Programmes frelatés

Le répertoire, les oeuvres pour violoncelle, ...
François 2
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Programmes frelatés

Message par François 2 » mar. mai 08, 2018 11:41 am

Je sens que je vais me faire des amis…

En effectuant des recherches sur les « concertos » et « concertinos » de Bréval (voir mon intervention récente titrée « Pauvre Bréval »), j’ai été frappé par le fait que les bidouillages de Feuillard, publiés dans les années 1930, sont sans cesse réédités et proposés à la vente par tous les distributeurs de musique imprimée.
Comment expliquer cet étrange succès ?
Une petite enquête complémentaire permet d’apporter un élément de réponse : les conservatoires et écoles de musique continuent à définir des programmes incluant ces pièces. Et comme il est interdit de se présenter aux examens avec des photocopies, il faut nécessairement acheter les éditions en question.

Mais qui donc ose encore imposer ces « arrangements » douteux, stylistiquement dépassés, à une époque où on insiste à juste titre sur la nécessité d’une interprétation aussi respectueuse que possible du texte et du langage musical du compositeur ?

Voici une petite liste, non exhaustive, d’établissements faisant jouer aujourd’hui ces partitions :

« Concertinos de Bréval »
Aix 2017, Amiens 2013, Boulogne-Billancourt 2016, Caen 2018, Clermont-Ferrand 2017, Lille 2018, Lyon 2018, Marseille 2013, Saint-Étienne 2017, Villeneuve-sur-Lot 2018
En Suisse : Genève 2004, Lausanne, Neuchâtel
En Allemagne : Sachsen
En Espagne : Avila

« Concertos de Bréval »
Aix 2017, Amiens 2013, Annecy 2014, Clermont-Ferrand 2017, Lyon 2018, Nice (Cham) 2012, Perpignan 2017, Saint-Étienne 2017, Strasbourg 2018
En Suisse : Neuchâtel, Lausanne
En Espagne : Avila, Barcelone (école privée), Bellatarra, Irun, Viveiro, Vitoria-Gasteiz

On n’hésite pas non plus à proposer des faux notoires, comme le « Concerto en ut mineur de Jean Chrétien Bach » (parfois attribué dans certaines listes à J.S. Bach lui-même…), dont tout le monde sait (ou devrait savoir) aujourd’hui qu’il est l’œuvre d’Henri Casadesus : Annecy 2014, Caen 2015, Paris (CRR) 2018, Rouen 2018, Valence-Romans 2014 (ainsi que Lausanne, Avila, Irun, Viveiro).

On peut lire sur Internet des affirmations du genre : « La sonate en sol de Sammartini serait, selon les spécialistes, l’œuvre du compositeur français Martin Berteau ». Il n’est pas besoin d’être un érudit confirmé pour vérifier (sur le site IMSLP par exemple) qu’elle a été effectivement publiée en 1748 par Berteau : c’est la sonate n° 3 de son opus 1. Mais pour bon nombre de professeurs, elle est encore signée Sammartini : Clermont-Ferrand 2017, Marseille 2013, Nice (Cham) 2016, Rouen 2018, Saint-Étienne 2017, Strasbourg 2018 (et Lausanne, Avila, Barcelone, Irun, Viveiro). Personne, semble-t-il, ne donne cette sonate sous le nom de son véritable auteur...

La palme revient à ce conservatoire qui définissait récemment un bien curieux programme à l’intention de ses élèves violoncellistes :
Pour les XVIe et XVIIe siècles : Telemann, sonate en la mineur et Haendel, sonate en sol pour deux violoncelles.
Dans le XVIIIe siècle on trouvait : le concerto en ut mineur de Jean Chrétien Bach, les « concertos de Bréval », la « sonate ancienne » de Blainville (à côté de Boccherini et Vivaldi).
Bizarre : Telemann et Haendel classés dans le XVIIe, leur contemporain Vivaldi dans le XVIIIe …
Il n’existe pas, et c’est bien dommage, d’authentique « sonate en sol pour deux violoncelles » de Haendel, même si j’ai le souvenir d’avoir entendu un directeur de conservatoire diriger en concert un « concerto pour deux violoncelles de Haendel » sans autre précision, version orchestrée de ladite pseudo sonate ; c’est en réalité la transcription d’une oeuvre pour deux violons et basse. Rien n’interdit évidemment de procéder à ce genre d’arrangement. Mais la moindre des choses serait de le signaler, ce qui n’est jamais fait.

