il y a un truc qui me gêne toujours avec cela : le fait que Anna-Magdalena n'est l'épouse de Bach qu'à partir de 1722, alors que par analyse comparative de style, on suppose que les suites ont été écrites autour de 1720 (les sonates et partitas pour violon sont finies en 1720).
Donc du vivant de Maria Barbara. Et, a priori, avant que Bach ne rencontre AMB.

Bach part de Kothen en main 1723. Et cesse d’écrire de la musique instrumentale (concertos et autres) pour se consacrer au sacré et au clavier, sa véritable passion (jeu de mot !!!!).
Donc, à moins de me démontrer que AMB a pris une importance musicale fondamentale en moins de 18 mois, au point d'écrire sous le nom de J.S.Bach (alors même qu'il semble que Bach parfait sa formation, en lui écrivant par exemple des méthodes de clavier: les "Petits livres de notes d'Anna Magdalena Bach"), je suis sceptique.

Il ne faut pas oublier que les suites de Bach sont un chef d’œuvre musical, certes. Mais aussi un tour de force technique : elle paraissent beaucoup plus faciles techniquement que les sonates et partitas pour violon, en particulier les 3 premières, qu'un hypothétique bon violoncelliste déchiffrerait sans mal ... s'il en existait qui ne les connaissent pas par cœur. Donc, on peut-être tenté de supposer qu'elles sont le travail d'un compositeur moins hardi que celles pour violon.
Mais il faut considérer ce qu'était le violoncelle à l’époque: un instrument nouveau (il remplace progressivement la "basse de violon", merci les cordes filées métal qui permettent de faire des instrument plus courts), mais toujours difficile à faire sonner, peu pratique parce qu'instable (les démanchés en particulier), joué avec un archet moins efficace, etc...
Et pourtant, les suites sont très "violoncellistiques" : et donc, pas l’œuvre d'un compositeur malhabile, loin s'en faut ...

Des œuvres pour violoncelle seul, en 1720, il y en a ... pas. Des sonates avec continuo, oui (ex: Barrière). Mais seul, non.
Bref, en plus, une œuvre "expérimentale" !

Quand Bach épouse AMB, il est encore jeune, mais derrière lui il a déjà un monceau de chefs d’œuvres:
- sonate et partitas pour violon (avant 1720)
- concertos brandebourgeois (avant 1721)
- clavier bien tempéré I (avant 1722)
et peut-être
- les 4 suites pour orchestre

Ce genre de perspective est assez habituel : depuis un quart de siècle, des historiens militants essaient de trouver derrière les grands hommes de grandes femmes : par exemple, Mileva Einstein qui aurait contribué anonymement aux travaux de Albert Einstein.

Pourquoi pas ? mais à moins d'avoir des preuves. Et pour AMB, je suis pas bien convaincu, pour le moment.
Modifié en dernier par pmelet le jeu. avr. 02, 2015 5:30 pm, modifié 2 fois.
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Mat
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Re: Une compositrice méconnue : Anna-Magdalena Bach

Message par Mat » jeu. avr. 02, 2015 5:17 pm

Oui, pmelet, mais les suites ont bien des chances d'avoir été composées après 1723, et les copies sont tardives (1726 apparemment). De plus, les œuvres pour violoncelle seul existaient déjà, par exemple les 7 études de Gabrielli (ricercare).

Mais je n'ai pas un point de vue à défendre mordicus mais j'aimerais plutôt lancer une discussion constructive et faire une recherche ensemble.

Je pense quand même que la "petite main" du maitre faisait les copies, les réalisations, et de là, il n'y a qu'un pas à faire plus ou moins totalement les compositions. Il faut garder en mémoire que le travail en famille implique un partage des taches, une compétence générale de tous, et une abnégation au niveau de la reconnaissance personnelle (signature).

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Re: Une compositrice méconnue : Anna-Magdalena Bach

Message par pmelet » jeu. avr. 02, 2015 7:22 pm

Pourquoi supposer que AMB, dès 1723, se met brusquement à écrire dans le style de son mari, style que celui ci à mis 20 ans a développer, avec autant d’œuvres que nécessaire pour suivre ses influences successives, à commencer par sa famille (la plus grande famille de musiciens professionnels de l'histoire, au point que le patronyme de Bach devient un synonyme de musicien) ; mais aussi Buxtehude, Lully, Vivaldi, etc.

On ignore la date des suites.
Par contre, on connait celle du clavier bien tempéré (1720). Le 1er prélude, stylistiquement, est proche du prélude de la première suite, non ?
Et les sonates et partitas pour violon (1720) n'ont visiblement pas attendu AMB.

