Revue n° 17 - Décembre 2005

SOMMAIRE


Décidément, Yo Yo Ma séduit le monde politique. Dans notre dernier numéro, nous le présentions en compagnie de Condolezza Rice. Le voici aujourd'hui entrain d'initier au violoncelle le premier ministre du Canada, Paul Martin.
Agathe, 15 ans. Aude Dubois, élève d'Odile Bourin.

EDITORIAL

Cinq ans déjà...

Lorsque, le 20 décembre 2000, nous avons créé l'AFV, beaucoup de gens se sont montrés sceptiques et ont craint qu'en nous cantonnant à notre instrument, notre association fasse preu-ve d'un esprit réducteur. Aujourd'hui, encouragés par nosquelque 850 adhérents, nous avons le plaisir de constater quenotre objectif à la fois modeste et ambitieux a été compris. Je l'avais exprimé de la façon suivante dans un texte qui figure sur notre site internet : « Bien sûr, il existe des structures qui s'adressent aux mélomanes, et le violoncelle fait partie d'un tout. Mais le général n'exclut pas le particulier. Par définition, une revue ou un site internet généraliste publie certains articles qui ne nous concernent que de loin ; inversement, ils ne peuvent faire état de certains problèmes spécifiques à notre instrument, qui ne concernent pas la majorité de leur public. » D'une autre manière, tel est le sens de la version intégrale du texte que j'avais soumis à « La Lettre du musicien » en guise d'introduction au dossier consacré au violoncelle qu'elle m'avait demandé de préparer pour son numéro de la première quinzaine de novembre 2005 :
« Il n'est pas toujours facile d'éviter l'esprit de chapelle. Il est en effet normal que beaucoup de musiciens idéalisent la beauté des instruments qu'ils pratiquent, et les violoncellistes n'échappent pas à la règle, car les interprètes entretiennent des liens amoureux avec ce qui leur permet d'exprimer la beauté de la musique. Or l'amour implique une exclusivité, une idéalisation de son partenaire, qu'illustre bien cette citation de Paul Bazelaire, l'un des protagonistes de l'école française du 20ème siècle : « Le violoncelle ? Le plus bel instrument du monde. Et le plus tendre, le plus persuasif, le plus émouvant. Son rôle se confond avec celui de la musique la plus inspirée. C'est un poète qui nous découvre les régions les plus hautes de la pensée ; un guide qui nous introduit dans les sanctuaires les plus intimes du coeur ; un magicien qui crée en nous ces appels et ces prolongements mystérieux qui, d'un coup d'aile, nous emportent vers le Beau ».
En nous attachant à présenter quelques aspects du violoncelle, de son histoire, de sa facture, de ses accessoires, de son répertoire, de ses interprètes, et de ses perspectives d'avenir, nous serons amenés à en souligner les qualités particulières qui nous tiennent profondément à coeur, ce qui ne signifie pas que nous sombrions dans un quelconque esprit de clocher. Tous les instruments ont leurs propres qualités, et en définitive, c'est leur immense variété qui fait la richesse de la musique. Il arrive d'ailleurs que dans certaines langues, un même terme désigne la trompette et les instruments à cordes, comme par exemple le mot asiatique fedilo, ce qui implique une valorisation de la musique au détriment des spécificités de tel ou tel instrument, une attitude adoptée, je l'espère, par la grande majorité d'entre nous. »

Michel Oriano


COURRIER DES LECTEURS

« J'ai réalisé 11 grands dessins dont le sujet est le violoncelle. J'ai ensuite également réalisé 11 violoncelles peints (voir site: www.josechapellier.be). Je demande à 11 violoncellistes internationaux de bien vouloir me réaliser 1 texte écrit à la main et signé qui raconte une de leurs plus grandes émotions d'artistes (qui sera vendu par la Fondation KAMP, pour les enfants atteints de leucémie) ; y joindre leur C.V. et une photo. Je vais (tout ceci à mes frais), éditer un livre où seront repris les textes, les photos et les c.v. des artistes, ainsi que mes violoncelles. Chaque violoncelle portera le nom d'un violoncelliste célèbre. Le but n'étant pas de faire de l'argent, mais une émulation entre l'Art visuel et la Musique. Je suis un ami de Monsieur José Van dam et, encouragé par celui-ci, j'ai relevé le défi ; nous espérons, l'année prochaine, présenter le projet, soit à l'Opéra Bastille, soit à la Monnaie à Bruxelles. Nous accompagnent déjà dans ce projet : Mme Mary Alling, MM. David Cohen, Justun Stadimin, Alexander Oratovsky, et Peter Wispelwey. »
José Chapellier, tél et fax 00 32.68.84.24.24. Rue de l'Estaque, 2 a, 7830 Silly - Belgique

« Je tenais à vous adresser ce complément d'information concernant les instruments joués par Hubert Varron, ancien violoncelle solo de l'opéra de Paris. Depuis septembre 1989 il jouait un violoncelle contemporain fabriqué à son intention par le luthier stéphanois Patrick Charton, visible sur lesite : www.charton-luthier.com »
Daniel Toralba

« Je joue depuis août 2004 dans un quintette présentantles compositions de Fayçal Salhi mélangeant jazz, Orient et Espagne. Il est constitué de Fayçal Salhi (oud et guitare), Vladimir Torres (contrebasse), Christophe Panzani (saxophone soprane/ flûte traversière), Etienne Demange (batterie/ percussions), Anaïs Bodart (violoncelle). Nous avons enregistré en Août 2005 un album "TIMGAD" à Besançon. Le mixage et le montage sont aujourd'hui terminés, et le disque devrait sortir dans le courant du mois de novembre. Cette expérience musicale et humaine a été pour moi, et pour nous cinq, venant tous d'univers différents, une belle rencontre musicale extrêmement enrichissante. Notre site officiel est en cours de conception, vous pouvez vous rendre sur le site personnel de Vladimir Torres, qui présente notre groupe, ainsi que la maquette du cd. »
Anaïs Bodart

