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Re: Une compositrice méconnue : Anna-Magdalena Bach

Posté : ven. mai 01, 2015 10:29 pm
par deb 06
Amusant, ton coté irrationnel et fantaisiste, Mat: la vie n'est-elle pas trop courte pour être prise au sérieux?
... et je retiens ta formule "la vanité de la vérité", ça c'est complètement fondamental...

Re: Une compositrice méconnue : Anna-Magdalena Bach

Posté : sam. mai 02, 2015 4:11 pm
par Mat
Merci JBap pour ta réponse :) , et deb 06 aussi !

Re: Une compositrice méconnue : Anna-Magdalena Bach

Posté : lun. juin 04, 2018 5:49 am
par François 2
Le sujet de discussion sur la cinquième suite de Bach m’a incité à revoir les sources manuscrites existantes. A l’occasion de cet examen, j’ai repéré un détail qui m’avait échappé jusqu’ici (je ne l’ai d’ailleurs vu mentionné nulle part), et qui me paraît établir de façon assez nette que la seconde épouse de Bach, Anna Magdalena, ne peut pas être l’auteur des suites pour violoncelle, contrairement à la thèse fantaisiste d’un musicologue australien, qui a provoqué une petite agitation médiatique, et dont l’initiateur du présent fil de discussion s’est fait l’écho.

C’est un peu technique, et je m’en excuse, mais c’est indispensable dans une démarche argumentative un peu rigoureuse.

On connaît quatre manuscrits de ces suites, mais l’autographe de Bach est perdu. L’analyse des papiers montre que celui de Kellner est le plus ancien, suivi de près par la copie d’Anna Magdalena, puis par deux autres manuscrits plus tardifs, dénommés manuscrit C et manuscrit D.
Dans la cinquième suite, Bach demande un changement de l’accord usuel (une « scordatura ») : la corde de la est baissée d’un ton, pour sonner sol, mais la notation correspond à la position des doigts. Quand Bach écrit un « si bémol » au dessus de la portée, joué avec le premier doigt, ce « si bémol » sonne en fait un ton plus bas : la bémol.

Cette suite est en do mineur, ce qui implique trois bémols à la clé : si, mi et la. La pratique d’écriture des armures à l’époque baroque était de dédoubler les bémols de la portée : dans le cas présent, on note donc les deux si bémols et les deux la bémols (en bas et en haut). Voici par exemple l’armure de la quatrième suite (en mi bémol majeur) dans le manuscrit d’Anna Magdalena :
https://my.pcloud.com/publink/show?code ... 6SubuHCUvk

La copie de Kellner présente la cinquième suite sans la scordatura demandée par Bach ; il écrit les notes réelles. Ce n’est d’ailleurs pas une version pour violoncelle: dans le prélude, le magnifique accord de la deuxième mesure (qu’il transcrit intégralement) do – si bécarre – fa – la bémol est en effet injouable avec un accord normal.

Les trois autres manuscrits respectent la scordatura. Mais l’armure pose alors un problème : un « la » noté sur la ligne supérieure doit sonner sol naturel. Il faut donc annuler le bémol impliqué par l’armure, et Bach a écrit un bécarre sur cette première ligne, pour que l’instrumentiste joue cette corde à vide comme si c’était un la naturel.

Le manuscrit C, ainsi que les premières éditions publiées en France (Norblin 1824) et en Allemagne (Dotzauer 1825, jusqu’à Haussmann, Klengel et Becker - fin XIXe et début du XXe), présentent donc une armure avec un bécarre sur la première ligne :
https://my.pcloud.com/publink/show?code ... gvzLkqnJjk

Examinons le manuscrit d’Anna Magdalena :
https://my.pcloud.com/publink/show?code ... PzL0F4HQAk
Elle écrit tout au long de la suite une armure classique avec tous les bémols, y compris celui de la première ligne. Elle agit en quelque sorte par automatisme. Elle n’a pas remarqué le bécarre qui figurait dans la partition originale. Si c’est elle qui avait composé cette pièce, elle aurait évidemment noté cette particularité indispensable à une exécution correcte.
L’édition Bärenreiter (Wenzinger 1950, plusieurs fois rééditée) ne place pas elle non plus le bécarre à la clé, mais l’indique systématiquement devant chaque la à vide dans le courant de la partition. Anna Magdalena ne corrige rien du tout.
On pourra accessoirement remarquer dans ce début du prélude une autre erreur d’AM : alors que toutes les sources donnent un mi bécarre à la mesure 4, elle laisse un mi bémol.

Cet élément n’est évidement pas le seul qui milite contre l’attribution des suites à Anna Magdalena, mais il me paraît assez décisif par lui-même.

Re: Une compositrice méconnue : Anna-Magdalena Bach

Posté : lun. juin 04, 2018 9:44 am
par georges
Cet échange sur Anna Magdalena me semble très intéressant. Sauf contre indication de votre part, je propose d'n publier des extraits dans le prochain numéro de la revue "Le Violoncelle".

Re: Une compositrice méconnue : Anna-Magdalena Bach

Posté : mer. juin 13, 2018 10:32 am
par loulou35
François 2 a écrit :
lun. juin 04, 2018 5:49 am
le magnifique accord de la deuxième mesure (qu’il transcrit intégralement) do – si bécarre – fa – la bémol est en effet injouable avec un accord normal.
sauf à changer de position entre les deux notes graves et les deux notes aigues (cf Rostro)

Re: Une compositrice méconnue : Anna-Magdalena Bach

Posté : mer. juin 13, 2018 6:50 pm
par loulou35
C'est rigolo, cet échange, cela rappelle un peu les mystères qui entourent la vie de Shakespeare dont certains peinent à croire qu'un obscur acteur de province ait pu produire un pareil monument de la littérature anglaise.

Je ne sais si un historien (ou un doux illuminé) s'est plu à imaginer que derrière le mari se cachait Madame Shakespeare -qu'il a vite délaissée, d'ailleurs- mais je vous invite à (re)lire l'excellent Testament de WIlliam S. (bande dessinée) qui mêle avec art réalité historique et fiction plausible.