Revue n° 16 - Septembre 2005

Sommaire de la revue:
Editorial
Courrier des lecteurs
Informations
Hommage à Albert Tétard
Le 8ème Concours Rostropovitch
Violoncelliste et globe trotter : entretien avec Dominique de Williencourt
Franchomme,
Chopin et la sonate pour piano et violoncelle
Livres : « Le Violoncelle contemporain »
Les Hauts et les bas du métier : conversation avec Mathieu Fontana
Maurice Baquet, un violoncelliste polyvalent
Le Coin des compositeurs : entretien avec Philippe Forget
Le Coin des amateurs
Lutherie : Brève d'établi
Cordes
Disques et DVD
Le Coin des enfants
 

 

Éditorial

Ce n'est pas par hasard que nous avons fait figurer en couverture de ce numéro du mois de septembre le portrait d'une violoncelliste à la plage dans un pays lointain, mais pour conserver sous nos yeux le souvenir de vacances dont nous espérons que nos lecteurs ont su profiter.

Comme pour beaucoup d'entre vous, ce début d'année scolaire ne s'annonce en effet pas de tout repos pour la petite équipe chargée de gérer l'AFV. Au mois d'octobre, nous allons sélectionner des jeunes élèves des classes de violoncelle des conservatoires municipaux parisiens qui joueront devant les membres du jury du Concours Rostropovitch le 17 novembre dans le Grand Foyer du Théâtre du Châtelet. Dans la limite des places disponibles, les adhérents de l'AFV pourront assister à ce concert qui sera suivi d'une réception au cours de laquelle vous serez tous bien venus à rencontrer ces jurés prestigieux venus des quatre coins du monde. Quelques jours plus tard, le 3 décembre, au Conservatoire de Bourg- la- Reine / Sceaux, vous serez également conviés, (toujours dans la limite des places disponibles), à assister à la journée « Le Violoncelle sous toutes ses cordes », un colloque consacré à l'acoustique de notre instrument organisé en partenariat avec l'AFV, dont vous pourrez trouver l'esquisse du programme dans ce numéro de votre magazine, et qui sera suivi par une série de concerts en hommage à Maurice Baquet que nous organisons au CNR de St-Maur-les-Fossés (voir page 15). Ce numéro 16 de notre revue ne se contentera pas de vous parler de ces événements ; poursuivant son chemin, elle donnera également la parole à plusieurs violoncellistes parmi lesquels figure notamment Dominique de Williencourt, et, comme à l'accoutumée, consacrera d'autres rubriques aux amateurs, à la lutherie, et autres sujets d'information. Bonne lecture à tous. Et n'oubliez pas que vous êtes tous bien venus à intervenir dans la revue et sur le site internet de votre association, que nous avons récemment mis à jour, et dont le forum remporte un succès sans cesse grandissant.

Michel Oriano

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Courrier des lecteurs (Extraits)

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 J'ai beaucoup aimé votre dossier dans Le Violoncelle sur les ensembles de violoncelles, en particulier l'article encadré relatant les propos de G. Faust... qui devrait être félicité pour sa franchise! J'ai aussi le plaisir de vous annoncer la naissance d'un nouvel ensemble, Les Phil'Art'Cellistes, regroupant les violoncellistes du Philar de Radio-France (100 % mixte)!

(Nadine Pierre).

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Je vous écris ce jour pour vous présenter Manlouch, groupe de jazz manouche .

Formé en 2003 à Boulogne sur Mer, le trio MANLOUCH emmène la musique manouche dans ses propres contrées, dessinées par une instrumentation originale : une guitare acoustique, une basse électrique et un violoncelle. En concert MANLOUCH invite son public au voyage grâce aux différentes origines musicales de ses musiciens et à une énergie débordante au service de la musique. ...de véritables moments d'échanges avec le public. Un rictus s'esquisse sur votre visage, la vie est belle... Ce groupe de jazz manouche sachant s'adapter à toutes situations grâce à différents répertoires adaptés et étant prêt à se déplacer sur toute la France je vous invite à les découvrir.

Pour de plus amples informations, je vous invite à les écouter et à voir leur description sur : www.manlouch.com.

(Baptiste Gosselin).

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Informations (Extraits)

Disparitions

- Deux violoncellistes français atypiques ont disparu presque simultanément le 2 et le 19 juillet: l'un, professionnel, était un comédien et un skieur émérite ; l'autre, médecin et navigateur, était un violoncelliste amateur. Il s'agit de Maurice Baquet (voir p.14) et d'Alain Bombard, célèbre pour avoir le premier traversé l'Atlantique dans un bateau pneumatique. Passionné de musique, ce dernier, qui avait adhéré à l'AFV, avait rêvé de devenir chef d'orchestre, et nous projetions de le rencontrer pour l'interroger sur le rôle qu'avait tenu le violoncelle dans sa vie, mais il nous a malheureusement quittés trop tôt.