Les suites ne paraissent pas singulières dans l’œuvre de Bach (sauf la régularité de l'enchainement des danses, soit !).
Ce n'est pas le cas de la "toccata et fugue en ré", par exemple. Dont on conteste assez légitimement l'attribution à Bach.

Mais, il est incontestable que TOUTE la famille a participé à la vie musicale du foyer ... mais surtout comme copistes, instrumentistes et élèves.

Je n'ai aucun élément pour affirmer que AMB n'est pas l'auteure des suites ... mais je ne vois pas d'élément pour soutenir cette thèse.
D'ailleurs, pourquoi AMB n'a pas écrit après le décès de Bach ?

D'autre part, si dans la maison Bach, les femmes pouvaient librement influencer le Pater Familias en lui instillant des idées, voire en écrivant sous son nom, pourquoi ne trouve pas trace du talent de ses filles (4 ayant vécu adulte) alors qu'il est patent qu'il a excellemment formé ses fils ?
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Re: Une compositrice méconnue : Anna-Magdalena Bach

Message par Mat » ven. avr. 03, 2015 9:53 am

Bonjour pmelet et tout le monde,
En fait, je suis musicien, et non pas historien (bien qu'il soit intéressant de s'intéresser à tout), et mon sujet qui démarre comme un sujet historique finit par un petit "jeu".

Il est bien évident que AMB, jeune épousée du dieu vivant JSB a du subir une influence très profonde qui lui a sans aucuns doutes permit de composer immédiatement dans le style de JSB (vous avez sans doute expérimenté le mécanisme de transmission et de projection qui fait que jouer une soirée avec un maitre vaut 10 ans de cours).
On connait mille exemples : par exemple, Doug Raney, obscur guitariste rock-blues (moins obscur que moi ;-) ) qui gratouille longtemps vaguement dans un style indéfinissable retrouve un jour Jimmy Raney, son père, qui est un merveilleux guitariste de Jazz Be-bop et qui, du jour au lendemain joue parfaitement dans le style de son père au point qu'il est difficile de discerner l'un de l'autre dans les disques qu'ils ont enregistrés ensemble. A la mort de Jimmy, Doug disparaitra rapidement de la scène, comme AMB à la mort de son mari…

Le second thème de mon sujet est que l'histoire forme toujours une image très masculine des évènements, précise et imposante. Or, à l'époque, notre héros était peut-être un petit bonhomme rigolard qui a peut-être écrit sa cantate des paysans pour draguer la fille d'un coupeur de blé qu'il avait rencontré en buvant des coups à l'auberge… De toute évidence, JSB était plus révolutionnaire que conservateur, et humaniste (à l'image du courant humaniste "rosicrucien" qui animait la réforme -réforme religieuse et sociale à l'époque de Luther). Il semblait être bon père, tolérant avec la musique nouvelle préférée par ses fils (c'est rare !), et toujours au service de la musique (les musiciens et compositeurs se sont plus souvent servit de la musique qu'ils ne se sont eux-mêmes considérés comme leurs serviteurs…). Il signait (on peut dire que c'est une signature) DSG (Deo Soli Gloria - à Dieu Seul la Gloire).
Est-ce que AMB aurait-elle eu envie de signer AMB quand son mari signait DSG ?
Et donc La présence féminine chez JSB et dans la maison Bach a tout simplement été totalement zappée et a disparu de l'imaginaire quand il est question de notre "Alpha et Omega" de la musique.

Dans le même style, comment lire la Bible si l'on réalise (ou si l'on imagine…) que Jéhova, le terrible Dieu de Moïse est une réminiscence de la Déesse primordiale dont on trouve des traces dans les sociétés matriarcales pré-bibliques (et donc que les religions bibliques seraient donc matriarcales !). Je ne vais pas développer cette digression, mais je veux mettre l'accent sur le fait que avoir une image mentale très solide nous empêche de voir la réalité des choses. C'est ce qui fait que l'on ne joue en fait jamais la partition, mais à 99 % l'image que l'on a formé de cette musique. Et quand nous prétendons nous mettre au service de la partition, nous ne faisons le plus souvent qu'ânonner ce que nos professeurs nous ont inculqués de leur tradition (qui ne vient pas de JSB)…
Donc jouer certaines pièces de Bach en pensant que c'est AMB qui, éprise et dévouée à son mari l'a amoureusement composée, ça donne un sens qui n'est peu être pas un simple délire.
Et ne serait-ce que travailler les 6 suites sur le manuscrit de AMB avec dévotion pour la maitresse de la maison Bach (donc plus que une simple petite main qui copie vite fait entre une vaisselle et une têtée…), ça ouvre des perspectives :D