Sophie, une jeune adhérente de l'AFV nous a écrit: « Je fais du violoncelle depuis 8 mois et je vous propose une devinette. Quand un violoncelle est mort, va-t-il en enfer ou au paradis ? Réponse : ni l'un ni l'autre, car il va chez le luthier. Et aussi je vous donne cette partition que j'ai écrite quand j'avais 7 ans. Bisous. »

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INFORMATIONS

Disparitions

- Au moment de mettre sous presse, nous apprenons la mort du luthier Frédéric Boyer, bien connu de nombreux violoncellistes. Dans la famille Boyer, on est luthier de père en fils, un cas devenu rare de nos jours. L'AFV avait projeté de publier un entretien avec Frédéric, son fils Serge, qui a repris son atelier rue de Rome, récemment transféré rue de Liège, à Paris, et son petit-fils Florent, en cours d'apprentissage à Mirecourt. Dans un prochain numéro de notre revue, si Serge en est toujours d'accord, nous ne manquerons pas de rendre hommage à notre cher ami Frédéric.

- Le violoncelliste anglais Christopher Bunting est décédé le 27 juillet dernier. Elève de Casals, il avait concilié la multiple carrière de soliste, chambriste, chef d'orchestre et professeur. En 1982, il a publié Essay on the Craft of Cello Playing, réédité en 2000.

- Violoncelliste amateur, le Docteur Eberhard Mayer est décédé le 28 juillet à Leising. On lui doit notamment la redécouverte de la compositrice Mel Bonis (1858-1937), qu'il fit éditer, et dont il interpréta les oeuvres en Allemagne et en France avec son ensemble de musique de chambre.

Créations

- Le 14 février 2006, Truls Mörk créera Reflexions on Narcissus de Mathias Pintscher, dans le cadre du festival Présences, avec l'Orchestre de Paris dirigé par Christoph Eschenbach.

- Après plusieurs oeuvres pour violoncelle, dont 2 concerti, Colin Matthews a écrit Berceuse pour Dresde pour violoncelle seul, créée le 17 novembre par Jan Vogler.

- Jean-Guilhen Queyras a créé le Concerto pour violoncelle de Bruno Montevani à Sarrebrück, et celui de Philippe Schoellerà Donauschingen.

- Steven Isserlis prépare actuellement un disque de Musique pour enfants dans lequel il interprètera des morceaux pour jeunes violoncellistes de niveaux différents.

- Création mondiale de Lumière pour 20 violoncelles, choeur, orgue et mezzo soprano solo de Elena Gantchikova, le 3 décembre 2005 à Anvers. www.cellopaladio.be

- La violoncelliste Sonia Wieder Atherton et la pianiste Imogen Cooper ont créé 3 oeuvres de Bach, repensées et réécrites pour violoncelle seul, violoncelle et piano et piano seul par le compositeur Franck Krawczyk, dont l'objectif était d'éclairer de manière étonnante aussi bien l'univers de Bach que celui de Brahms. Voir le site de Sonia Wieder Atherton, qui figure parmi les liens de celui de l'AFV, www.levioloncelle.com".

Musiques du monde

- La Violoncello Society of London a pris l'initiative d'organiser une série de concerts intitulée Global Cello, dans le but d'encourager ses membres à étendre leur définition du violoncelle et à découvrir diverses traditions mondiales. Parmi d'autres, seront invités des violoncellistes connus par leurs disques et leurs concerts dans le domaine de la musique brésilienne, argentine, hongroise, écossaise et irlandaise

Jazz

Claude Bolling est sans doute actuellement l'un des musiciens français les plus réputés dans le monde, dans les domaines allant du jazz à la variété et la musique de film (Borsalino, Les Brigades du Tigre...). Il invente une forme nouvelle d'expression, sorte de patchwork musical, la "Crossover Music", qui fait, sans les dénaturer, cohabiter, dans des pièces très organisées, les syntaxes du jazz et du classique. Sa Suite pour Violoncelle et Jazz Piano Trio, écrite à l'intention de Yo Yo Ma et enregistrée avec lui, connaît un immense succès aux Etats-Unis.

Concours

- En 2006, la remise des prix des concours de violoncelle Vatelot/Rampal aura lieu dans le Salon d'Honneur de l'Hôtel de Ville de Levallois-Perret le dimanche 21 mai. Le concours de violoncelle comporte 10 sections : Débutants 1 et 2, Préparatoires 1 et 2, Elémentaires 1 et 2, Moyens 1 et 2, Supérieur, et Excellence. Informations : Association Artistique Le Parnasse, 4 rue de Gravelle, 91580 Etrechy ; tél. 06 80 84 40 40 ; e-mail : post@leparnasse.org; site : www.leparnasse.org

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Manifestations organisées par l'AFV

Après sa participation cet automne au Concours Rostropovitch, à l'organisation du colloque sur l'acoustique du violoncelle et de l'Hommage rendu à Maurice Baquet le 17 décembre au Conservatoire de Saint Maur les Fossés, l'AFV ne manque pas de projets. Pour n'en citer que trois :

Dans notre prochain numéro, nous rendrons compte des concerts de Saint Maur, et vous donnerons davan- tage d'informations sur ces projets.

Mais dores et déjà, il convient de rappeler qu'en sus de la préparation de notre revue, de la gestion de notre site internet et de l'exécution des corvées administratives, ce développement spectaculaire des activités de notre association n'est rendu possible que grâce au travail accompli par une poignée d'adhérents bénévoles qui, même lorsqu'ils n'en prennent pas directement l'initiative, acceptent de les coordonner, ou au moins de donner un coup de main à notre petite équipe de bénévoles.

N'oubliez pas que, jusqu'ici, l'AFV n'a bénéficié d'aucun autre financement que celui produit par vos cotisations et nous appelons une fois de plus ceux qui ne s'en sont pas encore acquittés en 2005 à corriger rapidement cette négligence. Parallèlement, merci de continuer à nous faire connaître autour de vous et à susciter de nouvelles adhésions.

N'hésitez pas par ailleurs à nous communiquer des informations et des idées. L'AFV n'appartient à per- sonne d'autre qu'à vous tous.

