Revue n° 12 - Août 2004

Sommaire de la revue:
Editorial
Courrier des lecteurs
Informations
L'anniversaire de Janos Starker
Conversation à batons rompus avec Philippe Muller
Oeuvres du répertoire
Le coin des écrivains
Cordes d'hier et d'aujourd'hui
Règles d'or de la musique d'ensemble
L'archet
Les chevilles
Les mésaventures d'un violoncelliste mendiant
Le coin des ados
Violoncellistes émigrés:
   Damien Ventula
   Barbara Marcinkowska
   Katalin Perinno-Darabont
Disques
 

Éditorial

Jadis globe trotter infatigable, Janos Starker se déplace aujourd'hui plus rarement. C'est dire l'immense plaisir qu'il nous a procuré en venant à Paris spécialement pour rendre visite à quelques membres de l'AFV, dont il est le père spirituel et l'un des présidents d'honneur. Les témoignages qu'on pourra lire donnent la mesure du charisme exceptionnel de ce grand maître.

Autre figure incontournable de l'école de violoncelle contemporaine, Philippe Muller, l'un des membres fondateurs de notre association, nous livre ici quelques réflexions sur son expérience, sa conception de l'enseignement, le métier de violoncelliste, ainsi que quelques idées de projets d'actions pour l'A.F.V.

L'Europe de l'Est est également à l'honneur dans ce numéro 12 de notre revue. En effet, tandis que l'archet, les cordes et le chevilles retiennent par ailleurs notre attention, le hasard a fait que, parallèlement au joyeux anniversaire que nous souhaitons à Janos Starker, né à Budapest, nous avons également poursuivi notre série d'articles consacrés à la comparaison entre la France et d'autres pays en nous entretenant avec deux violoncellistes immigrées à Paris, une Hongroise et une Polonaise, ainsi qu'avec un Français installé à Berlin, tandis que le Hongrois Dohnanyi et le Tchèque Dvorak figurent parmi les compositeurs sur lesquels nous jetons aujourd'hui un regard.

Michel Oriano, président de l'Association française du violoncelle.

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Informations
 

HOMMAGES

La Violoncello Society of London a organisé le 22 février un Hommage à Pierre Fournier dans les locaux de la Royal Academy of Music. A noter que madame Junko Fournier, veuve de Pierre Fournier, nous a indiqué que 2006 serait l'année du centenaire de son mari, et a suggéré que l'AFV célèbre alors l'anniversaire de ce très grand artiste, ce que nous envisageons sérieusement de faire.

 

CRÉATIONS

Contrairement aux pianistes, peu d'instrumentistes à cordes se livrent à des travaux de composition. Matts Lidström fait exception à la règle. Il a en effet joué au Wigmore Hall de Londres en première audition sa Suite Tintin, neuf scènes pour violoncelle et piano inspirées des célèbres bandes dessinées de Hergé. S'inspirant de la «Fantaisie Carmen» de Sarasate, il écrit en ce moment une «Fantaisie Rigoletto», fondée sur des thèmes de l'opéra de Verdi.

 

LIVRES

- Lyze Vesina: Le Violoncelle. Editions Varia, Montréal, 2003. 394 pages. Sujets: Histoire, biographie des luthiers et instrumentistes. Illustrations.

- Jost Thöne: Italian and French Violin Makers, (Private Publication www.jost-thoene.de)

- The Cambridge Companion to the String Quartet, sous la direction de Robin Stowelll. (Cambridge University Press).

- J.-M. Bazin: La forêt, berceau de l'harmonie, (Gerfaut). L'auteur nous entraîne à travers le monde à la recherche des "bois de résonance et nous invite à partager la grande aventure de leur mutation en instruments de musique." Il nous convie aussi à l'écoute des grands compositeurs qui se sont inspirés de la forêt.

 

LUTHERIE

Décidément, on ne sait plus quoi inventer. Une publicité américaine fait état du fait que « tout rapetisse aujourd'hui, les contre basses au même titre que les appareils de photo ou les téléphones mobiles. Le luthier David Gage a en effet mis au point une contre-basse acoustique dont les dimensions

sont réduites de 30 cm . À ce train-là, les violoncellistes

pourront bientôt emporter leurs instruments dans leurs valises, et les violonistes dans leur portefeuille...