 

- Siegfried Palm est décédé au printemps 2005. Né en 1927, il était un des instrumentistes qui se sont mis au service de la musique contemporaine et qui en ont influencé l'évolution. Elève d'Enrico Mainardi, il fut violoncelle solo de l'orchestre de Lübeck dès l'âge de 18 ans, puis, deux ans plus tard, celui de l'orchestre symphonique de la radio allemande du Nord-Ouest, avant de devenir membre du quatuor Hamann et d'enseigner au conservatoire de Cologne. Palm fut l'un des protagonistes de l'entrée du violoncelle dans les préoccupations musicales de l'avant-garde. Il se rendit célèbre en 1958, lorsqu'il interpréta le Concerto Canto di Speranza et la sonate pour violoncelle seul de Zimmerman, jugés impossibles à jouer. Le Capriccio per Siegfried Palm de Pendercki figura au programme de plus de quatre cent des ses récitals, et il fut aussi le dédicataire d'une multitude d'oeuvres de compositeurs tels que Xenakis, Ligeti, Kagel, Lieberman, Rihm, Yun, etc.

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Concours

Pour rendre hommage au regretté Jacques Wiederker, un concours international de violoncelle se déroulera à Ville d'Avray les 11 et 12 mars 2006. Le jury sera composé de Lluis Claret, Philippe Muller, Jean-Jacques Wiederker, et Jean-Louis Petit. La finale aura lieu en concert public.

Renseignements et inscriptions : Festival de Musique française, 34 rue Corot, F-92410, Ville d'Avray. Tél. (33 1)47092282. e-mail : jlpetit@jeanlouispetit.com

DVD

Nos amis de la London Violoncello Society nous signalent qu'ils ont publié un DVD consacré à l'enseignement du violoncelliste Bernard Greenhouse. Ce DVD relate des interviews effectués au Wigmore Hall de Londres à l'occasion du 90ème anniversaire de ce grand maître anglais, qui fut l'un des fondateurs du Beaux Art Trio, qui interprète également des pièces du répertoire. greenhouse@celloclassics.com

Association

La Guilhermina Suggia Associationa été créée le 27 juin dernier au Portugal. Elle s'est donnée pour objectif de promouvoir la mémoire de l'une des grandes violoncellistes du 20ème siècle (1885-1950), et de lui consacrer un musée dans sa ville natale d'Oporto, où seront organisées des rencontres de musiciens.

L'AFV souhaite la bienvenue à cette nouvelle association et sera enchantée de collaborer avec nos amis portugais

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LE 8ème CONCOURS Rostropovitch (Extraits)

Quatre années se sont déjà écoulées depuis que, dans le n° 1 de notre revue, Philippe Muller rendait compte du 7ème Concours Rostropovitch, et voici que la 8ème édition de ce prestigieux événement va se dérouler en octobre. Il s'agit de l'un des événements les plus prestigieux de la vie internationale du violoncelle, si l'on en juge par le nombre et la qualité des candidats venus du monde entier (cette année, il y en avait plus de deux cent avant les auditions organisées à New York, Moscou, Tokyo et Paris).

La 8ème édition de ce concours organisé dans le cadre des concours de musique de la ville de Paris aura lieu du 9 au 20 novembre 2005.

Dans son numéro de décembre prochain, notre revue en profitera pour publier des entretiens avec certains membres du jury, dont nous donnons la liste ci-dessous. Nous publions aujourd'hui le point de vue de Mstislav Rostropovitch sur les concours et la liste des lauréats des sept premiers concours. La brillante carrière effectuée par certains d'entre eux atteste de la santé actuelle de notre instrument qui consacre une floraison de jeunes talents et séduit plus que jamais le public international ainsi que les compositeurs qui n'ont jamais tant écrit pour le violoncelle que depuis le vingtième siècle. Cette année, entre autres récompenses, les lauréats se verront offerts quinze engagements de concerts de par le monde.

En 2005, l'AFV s'est associée aux organisateurs de ce concours pour organiser le 17 novembre de 16 à 18 heures au Grand Foyer du Théâtre du Châtelet une audition publique de jeunes élèves des conservatoires municipaux de la ville de Paris par les membres du jury. À l'issue de ce concert, l'AFV vous convie à une réception (voir P.23).