En ce qui concerne la prétendue sonate de Blainville (Aix 2017, Annecy 2014, Caen 2018, Nice (Cham) 2012), je lui réserve un traitement particulier dans une prochaine contribution.


La persistance de ces pratiques de programmation me semble relever d’un double mépris : d’abord envers ces compositeurs d’autrefois sans lesquels le violoncelle ne serait pas devenu ce qu’il est. Ils méritent d’être respectés dans tous les aspects de leur création, le texte, bien sûr, mais aussi y compris certains points en apparence moins importants, comme l’articulation et les phrasés qu’elle implique. Mais également à l’égard des élèves qui ont le droit d’avoir accès à des œuvres authentiques et stylistiquement fiables, et non à une sous-production frelatée.
Modifié en dernier par François 2 le mer. mai 09, 2018 7:35 am, modifié 1 fois.

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lamajeur
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Re: Programmes frelatés

Message par lamajeur » mar. mai 08, 2018 11:55 am

Tu es drôlement acide... Pour les re editions cherche du coté de l appropriation des droits d"auteur. Rien à voir avec les ecoles de musique.
Aussi pas trop tirer sur ces écoles ou petits conservatoires qui font leur maximum pour satisfaire les besoins des amateurs. Aux conservatoires supérieurs de faire l éducation.
Avec un second violoncelle, on discute, avec un piano, on obéit.

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Cello-mania
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Re: Programmes frelatés

Message par Cello-mania » mar. mai 08, 2018 6:18 pm

Comme lamajeur, je trouve que c'est beaucoup de bruit pour pas grand chose les « concertos » et « concertinos » de Bréval n'ont franchement aucun intérêt musicalement, ce sont juste des morceaux pour l'apprentissage et valider certains acquis. il n'y a donc pas mort de violoncelliste :)

Pour le double concerto de Haendel, là je n'ai rien compris....Mais c'est aussi un peu comme pour le Bréval, une pièce qui est essentiellement joué en conservatoire et beaucoup plus rarement en concert.

Toutefois rendons à César ce qui est César; J'ai commandé dernièrement une nouvelle éditions des variation Rococo de Tchaikovsky et bizarrement les variations ne sont pas dans le même ordre que mon original de l'époque et certaine liaisons différente. C'est donc bien d'avoir fait cette remarque. Mais en même temps ce n'est pas un drame, c'est même intéressant de ce poser la question, pourquoi es-ce que cela à été modifié de la sorte ? Et si je n'approuve pas, la partition est vite gribouillé :lol:

François 2
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Re: Programmes frelatés

Message par François 2 » mar. mai 08, 2018 6:37 pm

Merci à lamajeur pour cette réaction rapide qui permet de lancer le débat.
Quelques éléments de réponse : assurément la question des droits d’auteur explique la floraison de ces éditions arrangées. Mais pour Feuillard, décédé en 1941, il n’y a plus de droits (si je ne me trompe pas : 70 ans plus les années de guerre). Ses éditions sont donc dans le domaine public. Il n’y aurait pas de rééditions s’il n’y avait pas de la demande, et un des facteurs de cette demande c’est bien que ses arrangements sont proposés comme pièces pour des examens ou des auditions.
Par ailleurs, je ne jette pas la pierre aux écoles et petits conservatoires : si tu examines les exemples que j’ai donnés, tu verras qu’il s’agit d’institutions relativement importantes. J’ai volontairement laissé de côté des établissements plus petits.
Enfin, je ne suis pas certain que l’opposition entre plaisir et éducation soit pertinente. Je reste persuadé qu’un amateur peut se faire plaisir avec une édition correcte d’un mouvement de Bréval, et jouer par exemple le rondo de la première sonate de l’op. 28, en compagnie d’un deuxième violoncelle qui fait la partie de basse, en sachant qu’il interprète une œuvre authentique. La partition se trouve sans problème sur IMSLP. Pourquoi ne pas essayer ?
Naturellement chacun joue ce qu’il veut, comme il veut (ou peut). Mais le rôle d’un conservatoire devrait être de délivrer un enseignement de qualité, en commençant par respecter les compositeurs. En quoi est-ce plus difficile ?