Enfin, faites vous connaître si vous avez un peu de disponibilité en contactant notre webmaster sur le site www.levioloncelle.com, notre président (micheloriano@free.fr), ou d'autres membres de notre bureau, au sein duquel nous serions enchantés de vous accueillir.


DU SON À LA MUSIQUE

Un Colloque consacré à l'acoustique du violoncelle

Le samedi 3 décembre, grâce à Laurence et Etienne Cardoze, l'AFV a activement participé à l'organisation d'une journée consacrée à l'acoustique du violoncelle intitulée « Le Violoncelle sous toutes ses cordes », qui s'est déroulée à l'Ecole de Musique et d'art dramatique de Bourg la Reine /Sceaux, dont les élèves ont pu se produire sur scène entre chacune des sept conférences.

Le luthier Franck Ravatin nous a d'abord décrit les différentes étapes de la fabrication d'un violoncelle, sur fonds d'images projetées sur un grand écran et avec certains éléments « bruts » encore non assemblés. De son côté, après avoir


Intervention de Jean-Philippe Audin
insisté sur les liens entre la naissance et l'évolution de l'archet avec celle de l'histoire sociale et politique de l'Europe, l'archetier Edwin Clément a décrit l'évolution de l'archet depuis la période baroque jusqu'à Tourte, Peccate, Voirin, Lamy, Sartory, etc., sans oublier les grandes écoles anglaise et allemande. Tout en se réjouissant de l'explosion actuelle de grands talents dans le domaine de la facture d'archets, il a souligné les problèmes soulevés par la disparition progressive de matériaux essentiels tels que le pernambouc, l'ébène de Madagascar, etc., en soulignant que « les archets dits de substitution constituent l'arbre qui cache la forêt ».

En illustrant leurs propos d'images vidéo, des chercheurs sont également intervenus. Xavier Boutillon, Directeurde recherche au CNRS, a décrit le processus du passage de la vibration de la corde au son émis par le violoncelle, en analysant au microscope le rôle des crins, de la colophane, de « l'alternance adhérence-glissement » ,transmis par le chevalet et l'âme à la caisse de résonance et jusqu'à notre oreille. Puis, René Caussé, responsable de l'équipe acoustique instrumentale de l'IRCAM, a analysé le phénomène du « loup et des notes défectueuses », que ne résolvent pas totalement des outils tels que les anti-rouleurs, les chevilles à variations


Qui a peur du grand méchant loup ?
Dessin de Nanouche.
variables, et autres plaques ou bouchons fixés sur les parties de la caisse qui vibrent trop. Et Jean-François Petiot, Maître de conférences à l'Ecole Centrale de Nantes, a parlé de l'analyse sensorielle d'un point de vue essentiellement méthodologique, en donnant des pistes pour appliquer à l'étude de l'écoute d'un instrument des techniques scientifiques qui, en analysant « la qualité perçue », ont jusqu'ici été appliquées au goût des produits alimentaires, à la perception de la pollution sonore des voitures, etc.

Quittant l'analyse physique pour la démonstration , Jean-Philippe Audin, violoncelliste multi cartes, nous a parlé des nouvelles technologies en prenant à bras le corps divers modèles expérimentaux de violoncelles amplifiés. Enfin, en n'illustrant plus ses propos que d'échantillons musicaux, le violoncelliste Etienne Cardoze nous a donné un aperçu de l'évolution du répertoire de notre instrument de Bach à Berio, liée à l'exploitation progressive de toutes les capacités sonores du violoncelle.

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LE CONCOURS ROSTROPOVITCH 2005

Témoignage de Philippe Muller, membre du jury

Il y avait cette année une énorme affluence de candidatures au Concours Rostropovitch. L'événement est de taille pour les jeunes violoncellistes, d'autant plus que le Maître s'investit à fond par une présence constante, en dépit de toutes les sollicitations dont il est l'objet.

Pour résoudre ce premier problème, l'association ACDA avait décidé d'innover. Certains candidats déjà titulaires de prix internationaux ou présentant un CV solide et convaincant ont été, comme dans le passé, acceptés d'office. D'autres se sont vus proposer une participation à un tournoi de qualification. L'été dernier, Mstislav Rostropovitch s'est rendu à Paris, Washington, Moscou et Tokyo, et, accompagné de deux violoncellistes vivant dans le pays concerné (en France il s'agissait d'Anne Gastinel et de Xavier Phillips), a auditionné plus de 150 postulants pour en sélectionner environ le tiers.

Cette méthode a permis de réduire à 90 le nombre de candidats autorisés à participer au concours proprement dit. Nous verrons plus loin à quel point la décision d'organiser ces qualifications fut judicieuse.

9 novembre : début du premier tour. Finalement 77 violoncellistes sont présents et se lancent dans le tournoi. Comme à l'accoutumée, les styles de jeu sont très variés, surtout dans Bach. Entre l'interprétation romantique et fougueuse d'un David Cohen et celle beaucoup plus dogmatique d'Igor Bobovych qui lui succède sur la scène de la salle Berlioz au CNR de Paris, il y a un monde ! Comment départager des candidats si différents ?

D'abord en accordant une grosse importance à la perfection technique : pureté de l'intonation, maîtrise de la pulsation rythmique, qualité de ce qu'on appelle, dans le jargon violoncellistique, la « prise de son », ont été des critères déterminants. Ces qualités doivent être réunies au service d'une personnalité qui doit séduire et retenir l'attention du jury. Dans cette optique, nous remarquons particulièrement Enrico Bronzi, 5ème prix de l'édition précédente, Julian Steckel, Maya Bogdanovic, élève de Michel Strauss, Renaud Déjardin, Leonard Elschenbroich, Kaori Yamagami, Giorgi Kharadze, ancien élève de Roland Pidoux au CNSMDP, ainsi qu'une jeune Allemande que personne ne connaissait : Marie-Elisabeth Hecker, originaire de Dresde et issue des qualifications.

Les délibérations ne seront pas longues. Au premier tour de scrutin, 25 noms sortent des urnes, soit exactement le chiffre requis.