 

Le point de vue de Rostropovitch sur les concours

(extraits des propos recueillis par Christiane Louis et Gilles Vachia en 2002)

 

Il est certain que les concours peuvent aider les jeunes musiciens à accéder à une carrière de soliste, mais aujourd'hui les épreuves se multiplient et ne s'équivalent pas entre elles. Quoiqu'il en soit, simple étape ou début de carrière, les concours incitent les candidats à une certaine discipline de travail et stimulent l'interprète en lui donnant l'occasion de préparer un programme complet. Par ailleurs, il est toujours très important de se confronter aux autres interprètes, surtout quand ils viennent du monde entier.

Jusqu'à une période récente, les écoles de violoncelle différaient selon les nationalités et l'on pouvait discerner l'origine des candidats à la seule écoute. Ce n'est plus guère le cas aujourd'hui, chaque école ayant pris ce qu'il y avait de meilleur dans les autres, et c'est peut-être salutaire. J'en donnerai un exemple amusant. (En 1955, au cours d'un concert à Prague) j'ai joué le premier thème du dernier mouvement du concerto de Dvorak devant Paul Tortelier, plus lentement que ne l'indiquait la partition. Paul Tortelier, très mécontent, s'écria : « Pourquoi joues cela si lentement ? » ... Quelques années plus tard, pensant le satisfaire, je lui avoue jouer le début de ce mouvement presque dans le même tempo que le reste. « Mais pourquoi fais-tu cela ? s'exclama-t-il, après t'avoir entendu, j'ai moi-même adopté un tempo identique à ton interprétation de 55... »

... La « qualité » des jurés joue un rôle important dans l'évaluation portée sur les candidats. Une interprétation inhabituelle peut susciter l'intérêt des musiciens, mais ne convaincra pas forcément les jurés enseignants, qui ont parfois du mal à s'éloigner de leur propre point de vue. Les candidats du Concours Rostropovitch se destinent à devenir des solistes et doivent posséder un haut niveau technique de même qu'une grande sensibilité musicale. Un interprète peut posséder une technique irréprochable sans pouvoir transmettre l'esprit ou les émotions d'une oeuvre. Aucune chance, en ce cas, de devenir un grand soliste, ce qui n'empêche pas évidemment de poursuivre une carrière d'orchestre. Les Suites de Bach figurent parmi les épreuves éliminatoires. Si on les joue mal, autant renoncer à participer... Je n'ai jamais encore rencontré de candidat jouant très mal Bach et très bien le reste. Techniquement Bach n'est pas difficile, mis à part certains passages, et c'est justement avec ce grand compositeur que l'on peut juger de l'intelligence et du talent du candidat.

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Du bon usage des concours de musique

(Extrait d'un article de Claude Samuel, Président de l'Association pour la Création et la Diffusion Artistiques, chargée d'organiser les concours de musique de la Ville de Paris).

Le concours est une excellente école du danger ! Il est aussi une superbe manière de confronter les styles d'interprétation, dont l'extrême variété constitue à la fois la fragilité et la richesse du message musical. Et les jurés le savent bien : le respect de la partition, pour fondamental qu'il soit, ne fait pas le tour de la question ; et c'est la raison pour laquelle les délibérations du jury sont souvent un peu mouvementées. Au-delà des arrière-pensées, qui ne sont pas la règle - car l'expérience prouve que les jurés des grands concours font preuve le plus généralement d'une parfaite honnêteté , le concours est le champ d'action des styles confrontés, des sensibilités les plus diverses et des comportements souvent fortifiés par une longue pratique. Ici, pas de chronomètre pour indiquer le nom du vainqueur, mais des goûts différents, où l'unanimité peut parfois se dégager, mais rarement.

En musique, comme dans les arts en général, il n'y a pas de vérité absolue. La salle de concert n'est pas un stade.... Les jeunes candidats sont prêts à jouer des oeuvres nouvelles, surtout lorsqu 'ils sont poussés par les circonstances. Ce grand territoire de la modernité ne doit pas se limiter aux programmes des concours spécialisés, il doit être systématiquement proposé, et imposé, dans les compétitions internationales, grâce à des oeuvres contemporaines de qualité... Il arrive que certains jurés soient peu sensibilisés aux courants nouveaux, et je me souviens de l'effroi manifesté naguère par un célèbre violoncelliste français

aujourd'hui disparu en écoutant (à une dizaine de reprises) une pièce de Gilbert Amy commandée par le Concours Rostropovitch. Péripéties dépassées : la musique contemporaine, dans ses formes les plus significatives, s'impose lentement mais sûrement dans nos circuits musicaux. C'est, en particulier grâce aux concours d'exécution musicale et à l'effort accompli par les jeunes concurrents que seront brisées les chaînes de la routine que la musique classique, magnifique objet de musée il est vrai, sera demain davantage dynamisme que nostalgie.