 

VOL DE VIOLONCELLE

Un Stradivarius a failli terminer en meuble pour CD Un violoncelle Stradivarius estimé à 3,5 millions de dollars (2,9 millions d'euros), qui avait été volé à Los Angeles au domicile d'un musicien, a failli terminer sa longue vie en... meuble de rangement pour disques compacts, a indiqué la police. L'instrument qui appartient à l'Orchestre Philharmonique de Los Angeles a été découvert dans une poubelle par Melanie Stevens, une infirmière, à environ un kilomètre de l'endroit où il avait été volé. Il se trouvait encore dans son étui mais était abîmé...

 

EMPLOIS

Si vous cherchez du travail et que vous ne rejetez pas l'idée de vous expatrier, consultez le site http://www.musicalchairs.com : vous y trouverez un grand nombre d'offres d'emplois pour des violoncellistes dans des orchestres du monde entier.

 

MORCEAUX D'EXAMENS

Chers professeurs,

Chaque année, vous êtes amenés à composer différents programmes pour les nombreux examens, concours, passages en cycle supérieur pour vos élèves;

Chaque fois, vous vous efforcez de diversifier vos propositions alors que le sempiternel concertino de Romberg et le concerto de Kabalevsky viennent hanter vos esprits....

Pris par le temps et le manque de moyen d'enquêter, au mieux, vous appelez parfois un collègue pour connaître ses choix, ou encore vous consultez les archives de votre conservatoire...

Pour alléger cette recherche, nous vous proposons en un premier temps de recueillir aujourd'hui chacun de vos programmes et de les publier dans les prochains numéros de notre revue; avec votre collaboration, et si chaque professeur joue le jeu, nous pourrions parvenir à éditer les annales des programmes par niveau. Ainsi petit à petit, nous espérons constituer une base de données. Vous y découvrirez peut-être des pièces inattendues, inédites, des « ah, mais oui, il y a ça aussi» des «pourquoi pas» et également un nouveau regard sur certaines pièces.

Laurence Cardoze

 

DESSINS HUMORISTIQUES

Au Salon de la Musique Musicora, nous avons rencontré les responsables des éditions Diateino (www.diateino.com) et Pouch, l'auteur d'un merveilleux recueil de dessins humoristiques et poétiques intitulé «Pouch en musique». Ils nous ont aimablement autorisés à reproduire quelques unes de ces illustrations à la fois ravissantes et pleines d'esprit.

Corde sensible

Accord parfait

Agitato

[....]

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Conversation à bâtons rompus avec Philippe Muller
Professeur au Conservatoire National Supérieur de Paris
 

Commencez par nous dire comment vous avez choisi le violoncelle ?

- Pendant mon enfance à Mulhouse, grâce à mes parents mélomanes, j'ai été imprégné de musique : je m'endormais le samedi soir en écoutant les séances de quatuor à cordes qui avaient lieu dans le salon familial. Mon père s'est même mis au violoncelle à l'âge de 35 ans, pour partager avec son épouse, violoniste, le plaisir de la musique de chambre.

J'ai eu un professeur remarquable (Dominique Prete, soliste de l'Orchestre Philarmonique régional) : il illustrait ses cours en donnant lui-même de nombreux exemples, montrant une connaissance approfondie du répertoire. Son discours était souvent rehaussé d'anecdotes amusantes qui retenaient l'attention de ses élèves.

Quand j'ai eu 17 ans, il m'a conseillé de rencontrer André Navarra. J'étais ravi, car je possédais son enregistrement, remarquable, du concerto de Dvorak, et j'avais eu l'occasion de l'entendre jouer, à Besançon, celui de Claude Pascal. Il m'a donc reçu chez lui et, après m'avoir écouté, m'a dit qu'il était d'accord pour me prendre parmi ses élèves, à condition que je travaille beaucoup. Je m'y suis mis d'arrache pied. C'était un professeur méticuleux et stimulant. Ses conseils étaient toujours clairs, logiques, et faciles à mettre en oeuvre.

A l'époque les professeurs jouissaient d'une autorité que nul n'était censé contester : investis d'une aura étincelante, on les appelait « maîtres ». Navarra m'a énormément appris au CNSM, (et à Sienne où il m'avait invité et où j'ai rencontré certains de mes collègues comme Roland Pidoux), et je lui dois beaucoup. Mais il n'était pas question de prendre des initiatives personnelles. Nous devions faire les doigtés et coups d'archet de notre professeur sans discuter.