(Je répondrai un peu plus tard à Cello-mania)

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lamajeur
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Re: Programmes frelatés

Message par lamajeur » mar. mai 08, 2018 7:43 pm

François 2 a écrit :
mar. mai 08, 2018 6:37 pm
Naturellement chacun joue ce qu’il veut, comme il veut (ou peut). Mais le rôle d’un conservatoire devrait être de délivrer un enseignement de qualité, en commençant par respecter les compositeurs. En quoi est-ce plus difficile ?
Exactement ce que je pense quand je vois les coups d'archet de Tortelier dans les suites de bach... Bouffon, même pas la bonne édition :lol:
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François 2
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Re: Programmes frelatés

Message par François 2 » mer. mai 09, 2018 7:20 am

Sur Haendel :
- un CRR (plus de 2000 élèves) publie (au mois deux fois : 2011 et 2014) un document dans lequel Telemann (1681-1767) et Haendel (1685-1759) sont rangés dans la période XVIe-XVIIe siècles. C’est exactement comme si je disais qu’Alban Berg (né en 1885) est un compositeur de la période XVIII-XIXe siècles.
- Le problème n’est pas celui de la transcription. Il faudrait juste signaler le fait et indiquer la source. Par ailleurs, mais c’est une autre question, l’authenticité de la source elle-même (op. 2 n°8) est incertaine (cette sonate apparaît pour la première fois dans l’édition de Haendel par Chrysander en 1879).
- Il n’y a vraiment pas de pièce originale du XVIIIe siècle pour deux violoncelles à proposer comme morceau d’examen ?

Sur Tchaïkovski : le violoncelliste Fitzenhagen a largement caviardé et bricolé l’œuvre originale malgré l’avis du compositeur, et c’est sa version qui était jouée jusqu’à il y a peu. Une bonne présentation de la question sur Wikipedia (en anglais) : https://en.wikipedia.org/wiki/Variation ... coco_Theme

Sur Bréval :
Les « concertos » et « concertinos » ont été fabriqués par Feuillard à partir de deux recueils explicitement composés pour des débutants: « Six Sonates à violoncel [sic] et basse d'un genre facile et agréable destinées aux amateurs » (op. 28), « Six sonates non difficiles pour le violoncelle » (op.40). Ruyssen (concertinos 4 et 5) s’est servi d’exercices pris dans le début de la méthode de Bréval, lequel a composé par ailleurs des œuvres bien plus difficiles et virtuoses (sonates op. 12 par exemple, ou les vrais concertos). Personne ne crie au génie, mais on peut penser que ce n’est pas de la mauvaise musique. Chacun reste naturellement libre de ses goûts.
Reste la question initiale : pourquoi continuer à proposer aujourd’hui des adaptations douteuses plutôt que les pièces originales, qui sont devenues aisément disponibles ?
Question subsidiaire : si les pièces faciles de Bréval « n'ont franchement aucun intérêt musicalement », et « sont juste des morceaux pour l'apprentissage et valider certains acquis », est-il pédagogiquement correct de les imposer aux élèves, alors que l’enseignement du conservatoire devrait aussi intégrer la formation du goût ? Pourquoi trouve-t-on si rarement dans les programmes d’examen les « Trois morceaux faciles » (Drei leichte Stücke) de Paul Hindemith ?