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VIOLONCELLISTE, GLOBE-TROTTER ET COMPOSITEUR

Bonjour Dominique. Parallèlement à votre carrière de soliste, vous organisez des tas de choses. Ainsi, pas plus tard qu'il y a quelques semaines, vous avez célébré le 60ème anniversaire du Quatuor Borodine au Théâtre des Champs Elysées, en organisant un concert apparemment hétéroclite.

Quel honneur de recevoir le mythique Quatuor Borodine et de rendre hommage à 60 ans de carrière ! Ce concert était festif, dans l'esprit des « Rencontres Musicales de La Prée ». Et le programme n'était pas si hétéroclite qu'il pouvait le sembler. Par exemple, comme le Quatuor Borodine avait programmé la Grande Fugue de Beethoven, j'ai interprété avec Emile Naoumoff la 5ème sonate pour violoncelle et piano qui se conclut également par une superbe fugue. Chacune à sa manière, ces deux fugues constituent des monuments qui se situent hors des normes, dans un univers qui semble abstrait mais qui correspond à une logique implacable. Aux auditeurs désarçonnés, Beethoven disait qu'on comprendrait cette musique dans le futur. Mais quel futur ? En réalité, Beethoven se situait hors du temps. Quel que soit le présent, c'est toujours dans un futur que ces fugues nous projettent.

Vous venez par ailleurs d'enregistrer l'intégrale des sonates de Beethoven avec Emile Naoumoff.

Nous les avons enregistrées en « Live » à l'Abbaye de La Prée. Il règne entre nous une complicité qui va au delà des mots. La musique de chambre incite parfois à se livrer à des explications, à se consulter, à discuter. Avec Emile, ça n'est pas nécessaire. Nous vivons les silences, si chers à Beethoven, comme une même respiration, et cela ne nécessite aucune concertation. Emile enseigne à Bloomington, mais malgré la distance, nous projetons d'enregistrer d'autres oeuvres, notamment françaises, pour le label EA Records où sont déjà sortis les Suites de Bach et les concertos de Haydn.

Haydn, que vous jouez parfois dans une version surprenante, accompagné par un quatuor à cordes.

J'ai enregistré ces concertos avec l'orchestre de chambre St Christophe de Vilnius, un merveilleux ensemble dirigé par une personnalité de la musique de chambre, Donatas Katkus, ancien altiste du quatuor de Vilnius. Mais il me semble que ces concertos peuvent parfois être assimilés à de la musique de chambre caractérisée par un côté intimiste. C'est pourquoi j'aime aussi les jouer à la façon d'un quintette à 2 violoncelles, un peu dans le style des Boccherini. Il faut attendre les romantiques pour voir apparaître de véritables « concertos » pour violoncelle. Haydn en reste un extraordinaire précurseur.

Contrairement à beaucoup de vos collègues, vous n'avez jamais fait partie d'un orchestre ou d'une formation de musique de chambre.

Je n'oserai jamais me produire en public au sein d'un quatuor à cordes. Cette formation représente la quintessence de la musique de chambre mais elle implique un très long travail afin de trouver une osmose avec ses partenaires et la fusion de quatre personnalités. Il faut discipliner sa propre sonorité dans la direction de l'autre, plutôt que de soi-même, ce qui n'est pas le cas avec un piano ou une flûte. Ni même le cas dans des formations diverses, en trio, en quintette... Dans une sonate, on reste solidaire mais aussi solitaire : il s'agit alors d'accorder les silences et les phrasés. L'histoire du quatuor Borodine en est une bonne illustration. Au tout début, ils avaient sollicité Rostropovitch, mais faute de réussir à soumettre sa propre personnalité à la collectivité de ses partenaires, celui-ci a cédé sa place à Valentin Berlinsky qui, lui a magistralement réussi à s'intégrer aux autres, et à intégrer les autres à sa sonorité. Au delà des clivages, le maître Berlinsky m'a invité au jury du Concours de Quatuors à cordes Chostakovitch 2004 à Moscou.

Et pourtant vous n'avez pas très souvent joué avec des orchestres français.