Je regrette un peu l'élimination prématurée de Guillaume Martigné qui a joué la 6ème suite avec beaucoup de sérénité et de poésie, et celle d'Eve-Marie Caravassilis, pleine de fougue dans la sonate de Ligeti.

Changement de décor pour le second tour : nous nous retrouvons dans l'amphithéâtre de l'Opéra Bastille. Tout le monde semble un peu surpris par l'acoustique. Le son est plus diffus qu'au CNR, et si l'on ne focalise pas bien sa sonorité, l'équilibre avec le piano est précaire.

A cela s'ajoutent des problèmes matériels : cordes cassées, partition tombant du pupitre. La vie de musicien réserve toutes sortes de surprises.

Qu'à cela ne tienne, le concours continue. Le second tour confirme le premier, à quelques exceptions près. A mon grand étonnement, là encore, un seul tour de scrutin suffit à dégager six finalistes : Steckel, impérial dans sa « Danse des Elfesi », Hecker, qui sait créer le climat idéal dans tout ce qu'elle joue (décidément les Allemands sont très forts), Déjardin, Elizaveta Sushchenko, Yamagami, et Kharadze qui nous éblouit par une très belle interprétation des « Stücke im Volkston » de Schumann.

Enrico Bronzi s'est montré un peu irrégulier, malgré des passages absolument superbes. Boris Andrianov, ancien lauréat lui aussi, donne l'impression d'être pressé, surtout dans la sonate de Prokofiev.

Le jeune Américain, Alan Toda Ambaras, benjamin du concours (14 ans), effectue une très bonne prestation mais manque un peu de maturité musicale. Cela viendra, sans aucun doute. Richard Harwood joue magnifiquement la sonate de Debussy, nous rappelant opportunément que l'oeuvre avait été créée à Londres en 1916 par Warwick Evans et Mme Alfred Hobday.

Comme il y a quatre ans, je déplore l'élimination de Matthieu Lejeune, excellent dans tout son programme mais dont la personnalité un peu réservée paraît manquer un peu d'éclat pour ce genre de « joute » où il importe de briller. Mentionnons aussi Sebastien Van Kuijk, remarquable de sûreté, mais dont certains partis pris dans l'interprétation n'ont pas convaincu, et Umberto Clerici, aussi lyrique qu'un tenor italien.

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Témoignage d'un lauréat

Seul Français retenu pour les épreuves finales, Renaud Déjardin a obtenu le 5ème prix. Il nous livre ici quelques réflexions.

Malgré mes hésitations, deux choses m'ont poussé à me présenter à ce concours. La première, c'est que, contrairement à ce que pensaient beaucoup de gens, je n'ai jamais eu l'intention de laisser tomber le violoncelle pour me consacrer entièrement à la direction d'orchestre : j'ai la chance et la joie de pouvoir partager la musique avec mon épouse pianiste, Márta Gödény, qui est certainement la musicienne dont j'apprends le plus. La deuxième raison : je veux jouer de mon biniou ! J'ai en effet passé tout l'été sans un concert : quié- tude, inquiétude... Je me suis donc à nouveau lancé dans l'aventure d'un concours international.

Je dois dire que mes expériences et désillusions passées m'ont aidé à garder la tête sur les épaules. La préparation du concours n'est pas venue perturber ma vie de tous les jours, mon équilibre mental, et... j'ai continué à gagner ma vie... J'ai commencé à travailler pour le concours pendant le mois d'août ; puis, en septembre, j'ai enchaîné des cours de direction et divers remplacements dans des orchestres, jusqu'à une semaine avant le concours avec une master class de direction d'orchestre avec János Fürst (que j'ai retrouvé en finale du concours !) et l'Orchestre National d'Ile-de-France, une formule toute nouvelle et très réussie qui permet à des jeunes chefs d'apprendre à travailler avec un orchestre professionnel.

Cela peut paraître étrange, mais on ne joue pas Bach ou Britten de la même façon quand on a dirigé Taras Bulba de Janácek cinq jours avant ! Sens de la structure, imagination dans la sonorité, clarté du message et de l'impulsion, voilà des choses qui se développent en dirigeant un orchestre.

Au cours du déroulement de ce concours, chaque épreuve a déclenché sa part de souffrance ou d'inconfort : la demi-finale par exemple ne fut que persévérance et obstination ! Mais à aucun moment je ne me suis laissé tomber : il faut rester conscient de sa valeur et surtout du travail accompli. Je me souviendrai toujours de mon premier concours, le Paulo Cello, à Helsinki en 1996. Au premier tour, j'avais failli quitter la scène tellement j'étais désespéré. Résultat: unanimité pour le second tour. Pendant le deuxième tour : je m' « éclate à fond » dans cette Sonate de Beethoven op.102 n°1 travaillée depuis 2 semaines (je m'étais trompé et j'avais préparé la Sonate n°1 op5 !), je trépide dans le finale de la Sonate de Kodály pour violoncelle seul. Le grand bonheur. Je croyais avoir pris ma revanche, mais c'est le jury qui l'a prise ! Une seule voix, et c'était gentil. En me remettant le Prix spécial du jury « for a young talent », Arto Noras me dit : « C'est pour le talent, pas pour le travail ! »

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Témoignages d' auditeurs

Plus d'un auditeur a été subjugué par la pièce de Franghiz Ali-Zadeh, commandée spécialement pour être créée par les candidats du dernier concours Rostropovitch, et par son exécution par Elizabeth Hecker, qui a remporté le premier prix. Voici deux extraits de ce qu'on a pu lire sur le forum du site internet de l'AFV :