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Cello-mania
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Re: Programmes frelatés

Message par Cello-mania » mer. mai 09, 2018 8:54 am

Ce sont des remarques intéressantes mais qui concernent selon moi plus les musicologues que les musiciens ou professeurs. De plus, les bons profs font régulièrement d'eux mêmes les rectifications. ( Et je suis sur qu’ils sont très nombreux).

C'est donc plus vers le milieu des musicologues qu'il faudrait creuser le sujet et faire part de vos réflexions.

Quand j’ai commencé le Violoncelle c’était pour jouer Tchaïkovski, le concerto de Schumann Chostakovitch etc… Mais j’ai du patienter presque 20 ans avant d’attaquer ces chef d’oeuvres. Les autres Breval franchement ne m’ont laissé aucun souvenir transcendant et ce n’est franchement pas ce que l’on a envie d’entendre quand on pense violoncelle même si encore une fois elles sont utiles et plaisantes à l’apprentissage de nos jeunes musiciens.

Sur les Variations Rococo, c’est effectivement indiqué dans l’édition Peters. Elle mentionne bien les différentes modifications dans un avant propos. Je vais jouer ces variations avec une pianiste et franchement on ne va pas s’amuser à tout bidouiller ce serait trop de boulot. On jouera cette version comme elle est écrite.

Soyons solidaire de nos professeurs des conservatoires et autres écoles indépendantes qui font un travail remarquable. Aux musicologues de faire le leur.

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loulou35
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Re: Programmes frelatés

Message par loulou35 » ven. mai 11, 2018 4:04 pm

Bon, ben j'ai appris plein de choses en lisant ces posts, en faisant abstraction des jugements de valeur et en vérifiant qu'ils ne dataient pas du premier Avril :D

Ce travail d'érudit mériterait d'être présenté de manière factuelle -disons moins polémique- et envoyé aux éditions Delrieux comme à la revue Le Violoncelle pour rétablir un peu de précision historique.

Cela écrit, chaque époque a ses travers, et ses emprunts qui n'ont sans doute pas de parfum de scandale s'ils ne ruinent personne.

Qui est capable, sans chercher sur Internet, de citer et entonner une œuvre d'Albinoni, qui ne soit cet Adagio qu'il n'a pas écrit, que l'on doit à un Italien du 20ème siècle s'inspirant d'une thème utilisé par Stamitz mais pas forcément de Stamitz?

Finalement, LR Feuillard qui a accompagné bien des "jeunes violoncellistes" de son vivant, et encore plus à titre posthume était un petit rigolo, qui ressemblait d'ailleurs beaucoup à De Funès (les amis Facebook de la forumiste Emiliane le savent depuis qu'elle a publié une photo de l'arrangeur en puissance).

L'oubli dans lequel est tombé le compositeur basque de la Habanera de Carmen me semble plus discutable (là encore, qui citera son nom sans recourir à Internet?)

A part cela, je possède la partition d'un rare concerto pour violoncelle de Mozart, dont les mouvements extrêmes viennent d'un de ses concertos pour flûte et le mouvement lent vient d'un divertimento, le tout assemblé par George Szell avec la complicité d'Emauel Feuermann. :ok:

François 2
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Re: Programmes frelatés

Message par François 2 » sam. mai 12, 2018 9:44 pm

A la différence des arrangements de Feuillard ou de Casadesus (pseudo JC Bach), le « concerto pour violoncelle de Mozart » arrangé par George Szell (dont Feuermann, semble-t-il, a seulement fixé les doigtés et les coups d’archet) n’a pas connu un franc succès. La première, donnée à New York le 22 décembre 1941, a été un échec, selon Annette Morreau, la biographe de Feuermann, qui cite les critiques négatives de la presse de l’époque. Je n’ai aucune idée de ce que ça donne, et je serais curieux d’en entendre un enregistrement, si quelqu’un en possède un !