En un sens, la France constitue le parent pauvre de ma carrière. Mais j'ai beaucoup voyagé, dans plus de quarante pays, et cela me permet de revendiquer à l'étranger mon appartenance à l'école française dont je me considère un héritier. Dans la lignée d'André Navarra, de Philippe Muller et de Marcel Bardon qui furent mes professeurs. Même si, lorsque j'ai été lauréat du concours Rostropovitch, ce dernier m'a fait travailler pendant quelque temps, soit à Paris soit à Washington, et m'a donné des ouvertures sur l'école russe.

Comment compareriez-vous les écoles russe et française ?

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franchomme, chopin et la sonate pour piano et violoncelle
Par Stephen Sensbach

Chopin est l'une des grandes figures de la musique du 19ème siècle, mais l'histoire a quelque peu négligé de s'intéresser à l'homme qui fut sans doute l'un de ses amis les plus intimes. Toutes les biographies de Chopin mentionnent Auguste Franchomme, mais l'on ne s'est guère penché sur la carrière de ce violoncelliste qui a pourtant joué un rôle important dans la vie du célèbre pianiste. Né à Lille en 1808, Franchomme vint à Paris pour étudier au conservatoire dans la classe de Louis Norbin : il remporta le premier prix en 1825 à l'âge de 17 ans. Il commença sa carrière dans l'Orchestre de l'Ambigu Comique, puis au Théâtre Italien et à la Société des Concerts. A l'exception d'un voyage en Angleterre qu'il effectua en 1856, il ne quitta guère la capitale où il devint une figure centrale de la vie musicale. Il joua aussi dans le Quatuor Alard, l'une des rares formations de musique de chambre composée de musiciens professionnels. Franchomme a publié quelque 55 partitions : il s'agit surtout de pièces courtes, de musique de salon, de fantaisies et de variations, ainsi que son concerto op. 33, mais aujourd'hui, on connaît surtout ses 12 Caprices op. 7 et ses 12 Etudes op. 35.

Franchomme était le meilleur violoncelliste de France, mais à l'époque, on ne se lançait pas encore dans des carrières de soliste. Pour un instrumentiste à cordes, le summum était de se voir confier un poste au Conservatoire, où Franchomme succéda à Norblin en 1846. Il possédait le célèbre Stradivarius Duport, et fut décoré de la Légion d'honneur en 1884. Nul ne représentait mieux que lui la stabilité de la bourgeoisie, c'est-à-dire tout ce dont Chopin aurait eu besoin, mais à quoi il résista toute sa vie. Pendant sa jeunesse en Pologne, Chopin avait eu de nombreux amis, mais lorsqu'il arriva à Paris en 1831, il se retrouva seul. Aussitôt, il fréquenta les milieux musicaux où il rencontra Franchomme, qui n'avait qu'un an de plus que lui. Les deux jeunes gens adoraient jouer ensemble, et se mirent à composer ensemble, ce qui constituait une aventure peu commune. En 1830, Chopin avait déjà composé l'Introduction et Polonaise brillante op.3, qu'il avait dédiée au violoncelliste autrichien Joseph Merk. Maurice Schlesinger, son éditeur lui demanda aussi d'écrire une pièce destinée à promouvoir un nouvel opéra de Giacomo Meyerbeer, et c'est en 1833 que parut le Grand Duo concertant pour piano et violoncelle sur des thèmes de Robert le Diable. Familiarisé avec ce type de musique, Franchomme se vit confier la partie virtuose de violoncelle, et en écoutant cette pièce, on peut presque entendre une conversation entre les deux amis. Puis la vie se compliqua, et Chopin n'écrivit plus jamais de pièces de salon légères.

De leur volumineuse correspondance, il ne reste pratiquement plus que les lettres que Chopin écrivit à Franchomme, car la plupart des documents conservés par Chopin furent brûlés lors du soulèvement de la Pologne contre la Russie en 1863. Aucune publication ne rassemble toutes ces lettres, et, de temps en temps, il en apparaît une dans des ventes aux enchères. En général, il y est question de petites affaires quotidiennes, et notamment de requêtes de Chopin concernant des financements et des éditeurs. Mais, quelle que soit la sécheresse du contenu, ces lettres se terminent toujours par des formules chaleureuses à l'adresse de Franchomme et de sa famille, exprimées dans le langage extravagant des Européens de l'Est de l'époque, comme par exemple : « Je t'aime toujours et pense tous les jours à toi », « Ecris-moi et aime-moi comme je t'aime », ou « Chérissime, je t'embrasse », encore que ces formules ne soient pas comparables à celles qu'il utilisait lorsqu'il s'adressait à des amis polonais de sa jeunesse. Beaucoup de ses lettres se terminent par des formules adressées aux familles de ses correspondants, comme par exemple « Mes amitiés à Madame et mille baisers à tes enfants », ou celle qui clôt une de ses lettres à George Sand : « Madame Sand, embrassez votre fanfan et je vous envoie une cordiale poignée de main ». Chopin ne tutoya aucun autre Français adulte que Franchomme, pas même George Sand.