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Re: Une compositrice méconnue : Anna-Magdalena Bach

Message par pmelet » ven. avr. 03, 2015 2:41 pm

L'idée est séduisante, mais infondée.
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Re: Une compositrice méconnue : Anna-Magdalena Bach

Message par Mat » mer. avr. 15, 2015 10:22 am

Bonjour pmelet et tous,
Oui, c'est séduisant et infondé, et c'est à mon avis suffisant pour être intéressant : Je ne suis pas compétent pour soutenir cette thèse d'une façon rigoureuse, (avec le cerveau gauche), et ce n'est pas certain qu'elle puisse être soutenue. Mais en revanche, l'idée fait réfléchir sur le contexte dans lequel l'œuvre est née (cadre familial), ce qui pourrait nous libérer de certaines habitudes de jeu.
L'idée de se persuader (le temps de l'étude et du jeu) que ces pièces ont été écrites par une femme est non seulement séduisante mais libératrice : ce n'est pas par hasard que les musiciennes aiment jouer les œuvres de leurs consœurs (Elisabeth Jacquet de la Guerre, Clara Schumann…). La sensibilité féminine du (de la) musicien(ne) est mis en valeur.
Jouer ces suites avec une sensibilité plus féminine pourrait donner un charme à ces suites qui à souvent été occulté par une tradition de violoncelliste très masculins.
Que penseraient nos membres du beau sexe de jouer ces suites de danses en pensant que ce sont l'œuvre d'une compositrice ?

Dans le même domaine, j'ai été séduit par l'interprétation de Paulo Pandolfo, viole de gambe, qui a ce caractère très féminin.

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Re: Une compositrice méconnue : Anna-Magdalena Bach

Message par JBap » mer. avr. 15, 2015 11:00 am

Pardon mais... C'est pas un peu du baratin, tout ca? :D Plusieurs questions pour toi:
- C'est quoi jouer "de manière féminine"? Ecoute un peu les violoncellistes féminines, et dis-moi en quoi J. Du Pré ou N. Gutman joue de manière plus féminine que Yoyo Ma ou S. Isserlis...
- Explique-moi en quoi les compositions de Fanny Mendelssohn sont plus "féminines" que celles de R. Schumann?
- Sur quoi te bases-tu pour dire que les musicienNES jouent plus volontiers les oeuvres de compositrices que leurs homologues masculins?
- En quoi avoir conscience que l'oeuvre serait née dans "le cadre familial" nous "libèrerait de certaines habitudes de jeu", et surtout, de quelles habitudes parles-tu?

C'est très poétique tout ce que tu racontes, mais concrètement, si tu ne peux répondre à mes questions, il faut reconnaitre que c'est du vent. Avec un agréable parfum, certes :D mais du vent.
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Re: Une compositrice méconnue : Anna-Magdalena Bach

Message par StormyWeather » mer. avr. 15, 2015 1:49 pm

JBap a écrit : - C'est quoi jouer "de manière féminine"?
Avec un ruban rose dans les cheveux et des stickers de fleurs collés sur la caisse? :jesors:

Image
JBap a écrit : C'est très poétique tout ce que tu racontes
mouaif , bof... ^^ tu as une conception plutôt ..."féminine" du poétique, JBap ... :roll: :P
JBap a écrit :Pardon mais... C'est pas un peu du baratin, tout ca? :D
il faut reconnaitre que c'est du vent. Avec un agréable parfum, certes :D mais du vent.
+1 :ok:

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Re: Une compositrice méconnue : Anna-Magdalena Bach

Message par JBap » mer. avr. 15, 2015 2:04 pm

Pas de moquerie stp ;) je n'aimerais pas que Mat se vexe avant même de me répondre. Car ce n'était pas mon but :)
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Re: Une compositrice méconnue : Anna-Magdalena Bach