Je vous propose de continuer ma réflexion sous la forme d'une petite histoire; sentez-vous libres d’en commenter les différents épisodes…

Conte de printemps

Il était une fois un violoncelliste amateur qui prenait plaisir à jouer deux pièces d’un certain J.S. Bach : courante et sarabande de la cinquième sonate (ou « suite »). Il avait un peu de peine, car avec les nombreux accords qui parsèment la partition, les notes ne tombaient pas d’elles-mêmes sous les doigts. Mais il s’accrochait. Il aimait en particulier faire ressortir dans la basse de la courante, comme la partition le demande explicitement (« Scala in Basso marcata »), la lente gamme ascendante qui ponctue chaque mesure de la première partie : do, ré, mi, fa, sol, la, sib, do, ré, mi, fa dièse, sol, manière à la fois simple et habile de passer de la tonique à la dominante ! Puis la gamme redescend pour revenir à la tonique dans la deuxième partie : si, la, la bémol, sol, fa, mi bémol, ré, do, avant la formule cadentielle, construite sur do, si bémol, la, sol, do. On pense toujours à faire ressortir la mélodie, mais la basse est elle aussi importante, surtout quand il s’agit d’une œuvre pour instrument seul.
Les doubles cordes de la sarabande, même quand on la joue très lentement, restent d’exécution délicate, mais elles dessinent par moments un magnifique contre-chant (mesures 15 et 16 par exemple). Bref, se disait-il, voilà une belle musique, qui vaut bien les heures qu’on passe à la travailler !
(à suivre)

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Re: Programmes frelatés

Message par Fabienne » dim. mai 13, 2018 5:37 pm

Pour ceux qui souhaitent revenir à "l'original d'une oeuvre" et dont je fais partie, on trouve par exemple chez l'éditeur Anne Fuzeau des rééditions en fac simile des méthodes et traités. On échappe alors enfin aux bidouillages de Feuillard qui encombrent les pupitres des violoncellistes depuis des décennies et rempli les poches de son ami Delrieu.
http://www.editions-classique.com/fr/Pr ... 1-1160.php
Il en va de même pour les études, j'ai toujours privilégié d'autres éditions que celles de Feuillard qui s'est soit dit en passant s'est permis d'occulter la partie de second violoncelle lorsqu'elle existait au départ. Pour lui le premier prélude Bach est une étude… ça laisse rêveur… :?
"Gloire à qui n'ayant pas d'idéal sacro-saint
Se borne à ne pas trop emmerder ses voisins"

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Re: Programmes frelatés

Message par cellotonic » dim. mai 13, 2018 7:46 pm

J'en apprends de bien bonnes !

Aucun de mes "professeurs" ne m'avait dit ça ... Le savaient-ils eux-mêmes ?

Il est vrai que je n'ai jamais eu la chance d'avoir un vrai professeur, mais seulement des étudiants.