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livre
LE VIOLONCELLE CONTEMPORAIN

Dans son livre intitulé « Le Violoncelle contemporain » (L'Oiseau d'or, 2004), Jacques Wiederker répertorie et explique les nouveaux signes figurant sur les partitions des compositeurs contemporains. Tous ces signes sont présentés à l'aide de très nombreux exemples empruntés à des oeuvres de compositeurs du monde entier ; replacés dans leur contexte, ils sont expliqués et accompagnés de conseils utiles à leur exécution. Cet ouvrage, que nous recommandons vivement à tous ceux qui abordent ce type de musique, comporte différents chapitres concernant les sujets suivants : Son blanc, vibrato contrôlé, oscillations ;Sul ponticello, sul tasto ; Glissando et dérapages contrôlés ; Tremolo ; Trille et fourmillement ;Pizzicato et gouttelettes ; Col legno ; Notes aiguës ; Harmoniques ; Groupes de notes en mouvement ; Scordatura (oeuvres discordées) ; Valeurs aléatoires ; Possibilités d'accords ; Rythmes complexes ; Micro-intervalles et entre les notes ; Réservoir de notes ; Battements ; Nuances ; Différents modes de jeu.

Nous publions ci-dessous quelques extraits de l'introduction de l'auteur.

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LES HAUTS ET LES BAS DU METIER
Conversation avec Matthieu Fontana

A l'âge de 28 ans, Matthieu Fontana se remet au violoncelle après l'avoir abandonné pendant quatre années. Nous avons pris plaisir à bavarder un peu avec ce garçon sympathique, dont le parcours illustre les difficultés que peuvent rencontrer des jeunes musiciens, pourtant bien partis dans la carrière au départ.

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maurice baquet, un violoncelliste polyvalent

Maurice Baquet est mort le 9 juillet chez lui à l'âge de 94 ans. Ce grand artiste avait découvert le violoncelle à l'âge de onze ans, quand son père lui offrit son premier instrument qui le propulsa rapidement au plus haut niveau. En 1934, il avait obtenu le premier prix au Conservatoire. On sait qu'outre sa carrière de musicien, il évolua avec un égal bonheur au cinéma, au théâtre ou dans des opérettes. Son amour pour la musique ne se démentit jamais et il intégra son violoncelle, surnommé «Cerebos», dans la plupart de ses spectacles.

 

C'est d'ailleurs en compagnie de son instrument que Robert Doisneau, son ami pendant près d'un demi-siècle, l'aura souvent photographié, notamment pour l'ouvrage «Ballade pour violoncelle et chambre noire» (1981). Tout en jouant de façon très sérieuse avec les plus grands comme Rostropovitch ou Markevitch, il a exploré d'autres sentiers moins conventionnels à travers des spectacles remplis d'humour et de gaieté, mais sans jamais quitter son instrument, au point que Jacques Prévert a pu dire de lui : « Maurice Baquet et son violoncelle sont deux frères siamois qui se jouent de la musique ».

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le coin des compositeurs

INTERVIEW TRES SERIEUSE EN FORME D'ALPHABET

Agnès Vesterman questionne le compositeur Philippe Forget dont elle a récemment créé la 2ème Suite pour violoncelle seul inspirée de la nouvelle orientale de Marguerite Yourcenar « Comment Wang-Fô fut sauvé des Eaux »

Compositeur et chanteur établi en Bourgogne, Philippe Forget est lauréat de plusieurs prix internationaux d'écriture (Ramsgate Spring Festival en 2000 et Edinburgh New Music for Keyboard en 2004) ; sa musique est jouée tant en France qu'à l'étranger (Radio-France, Sorbonne, Abbaye de La Prée, Cami Hall de New-York, Grande-Bretagne, Liban...). Chanteur, il se produit en soliste ou au sein de plusieurs formations, notamment les Solistes de Lyon-Bernard Têtu, et aborde les répertoires de la mélodie française (Debussy, Rosenthal, Poulenc...) et ceux de la musique baroque (Monteverdi, Clérambault...).

Ses oeuvres instrumentales comptent plusieurs pièces de musique de chambre destinées au violoncelle : La SUITE N°1 (2000), les VENTS D'YVER (2003/2005) pour deux violoncelles et la SUITE N°2 pour violoncelle et récitant.