Message par pmelet » mer. avr. 15, 2015 2:10 pm

Mat a écrit :l'idée fait réfléchir sur le contexte dans lequel l'œuvre est née (cadre familial), ce qui pourrait nous libérer de certaines habitudes de jeu.
L'aspect familial de l’œuvre de Bach est parfaitement compris, et étudié. Bach est le seul compositeur majeur dont un fils au moins ait été compositeur majeur lui aussi. Et dans son cas, 3 (C.P.E., W.F., J.Christian) avec un autre compositeur important (J.Christoph) (J'exclus J. Strauss: il a tout fait pour interdire a son fils de devenir compositeur...). Autant dire qu'on sait avec certitude que la maisonnée Bach était un haut lieu de la pédagogie musicale, et donc de musique tout court.
Mat a écrit :ce n'est pas par hasard que les musiciennes aiment jouer les œuvres de leurs consœurs (Elisabeth Jacquet de la Guerre, Clara Schumann…). La sensibilité féminine du (de la) musicien(ne) est mis en valeur.
Pas un hasard, mais le fait que la place de la femme dans la société d'alors conduit des femmes d'aujourd'hui, par le fait d'une sensibilité historique et politique, à s’intéresser à des musiciennes injustement oubliées: Clara Schuman, Fanny Mendelssohn, etc.
Le fait que Marie-Claire Alain se consacre beaucoup a l’œuvre de Jehan Alain, par exemple, relève du même raisonnement: je me sens proche d'un compositeur, je le défend. Rostropovich pour Chostakovitch, Britten, Prokoviev.
Mat a écrit :L'idée de se persuader (le temps de l'étude et du jeu) que ces pièces ont été écrites par une femme est non seulement séduisante mais libératrice [...]
Que penseraient nos membres du beau sexe de jouer ces suites de danses en pensant que ce sont l'œuvre d'une compositrice ?
Principe de logique : de prémisses fausses on peut déduire ce qu'on veut.
Moi, je me suis convaincu que Bach était athée militant, socialiste libertaire et anarchiste. Ça m'aide a comprendre son œuvre sacrée: comme un pied de nez à son époque. C'est tellement évident ! Sinon, comment expliquer que les passions ait été mal accueillies a Leipzig ?
Avec cette perspective mon interprétation des suites change: la première suite préfigure l'internationale socialiste, non ? Et la sixième préfigure la révolution française.
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Re: Une compositrice méconnue : Anna-Magdalena Bach

Message par JBap » mer. avr. 15, 2015 3:47 pm

:D Pas mal. Mais j'en reviens à Mat, je ne veux pas qu'il se sente intimidé!
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Re: Une compositrice méconnue : Anna-Magdalena Bach

Message par pmelet » mer. avr. 15, 2015 5:04 pm

JBap a écrit :je ne veux pas qu'il se sente intimidé!
C'est pas le but, en effet.
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Re: Une compositrice méconnue : Anna-Magdalena Bach

Message par Mat » mer. avr. 15, 2015 10:04 pm

Pmelet, ton postulat de départ n'est pas mal (par principe) pour nourrir ton inspiration d'interprète, et ça nous emmène à une question intéressante : l'interprète est-il un créateur qui utilise le matériau laissé par le compositeur (comme en Jazz), ou bien, il est un instrument au service du compositeur (comme ont le dit souvent dans le monde classique) ? Question sans réponse définitive bien sûr, question qui, et c'est là que c'est intéressant, reste posée, définitivement.
Ma thèse de prendre l'idée que AMB est la compositrice des Suites est de cet ordre.
Pour revenir à la féminité musicale, je préfère laisser la parole au femmes du forum qui sauront mieux que nous si le fait d'être un homme ou une femme peut avoir une importance dans la sensibilité musicale :) Et puis la féminité n'est pas réductible à quelques paramètres, c'est ce qui en fait le charme, entre autre.
Jacqueline Du Pré, j'en suis fan, mais je la préfère dans Elgar que dans Bach, comme tous les violoncellistes de cette génération.

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Re: Une compositrice méconnue : Anna-Magdalena Bach

Message par Anacrouse » mer. avr. 15, 2015 10:37 pm

Le chant intérieur, énigme pour une certain nombre d' amateurs , se nourrit, si j'ai bien compris d'un certain nombre de connaissances ET d'imaginaire ...
A ce titre Mat présente davantage l’hypothèse de AMB comme nourrissant son chant intérieur que comme une vérité à défendre mordicus.
Le ton de Mat m’amène à penser cela :) mais je le trompe peut être.
Quant au fait que les femmes puissent en dire davantage sur le jeu des femmes violoncellistes que les hommes, je ne vois pas pour ma part à quel titre...
A l'aveugle je ne me suis jamais posée la question de savoir si le jeu que j'entendais était féminin, mais parfois de penser à un ou une violoncelliste en particulier,donc à l'identité du jouer/joueuse .
Bonne soirée :)

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