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Re: Programmes frelatés

Message par François 2 » dim. mai 13, 2018 10:20 pm

Conte de printemps - suite

Un soir, alors qu’il assistait à un concert – on y jouait une œuvre qu’il ne connaissait pas : le concerto pour violoncelle d’un certain Anton Kraft – il remarqua que son voisin prenait des notes sur un carnet. Pendant les applaudissements qui saluaient le soliste et l’orchestre, ils échangèrent quelques mots : « Vous êtes journaliste ? – Non, mais je suis écrivain et critique musical. J’ai beaucoup apprécié ce concerto. C’est vraiment une œuvre magnifique, avec une utilisation remarquable du violoncelle, une invention thématique constante … - Vous connaissez le concerto de Schumann ? – Euh… non. – Et celui de Dvorak ? – Oui… du point de vue thématique je le trouve malheureusement un peu déficient, et l’orchestre… ». Mais déjà le soliste était revenu sur scène, et se disposait à donner un bis. Dans le silence qui se fit soudain, il prit son temps avant de poser l’archet sur les cordes. Alors s’éleva une mélodie calme et sinueuse, que notre ami reconnut immédiatement : c’était sa sarabande ! Enfin, pas tout à fait : certaines notes avaient été changées, le troisième temps de chaque mesure était à peine marqué, le tempo était plus rapide que celui dont il avait l’habitude. Il se rendit compte surtout que le violoncelliste ne jouait pas les doubles cordes, ce qui facilitait évidemment l’exécution. Cependant, ainsi simplifiée, la ligne musicale lui parut gagner en fluidité et en intensité
Son voisin n’applaudit pas : « Vous n’avez pas aimé ? C’était un peu étonnant comme interprétation, mais quand même ! – Pour tout vous dire, je n’apprécie pas du tout ce Jean Sébastien Bach. Ses pièces pour violoncelle me semblent destinées essentiellement à exploiter les possibilités techniques de l’instrument, mais elles offrent peu de matière musicale. Je ne comprends pas l’importance que l’on accorde aujourd’hui à ce compositeur, et je ne vois vraiment pas l’intérêt de ses œuvres pour le public mélomane. »
Ils bavardèrent encore un petit moment. Malgré ses grands airs, l’autre n’avait pas l’air de bien connaître le répertoire du violoncelle. Au moment de prendre congé, il s’exclama soudain : « Mais je ne me suis pas présenté ! Je m’appelle Claude F…, j’ai écrit un livre sur les œuvres pour piano et orchestre, et je publie régulièrement un bulletin sur la musique. »
(à suivre)

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daguero
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Re: Programmes frelatés

Message par daguero » dim. mai 13, 2018 11:56 pm

J'avoue que j'ai échappé à Breval, Romberg et autres monuments de la musique de violoncelle du XIXe.
J'ai dit calmement à ma prof chérie que je refusais poliment de jouer ces pièces, qui m'énervent et me déplaisent au plus haut point.
Chef de l'Orchestre de 2e cycle AMA Pays d'Aix
2018-2019:Symph.82 Haydn, Mozart, Tchaikovsky, Händel, et autres. 17 postes à pourvoir.
http://www.meetup.com/AIXLSO

François 2
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Re: Programmes frelatés

Message par François 2 » lun. mai 14, 2018 7:46 am

A la décharge de Feuillard, il n’était pas le seul à considérer les suites de Bach comme des « études ». Les premières éditions publiées (1824 -1826) portent déjà cette dénomination dans leurs pages de titre. A une de mes amies, élève en piano au conservatoire d’Aix-en-Provence dans les années 60, qui souhaitait jouer du Bach, sa professeur a répondu qu’elle acceptait de lui faire travailler les Inventions à titre d’exercices, à côté de Czerny et autres Hanon. On passait ensuite à la « vraie » musique de piano, celle des Classiques favoris.
Par ailleurs, le terme d’études n’a en soi rien d’infamant : Chopin ou Debussy ont écrit sous ce titre des choses tout à fait écoutables. Reste à définir en quoi les suites de Bach pourraient être qualifiées d’études…

cellotonic
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Re: Programmes frelatés

Message par cellotonic » lun. mai 14, 2018 8:01 am

:mrgreen:
daguero a écrit :
dim. mai 13, 2018 11:56 pm
J'ai dit calmement à ma prof chérie que je refusais poliment de jouer ces pièces, qui m'énervent et me déplaisent au plus haut point.
C'est bien ! faut les dresser :mrgreen:

Sérieusement, quelles sont ses propositions alors ?

Mais comment un élève peut-il savoir si des programmes sont frelatés ?

Quand j'ai repris la flûte traversière, je suis venu avec quelques pièces que je désirais travailler. Ma prof m'en a proposé d'autres et comme Daguero j'ai un peu tiqué. Elle me les a joué et m'a expliqué le pourquoi de ces pièces. Je les vues sous un autre angle et j'en suis ravi. Toujours expliquer et répondre aux questions des élèves : la base de la pédagogie.

Et dans l'orchestre que vous dirigez, qui décide des pièces ? Si une pièce ne plait pas à un musicien, que fait-il ?

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