Maria Elisabeth Hecker est une extraterrestre !
Je n'ai jamais rien vu d'aussi tripant - au sens des tripes - que son exécution du morceau de Franghiz Ali-Zadeh (qui avait été commandé pour le concours)...
Assis sur un strapontin, je l'ai vue entrer à petits pas farouches, puis commencer a tambouriner le bois de son violoncelle : on se demandait une seconde si le personnage planté sous les projecteurs convenait réellement a une entrée en matière aussi brute. J'ai observé avec une curiosité mêlée d'un je-ne-sais-quoi de troublant - serait-ce de l'inquiétude ? - cette frêle musicienne, au petit nez pointu et dont les mèches blondes semblaient avoir déjà complètement renoncé à se ranger en chignon. Après avoir imprimé une dernière note de la paume, elle se saisit de l'archet. Une vapeur étrange se dégage de cette introduction, les mots de Schoenberg "ich atme Luft vom anderen Planeten" me viennent à l'esprit. Les cordes crissent et vrombissent, et il ne faut plus longtemps pour comprendre que les vapeurs susmentionnées sont en vérité, je vous le dis, un véritable envoûtement....
Saviez vous au fait que Franghiz Ali-Zadeh est une femme ? De surcroît une femme d'un pays musulman ? Vous en connaissez beaucoup vous, des femmes compositeurs (-trices ?) ?
Nicolas

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La valeur n'attend pas le nombre des années

Concert de jeunes élèves en présence des membres du jury du Concours Rostropovitch

« L'intervention des jeunes violoncellistes devant les membres du jury du Concours Rostropovitch a été particulièrement remarquable et unanimement appréciée par le public venu nombreux au Foyer du Châtelet.
Bravo pour cette heureuse initiative de l'AFV ».

Ce petit mot que nous a adressé Madame Monique Bazelaire résume bien le sentiment général des quelque 300 auditeurs qui se pressaient le 17 novembre dans le Foyer du Châtelet pour assister au concert d'élèves des conservatoires municipaux de Paris organisée par notre association, en partenariat avec l'ACDA et la Ville de Paris, et remarquablement coordonnée par Marie-Paule Milone et Frédéric Borsarello, membres du bureau de l'AFV et respectivement professeurs dans les conservatoires du centre et du 11ème arrondissement de Paris.br/> Cette initiative a remporté un tel succès que les responsables des affaires culturelles de la Ville de Paris envisagent de reproduire cette expérience à l'occasion de concours concernant d'autres instruments tout en se montrant désireux de continuer à collaborer avec l'AFV pour organiser d'autres événements. De son côté, Claude Samuel, président de l'ACDA, a invité les enfants que nous avions sélectionnés à se joindre aux lauréats du Concours Rostropovitch pour interpréter une Brasileira de Villa Lobos sous la direction de Frédéric Lodéon, lors d'une soirée de gala organisée le 21 novembre à la Salle Gaveau. Un grand honneur dans un contexte délibérément festif.

Les directeurs desconservatoires parisiens avaient mobilisé les professeurs de violoncelle de leurs établissements, qui, au prix d'un travail considérable, (Martine Bailly nous a dit par exemple qu'elle avait du consacrer plusieurs dimanches à la préparation de ses gamins), ont présenté une trentaine de jeunes de moins de 15 ans. Puisqu'il fallait bien limiter le nombre d'enfants appelés à jouer le 17 novembre, un jury composé de Paul Boufil, Claude Burgos, Geneviève Teulière, un inspecteur de la Ville de Paris et le président de l'AFV, n'a pu en retenir que douze, mais a tenu à féliciter tous les jeunes qui avaient si bien travaillé préalablement. Il ne s'agissait nullement d'un concours, mais d'une occasion donnée aux élèves de jouer en public, sans aucun esprit de compétition. De ce point de vue, cha- cun a reconnu que cet événement s'est avéré fructueux pour les élèves, trop souvent confinés, alors que, à la sur- prise de certains d'entre nous, ils n'ont nullement été para- lysés par un trac quelconque, et se sont déclarés heureux de jouer. Tant il est vrai que mieux vaut ne pas attendre d'être entré trop avant dans l'adolescence pour faire ses premiers pas sur scène.

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Théâtre du Châtelet : après leur audition par le jury, Philippe Muller félicite les enfants.


Salle Gaveau : les élèves des conservatoires parisiens se sont joints aux lauréats du concours pour interpréter Villa Lobos sous la direction de Frédéric Lodéon


LE MUSICIEN, UN SPORTIF DE HAUT NIVEAU

Auteur d'un ouvrage intitulé « Le Musicien, un sportif de haut niveau » (éditions Ad Hoc, Paris, 2005), Coralie Cousin est une kinésithérapeute qui a créé à Paris en 2002 son propre cabinet « Kiné des musiciens ». Bien qu'un nombre important de livres soit consacré à ce sujet, celui-ci comporte de nombreux passages susceptibles d'intéresser les violoncellistes. Il nous a particulièrement séduits, et nous avons rencontré son auteur.

Votre cabinet est situé dans le 13e arrondissement, rue Samson.

Drôle de nom (Samson = sans son), en effet, pour quelqu'un qui s'occupe de musiciens. Mais rassurez-vous, je suis sensible aux sons, surtout lorsqu'ils sont harmonieux. J'ai côtoyé de très nombreux musiciens, et, dans mon livre, je cite textuellement les propos d'une gamme très large d'entre eux, professionnels ou amateurs d'âges divers, qui témoignent des problèmes physiques qu'ils ont eu à affronter.

Qui vous a poussé à écrire ce livre ?

Ce livre est né d'une histoire d'amour entre un éditeur et une kinésithérapeute. Mon mari éditeur avait apprécié ma façon de parler de mon métier et m'a encouragé à m'exprimer dans un langage simple et compréhensible de tous. Amatrice de peinture, j'ai également tenu à ce que les illustrations conservent une valeur esthétique, superbement illustrée par Blandine Calais-Germain.

« On l'oublie trop souvent, le corps d'un instrumentiste est sollicité dès le plus jeune âge et parfois bien au-delà de celui de la retraite. Même pour ceux qui arrêtent leur carrière à 65 ans, cela signifie que leur corps est en jeu au moins pendant plus de cinquante ans, ce qui n'est jamais le cas d'un sportif profes- sionnel. Il est donc vital de comprendre comment ce corps fonc- tionne, dans la pratique de l'instrument, dès l'apprentissage et tout au long de l'évolution de notre corps d'adulte. »
Marc-Olivier Dupin.