Ses oeuvres sont éditées et disponibles aux Editions Musicales HAPAX.

Philippe, entre ces deux mots : l'un du domaine musical, l'autre plus général, lequel choisis-tu : A comme Adagio ou attente ?

Les deux! Un adagio, cela peut être une parole entre hier et aujourd'hui...figer le temps pour qu'il s'arrête... Le peut-il?

B comme basson ou berceau

Basson...J'ai une formation de bassoniste et j'ai la chance d'avoir étudié avec des artistes-ciseleurs de son, des chambristes hors-pairs qui ont davantage suscité chez moi l'éveil de la construction polyphonique que l'amour réel de l'instrument. Patrick Vilaire, du magnifique Quintette à vents Moraguès, arrive en bonne place dans mon coeur... J'ai joué beaucoup de musique baroque, de musique de chambre en duo, trio, quatuor et quintette, en France, en Allemagne ou au Liban, dans de multiples concerts et festivals. J'aimais le beau timbre boisé de ténor du basson, l'odeur du palissandre, de l'huile de lin. Mais je n'ai jamais été «accro» de son répertoire... Que le dieu des bassonistes me pardonne...

C comme chant ou chou-fleur

Chou-fleur... Il est curieux de constater que Marguerite Yourcenar retire cette question poignante de la bouche de l'Empereur lors de la confrontation avec Wang-Fô dans l'édition finale des Nouvelles Orientales. (dont je me suis inspiré pour ma deuxième Suite pour violoncelle). On le sait, le chou-fleur est un symbole particulièrement fort au coeur du royaume de Han: longévité du lombric des rizières, met raffiné offert au dragon des vieilles croyances paysannes (souvent accompagné de la célèbre Bhè-Châ-Mhèl de la région de Canton), sans parler de l'imagerie populaire liée aux naissances des petites filles et des petits garçons: les petites filles naissant dans les fleurs et les petits garçons dans les choux.

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le coin des amateurs
Entretien avec Jean -Loup Ruffieux

Depuis la création de notre association, nous avons pu constater qu'un nombre de personnes beaucoup plus important que nous ne le pensions se mettent au violoncelle à l'âge adulte. Nous avons déjà publié des entretiens avec quelques unes d'entre elles. Rappelons qu'un certain nombre de ces novices posent des questions et confrontent leurs expériences respectives sur le forum de notre site Internet (www.levioloncelle.com).

Nous donnons aujourd'hui la parole à Jean-Loup Ruffieux, fidèle lecteur de notre revue, qui a bien voulu nous dire quelques mots sur son expérience et nous faire quelques suggestions susceptibles d'aider les « grands débutants ».

Vous exercez un métier technique et commercial dans le monde de l'industrie qui n'a rien à voir avec la musique, et vous n'avez commencé le violoncelle qu'il y a quatre ans à l'âge de 50 ans. S'agissait-il d'un désir ancien ?

Pas vraiment. On a toujours écouté de la musique dans ma famille. Mon frère fait de la musique, et j'ai sans doute subi une petite frustration d'enfance, mais cela s'était tassé. Pourtant, avec le recul, je réalise que j'ai toujours eu une faiblesse pour le violoncelle. Je n'en avais pas particulièrement conscience, mais je m'aperçois aujourd'hui que cet instrument tient une place importante dans ma discothèque.

Curieusement, à un âge où on a envie de changer des choses dans sa vie, y compris dans son métier, j'ai ressenti un besoin irrépressible de commencer la musique. Une association m'a orienté vers les Conservatoires de Sainte-Geneviève-des-Bois et de Saint-Michel-sur-Orge, proches de mon domicile, où j'ai été très bien reçu en tant qu'adulte, et en cours d'année.

Il ne doit pas être facile de commencer le violoncelle à 50 ans ?

Ma fille, qui fait du piano, m'a initié au solfège à partir du niveau où je l'avais laissé au lycée, et j'ai réalisé après coup combien il était frustrant pour quelqu'un qui écoute pas mal de musique d'ignorer des choses aussi élémentaires que la signification de telle ou telle tonalité, etc.