Vous avez exercé dans des écoles de musique. Est-ce un cas exceptionnel ?

Je n'ai rien d'exceptionnel, et il existe des Coralie partout. S'ils se donnent la peine de chercher, les musiciens peuvent trouver d'excellents thérapeutes dans leur environnement. Simplement, j'ai eu la chance d'exercer à l'Ecole Normale de Musique de Paris. En ce lieu, j'ai travaillé dans le vif du sujet avec les élèves comme avec les professeurs qui m'ont accueillie dans leurs classes.

Grâce à l'aide de Marc-Olivier Dupin et au CE de l'Orchestre de l'Ile de France j'ai été choisie pour une période de trois mois à l'essai : une kiné d'orchestre, une première en France ! Je me réjouis de cette perspective de travail sur le terrain. Cette consultation à l'orchestre m'a permis de bien comprendre leur demande ainsi que leurs projets musicaux, qui demeurent essentiels.

En France, on commence à voir se développer ce type de poste, mais nous avons pris du retard sur des pays comme l'Angleterre, où des kinés, des ostéopathes et des masseurs sont affectés dans les écoles de musique, considérant que, comme celle des sports, la pratique de la musique est une activité physique qui nécessite le suivi du corps.

La Méthode Alexander est en effet beaucoup plus répandue dans les pays anglo-saxons que chez nous.
Qu'en pensez vous ?

J'en pense le plus grand bien. La pratique de relaxation est une excellente chose surtout dans un travail de prévention, et des professeurs comme Patricia Boulay dispensent des cours très utiles dans un conservatoire. Mais il ne faut pas tout mélanger. Quand un musicien a mal, il faut le soigner, guérir son inflammation sans pour autant l'isoler du monde de la musique. Puis il faut déprogrammer le geste parasite ou un comport ment excessif qui sont souvent à l'origine du traumatisme. Oui, un musicien peut continuer la pratique de son instrument tout en se faisant soigner. Pour la même raison, je pense qu'il faut cesser de dire aux musiciens queleurs problèmes sont simplement psychologiques... Bien sûr, la dimension psychologique existe, mais le corps dit non avant l'esprit : le stress, par exemple, provoque la création d'acides dans les muscles. Dans un tel contexte, il convient de démêler les noeuds petit à petit, dans un climat de confiance. Ceci doit être accompli par une équipe interactive. Il faut avant tout dédramatiser, et chasser le sentiment de culpabilité.

Qu'entendez vous par équipe interactive ?

Ce qui me tient le plus à coeur, c'est de travailler en collaboration avec les professeurs de musique.

Les professeurs, qui ne disposent souvent que d'une demi-heure avec leurs élèves, sont surchargés, et ils devraient parfois déléguer aux personnes qualifiées. J'observe, je regarde les musiciens jouer. Quand j'interviens, je joue le rôle du garagiste à qui on confie une voiture endommagée. Un mécano ne dit pas : « c'est psychologique ». Il répare la panne, et le professeur prend la suite. Il suffit parfois de quatre ou cinq séances dans l'année : je débloque et le conducteur reprend le véhicule en utilisant ses propres compétences sans que j'intervienne sur la technique instrumentale. Une fois la panne réparée, si le musicien a peur de rejouer, alors là, c'est psychologique !

Il s'agit donc d'une collaboration qui s'effectue idéalement lorsque le kiné est autorisé à intervenir dans les classes ou dans les stages. On modifie quelques petits détails, et ensuite, les choses se développent toutes seules. Mon voeu le plus cher, c'est de continuer à trouver des professeurs qui fassent appel à moi pour assister à leurs cours.

« Baissez les épaules pour qu'elles soient bien détendues », « laissez-les tomber », « tirez-les vers le bas ». Ces phrases que les élèves musiciens entendent à longueur de journée me paraissent dangereuses. En les appliquant, l'élève est convaincu qu'il se place dans une bonne position...La grande confusion est là. Halte au massacre ! En tirant vos épaules vers le bas, vous risquez d'inhiber les muscles qui permettent de soutenir et de verrouiller les omoplates. Un déséquilibre s'installe alors sur cette plate-forme très complexe. La souplesse des épaules est essentielle, mais elle est la finalité, et non le point de départ. (Faute de quoi on en arrive à entendre des musiciens déclarer : « Plus je me détends, plus je me crispe » P.72).

Chaque instrument provoque des problèmes corporels différents. Y en a-t-il qui sont spécifiques au violoncelle ?

Le défaut le plus fréquent, c'est de cambrer le bas du dos pour se tenir droit en étant assis à l'extrémité de la chaise : cela provoque une tension de la nuque, ce qui crée une coupure entre la fluidité des jambes et le haut du corps. Ce blocage du bassin peut entraîner des compensations au niveau du dos, voire même des attitudes scoliotiques. Le but est d'obtenir une bonne mobilité au niveau des hanches. Jouer n'est pas dangereux à condition d'adopter une position correcte.

Il ne s'agit nullement de médicaliser le musicien, mais de l'aider à conserver une position naturelle. Contrairement à la flûte traversière, le violoncelle n'est pas un instrument désaxé au niveau des vertèbres cervicales. C'est un instrument parfaitement équilibré, qui se prête à cette position naturelle lorsqu'on trouve une stabilité dans la position assise grâce au réglage de la hauteur de la pique, qui joue un rôle essentiel et permet de ne pas projeter la tête en avant. Cet équilibre se joue à quelques millimètres près et permet un alignement de la colonne vertébrale.

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HISTORIQUE DU VIBRATO POUR LES INSTRUMENTS À CORDES

par Sophie Magnien

Ancienne élève du Quatuor Manfred, de Gagnepain, puis de Jean-Marie Gamard et de Michel Strauss au Conservatoire, Sophie Magnien enseigne aujourd'hui à Abbeville en Picardie. En 2004-2005, elle a réalisé un travail sur le vibrato en guise de mémoire de recherche. « Le binôme vibrato-expression me questionnait depuis longtemps, dit-elle : d'où la volonté d'aller fouiller dans les traités anciens, peut-être pour trouver une argumentation à mon envie instinctive de jouer la musique classique sans, ou avec très peu de vibrato « audible ».