J'ai eu la chance de tomber dans un conservatoire qui avait l'expérience de l'enseignement aux adultes. Au cours de ma première leçon, mon professeur m'a dit : « Assieds-toi comme si tu allais te lever, comme si tu prenais ton élan ». Il m'a fait jouer des notes à vide en m'accompagnant, ce qui conférait d'emblée une dimension musicale à cette expérience, et m'a fait acheter une petite méthode. Au début, travailler mon violoncelle suscitait chez moi une certaine fatigue aussi bien intellectuelle que physique, mais aujourd'hui, cette fatigue s'est résorbée : je n'ai plus mal aux doigts ou aux épaules, et j'ai trouvé une position naturelle sans difficulté. D'abord parce que j'ai été bien conseillé, mais aussi sans doute par le fait que j'ai pratiqué beaucoup de sport, ce qui, comme la danse, procure une conscience du fonctionnement du corps, de la manière d'améliorer le geste et de l'importance de l'entraînement.

Sur quel instrument avez-vous commencé ?

Mon professeur m'a dit que, comme de toutes les façons il faudrait en changer au bout de quelque temps, il serait avisé d'en louer un pour commencer. C'était un excellent conseil que je livre aux lecteurs de notre revue.

Quand on commence adulte, la difficulté technique n'occulte-t-elle pas le plaisir ?

Au bout d'un an et demi, au delà de cours individuels d'environ une demi heure, notre professeur a commencé à faire jouer ses élèves ensemble, ce qui nous a fait découvrir l'harmonie et nous a appris à nous écouter les uns les autres, ou, pour citer le joli mot d'un sociologue à propos de la pratique amateur, à « écouter, s'écouter... ». (Cette formule m'a d'autant plus touché que mon père était un peu sourd). J'ai ainsi découvert un petit répertoire pour deux, trois et quatre violoncelles. Tout en faisant preuve d'une extrême rigueur, notamment concernant la justesse, notre maître nous a fait découvrir le grand plaisir de jouer avec des partenaires.

J'ai également joué avec des amis qui aimaient bien chanter des variétés avec des guitaristes ; je me suis essayé au jazz ; et surtout, j'éprouve un plaisir extraordinaire à jouer des petites adaptations simples avec ma fille au piano. Même à mon modeste niveau, j'éprouve le sentiment de faire de la musique au même titre que les professionnels.

Bien sûr, j'ai conscience que je n'aurai jamais la technique suffisante pour faire du quatuor à cordes par exemple. Mais la pratique d'un instrument me permet d'écouter beaucoup mieux les musiciens qui jouent dans les concerts. C'est un peu comme la différence que l'on éprouve en regardant des sportifs professionnels quand on pratique leur sport. On comprend et on apprécie mieux.

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lutherie
Brève d'établi, Par François Varcin

Je suis un violoncelle de belle facture, je porte le numéro 4 sur mon étiquette, posée il y a cent quatre années par l'artisan qui m'a façonné. Le lieu de ma naissance est non loin du conservatoire, dans le neuvième arrondissement de Paris, au 20 de la rue Rochechouart, à cinq cent mètres à vol d'oiseau de l'atelier qui m'accueille aujourd'hui. Les luthiers qui me découvrent remarquent la beauté de mon vernis rouge sombre. En ceci, je me démarque un peu de mes frères souvent plus rubiconds... Je crois pouvoir m'enorgueillir de faire partie des beaux et bons spécimens sortis des mains de Paul JOMBAR.

Mais voilà, j'ai beaucoup souffert... Oh! je n'ai pas subi tant d'accidents, je compte tout de même quelques petites fractures... J'ai connu plusieurs opérations, et ma table a déjà senti le froid métal de lames à détabler, plus ou moins pressées de me fouiller les entrailles...Mais si ce n'était que ça! Si je parle aujourd'hui, c'est que dans ces dernières décennies, certains chirurgiens trop pressés ont recollé deux de mes cassures et de nombreux éclats avec une substance qu'aucun luthier n'utilisait il y a encore trente ans... Une colle perfide qui s'immisce et pénètre loin dans les pores de mon épicéa, elle pétrifie la souplesse de ma table et compromet assurément les réparations que j'aurai à connaître immanquablement dans ma vie. Vie que j'espère encore longue! De grâce n'utilisez pas ce chimique expédient trop définitif pour être durable!!! Le luthier qui aujourd'hui m'a détablé était triste et catastrophé, il me prête sa plume et croit deviner que cette «colle poison» s'appelle «cyan...» Il est vrai qu'à une époque où tout tend à devenir fast-food, talons minute, slim-fast, TGV, et autres flux tendus, quelle tentation que d'utiliser cette potion magique en tube...Sachez qu'une des deux cassures s'est déjà réouverte, alors que le joint de ma table a cent quatre ans, qu'il a été collé à la colle chaude, et qu'il va bien, je vous remercie, bon pied bon oeil! La «cyan» solide? Mon oeil!

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