Le vibrato des cordes, lié à la question de l'expressivité du discours musical, est un élément d'interprétation laissé à la discrétion des instrumentistes. Parce qu'il n'appartient pas directement au domaine de l'écriture, le vibrato appelle une histoire de ses définitions et de son utilisation. Nous nous proposons ici de retracer son évolution, afin d'imaginer quels moyens techniques et artistiques utilisaient les interprètes des siècles passés.

1 - Agitez votre main comme si vous secouiez des dés. Tous les os de la partie supérieure de votre bras vont se mettre à trembloter ! Le vibrato, c'est la même chose
2 - Quand je songe au vibratro du violoncelle, j'imagine deux murs parallèles séparés par environ un mètre. Je vois une balle immatérielle lancée contre un des murs. Elle rebondit aussitôt contre l'autre mur, puis revient sur le premier. J'ai l'impression que ceci pourrait continuer pendant des années.
Phyllis Young « Playing the String Game »

Les origines du vibrato sont difficiles à cerner : imitation de l'art vocal évidemment, mais aussi des techniques utilisées par les luthistes de l'époque médiévale qui cherchaient à prolonger le son en relançant sa résonance par un mouvement latéral de la main. À l'époque baroque, sur la viole, plusieurs ornements peuvent être considérés comme les ancêtres de notre vibrato. Ils se caractérisent par une diversité des réalisations sonores, des notations, des descriptions, et des nominations (plainte, langueur, balancement de la main, pincé, flottement, tremble- ment sans appuyer, tremolo...)

Ils possèdent des connotations émotionnelles précises, et servent à exprimer deux sortes d'affects : la tristesse, la déploration, la langueur, ou alors la terreur, le froid, la mort. En aucun cas ils ne véhiculent un caractère aimable ou gracieux. Deux techniques sont employées couramment sur la viole : le "vibrato à deux doigts" est un trille très précisément rythmé, exécuté à l'intérieur de la frette, alors que le "vibrato à un seul doigt", utilisé lorsque le premier est impraticable - c'est-à-dire avec le 4° doigt, sur les doubles-cordes, et dans les tessi- tures aigues - est un balancement du doigt.

La technique de l'ondulation de la main sur le violon est empruntée à cette deuxième manière, et conserve tout particulièrement son caractère métrique régulier. Jusqu'aux traités de L. Mozart ou G. Tartini (1756 et 1771), le balancement de la main ou tremolo est utilisé principalement sur les notes longues, sur les notes finales, et dans les doubles-cordes.

À partir du moment où les ornements se trouvent de plus en plus intégrés à la mélodie par les compositeurs, le statut du vibrato évolue, passant d'ornement à "moyen d'expression" ou "effet". Tous les textes du XIX° siècle témoignent paradoxalement d'une attirance pour ce moyen d'expression, et d'un immense sentiment de précaution, voire de prohibition. "Un violoniste de goût et de sentiment sain regardera toujours la sonorité pleine comme la seule normale, et n'emploiera le vibrato que là où les nécessités de l'expression l'exigent impérieusement... Nous répétons encore ici que l'emploi trop fréquent de ce moyen d'expression, surtout à un moment inopportun, éveille chez l'auditeur un malaise capable d'aller, comme le dit Schumann, jusqu'à la nausée." (J Joachim, 1904).

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LUTHERIE

Le Festival de Cordes sur Ciel

J'ai eu le plaisir d'assister au 33ème Festival de Musique qui s'est déroulé dans la magnifique ville médiévale de Cordes sur Ciel, dans le Tarn, et qui a pour but de jumeler la promotion de jeunes talents avec des rencontres de luthiers européens. Le président de cet événement, le luthier Christian Urbita, a été formé à Mittenwald, avant d'effectuer un compagnonnage européen à Stuttgart chez Bernhard Franck, puis à Lubeck chez Rudolf Masurat. Après trois années chez Hill and Sons, il a regagné sa ville maternelle au nom prédestiné de Cordes avec sa sympathique épouse anglaise, professeur de violoncelle. C'est sur son initiative qu'a été conçu « le plus grand violoncelle du monde », hébergé dans le Musée de la Lutherie de Mirecourt.

Cette « cuvée 2005 » du Festival de Cordes (nous sommes dans le pays du Gaillac, à consommer avec modération...), dont l'invité d'honneur était le compositeur hongrois György Kurtag, a réservé une place privilégiée au violon- celle. Après Jérôme Pernoo, qui a ouvert le festival sur un instrument de Frank Ravatin, un violoncelle baroque italien, ainsi qu'un violoncelle piccolo du 18ème, plusieurs jeunes violoncellistes se sont en effet produits , à savoir : Fabrice Bihan , formé par Pierre Champagne, Florian Loridan, et Jean Deplace, qui joue en duo avec l'accordéoniste Philippe Bourlois, et travaille avec des acteurs ou des danseurs ; Raphaël Merlin, membre du Quatuor Ebène, issu du CNR de Boulogne Billancourt, qui joue un violoncelle de Paul Tortelier, qui lui a été confié par le Fonds Instrumental Français ; Sébastien van Kuijk, ancien élève d'Erwan Fauré, de Jean-Marie Gamard et de Philippe Muller : titulaire du Prix du Meilleur Espoir au Concours Rostropovitch et du 5eme prix au Concours International Pablo Casals, ce dernier joue un Storioni prêté par un mécène anonyme et un Stephan von Baeher, jeune luthier allemand installé à Paris.

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Jean-Luc Deville

Rencontre d'archetiers à Mirecourt

Depuis fort longtemps, la Sainte Cécile suscite à Mirecourt des concerts, des conférences sur la lutherie, des réunions de luthiers, tout cela dans un cadre officiel. Cette année, à l'initiative de Bruno Dreux (luthier à Orléans), qui apprécie de venir passer quelques jours à Mirecourt, une rencontre amicale et productive a vu le jour : des archetiers venus d'un peu partout ont partagé une semaine de travail et d'échanges divers dans un atelier improvisé grâce à la bonne volonté de chacun. Ils ont souhaité revivre l'atmosphère des grands ateliers d'antan, en installant des établis dans un gîte loué pour la circonstance ; certains ont eu le privilège de s'asseoir sur le vieux tabouret en bois de Morizot, d'autres se sont penchés sur l'établi de Maline, et le foret de Lotte a percé les baguettes (trois noms illustres de l'archèterie française mirecurtienne). Ayant apporté avec eux leur outillage peu volumineux et leurs fournitures, travaillant côte à côte, échangeant leurs savoir-faire individuels, les huit compères ont observé et commenté les techniques propres à chacun d'entre eux. En effet, l'archetier, au fil des années d'un artisanat solitaire, élabore insensiblement sa méthode de fabrication, son style, ses astuces, ses outils ; il apprécie plus ou moins une étape de la réalisation,la simplifiant, ou, au contraire, la perfectionnant.

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Fabienne Ringenbach


COIN FUMEUR

Profitons du répit qui nous est donné avant que la loi n'interdise de fumer dans les magazines pour noter que contrairement au violon ou aux instruments à vent, le violoncelle et la guitare font partie des rares instruments qui permettent defumer en jouant.

Il est vrai que Sempé représentait presque toujours ses pianistes avec une cigarette à la bouche.

Mais un chanteur qui fume n'ira pas loin...

Et pour un flûtiste, la seule solution consiste à bourrer son instrument de tabac...

Sans conseiller aux jeunes de suivre l'exemple de certains de leurs aînés, notons que le tabac est lié à l'image de grands violoncellistes du 20e siècle.

Par exemple, tous ses anciens élèves se souviennent que Maurice Maréchal ne quittait jamais sa pipe et les enfumait pendant les cours.

Pour Navarra, la cigarette renforçait son autorité légendaire.

A quatre vingt balais, Starker continue à consommer son paquet par jour.

Il paraît que les démanchés de Feurmann avaient une odeur de tabac...

Quant à Casals, on raconte qu'après sa mort, on découvrit des monceaux de cendre de pipe à l'intérieur de son Stradivarius.


LE COIN DES POETES

Violoncelle lancé dans la terre comme un flèche tombée
ton corps ondulant sur sa fine épine dorsale
tremble suspendu Des coups d'archet caustiques menacent
ta table d'harmonie de ver et de sève

Tes doigts pour monter descendre plus bas
aspirent une toile invisible pour t'élever vers l'immensité astrale
Tes doigts caressent le ciel Ton corps dit
toute la lumière pour soulever et écarter son voile

Tu avances à grands pas tu mords l'iode à chaque ton
Rien ne peut t'intimider casse-cou de la musique
explorateur du pouls rebelle

Condamné est le mur sur lequel tu te propulseras

Tu mords le vermillon au goût de miel avec tant de véhémence
Frère de sang mon sang coule dans tes veines
Dans tes affres je te fais tournoyer te tapote en douceur
Là où vibre le gland tu sanglotes en moi de tes sons les plus sombres

Entracte puis tu gémis aux éclats des étoiles polaires
Et celui qui t'a brûlé de son archet te sourit maintenant
Tu respires plus calmement Nous nous arrêtons Nirvana

Keith Barnes


LE COIN DES AMATEURS

Rencontrer un violoncelle ...

Yanne Vivier-Baillon nous raconte son expérience de « grande débutante »

40 ans, un passé plein de musique ... trois accords de guitare, quelques cantates et pas mal de flûte ... 40 ans et une évidence soudaine face à un orchestre à cordes : les violoncelles m'attirent, me parlent, m'enchantent ...

40 ans et la ronde des commentaires ... " à ton âge ? " "t'as pas peur du ridicule ? " "c'est ta dernière lubie ?" Après tout, ça m'est égal, je jouerai du violoncelle ... Ma fille me souffle les notes (les flûtistes et la clef de fa... ), son frère m'encourage : "deuxième doigt, M'man, ouais, super ...". C'est peut-être tremblotant, ce n'est certainement pas très juste mais il se passe quelque chose de bouleversant, comme si, dans mon archet fragile se cachait toute une musique qui ne demandait qu'à naître. J'ai foncé chez le luthier et rapporté fièrement mon premier compagnon, sous les regards goguenards ou atterrés des copains ... Après tout, ça m'est égal, je jouerai du violoncelle ... Premiers cours, mal aux doigts, premier duo, premiers bonheurs ... Premier concert, je suis prête à jouer toutes les basses continues du monde pourvu qu'on me laisse participer, premières angoisses ... je vais me planter ... je vais me planter ... je me suis plantée ... ah! bon, personne ne s'en est aperçu, prenons l'air dégagé et poursuivons ...

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TRANSPORTER SON VIOLONCELLE

La presse a rendu compte de la pétition lancée par l'Association de bassistes et contrebassistes de France après que deux jeunes musiciens aient été verbalisés pour excédent de bagages parce qu'ils voyageaient accompagnés de leur contrebasse.

Un certain nombre de violoncellistes se sont également exprimés sur le problème du transport des violoncelles sur le forum du site de l'AFV dans la rubrique « le thème du moment ».

L'un d'entre eux a notamment écrit le 4 décembre 2004 : « J'ai eu une contravention SNCF (sur le TER) pour transport d'instrument de musique (70 €) alors que 2/3 des places étaient vacantes ». Il arrive aussi parfois que ceci se produise sur d'autres lignes, et notamment Eurostar.

Si, comme l'écrit une autre violoncelliste, « il ne faut pas trop se prendre la tête, les contrôleurs qui font appliquer le règlement à la lettre sont très rares », il convient de réagir contre l'excès de zèle d'une petite minorité d'entre eux. Faites comme l'AFV, signez la pétition lancée par nos amis contrebassistes (www.contrebasse.com).


Arman, un artiste incendiaire