Qu'en est-il aujourd'hui au Conservatoire ?

- Les choses ont beaucoup changé aujourd'hui. Personnellement, au CNSM où j'enseigne depuis 1979, je conçois l'enseignement comme un échange. Nous avons mis « un terme au maître », et, Dieu merci, il ne m'est guère arrivé de me voir attribuer cette épithète. Notre rôle consiste essentiellement à aider les élèves à faire le tri parmi leurs idées et à les mettre en forme. Avoir des idées est une qualité immense qu'il faut apprendre à exploiter. J'apprécie une idée quand elle est bien défendue. Si elle ne correspond pas à mon goût, je l'explique, et nous argumentons.

Bien entendu, notre expérience nous permet de faire aussi de nombreuses suggestions, tant sur le plan musical que sur le plan technique. La relation entre un geste technique et son impact sur l'interprétation musicale est une chose essentielle. Pour moi, l'enseignement n'est pas un cours magistral, mais un échange, destiné à permettre à chacun de développer sa propre personnalité. Bien sûr, il y a des exercices incontournables, et loin de moi l'idée qu'il ne faut pas faire de gammes, bien au contraire : la discipline technique, le travail régulier, méticuleux, sont indispensables, mais il faut se souvenir que tout cela n'a qu'un seul but: la richesse du discours musical.

D'ailleurs les nouvelles générations ne prennent plus ce que vous leur dites pour argent comptant. Et je considère très important d'être à leur écoute, et, s'ils ne parlent pas, de les aider à développer leur sens critique, et à s'épanouir. A la différence de l'université, le cours magistral n'existe pas chez nous où l'enseignement de la musique se pratique sous la forme de cours particuliers, ce qui permet d'avoir des contacts directs et individuels avec les élèves. Pour moi, le professeur doit s'adapter à chaque élève et adapter son enseignement à chacun d'entre eux. Il n'y a pas d'approche universelle.

Il faut aussi être clair dans ses propos, mais la recherche de la clarté me procure du plaisir. J'attache beaucoup d'importance à trouver le mot juste pour exprimer une idée, et cet exercice me réjouit.

Je cherche enfin à apprendre à mes élèves à se remettre en question sans arrêt pour éviter toute routine. Paul Tortelier, avec qui j'ai travaillé à Essen, était toujours prêt à changer un doigté ou un coup d'archet s'il en trouvait un autre meilleur.

Un très grand nombre de jeunes violoncellistes ont suivi votre enseignement, et ils ne tarissent pas d'éloge sur vous.

- J'ai eu des centaines d'élèves, dont certains « crus » particulièrement remarquables. Je tire un plaisir intense à enseigner. Et ensuite, quand les élèves volent de leurs propres ailes, j'ai la satisfaction de suivre leur carrière. Il est indispensable d'éradiquer tout sentiment de rivalité. J'aimerais penser que mes anciens élèves ne sont pas atteints par ce défaut, et je fais mon possible pour les en protéger. Tout comme Starker qui nous le disait l'autre jour, je m'efforce de leur faire comprendre que ceci est stérilisant et absurde.

Vous connaissez Starker depuis longtemps ?

- Je suis entré en relation avec lui lorsque j'ai recommandé à certains de mes élèves d'aller à Bloomington. J'entretiens aussi d'excellentes relations avec Harvey Shapiro, ancien professeur à la Juilliard School de New-York, qui, par son exigence et ses qualités artistiques et humaines, est pour moi un immense exemple.

Instigateur de la création de l'AFV, dont vous faites partie des membres fondateurs, Starker a insisté sur l'intérêt que nous pouvons tirer de ce type d'association.

Tout comme Starker, je déplore que dans notre pays, on vive un peu trop en vase clos. Aux Etats-Unis, par exemple, il existe de multiples passerelles entre les métiers, notamment dans le domaine artistique. C'est sans doute la raison qui a poussé Starker à nous encourager à créer l'AFV, une association où chacun peut faire part de ses idées, de ses sentiments, communiquer, partager ses expériences, échanger des points de vue. Bien sûr, il y a des gens qui considèrent qu'une association comme la nôtre constitue un microcosme étroit. Mais je pense qu'elle a un rôle positif à jouer en corrigeant l'autocentrisme qui guette chacun d'entre nous, lorsqu'il demeure isolé de ses confrères. Il arrive trop souvent que chacun se confine dans son coin, alors que notre mission comporte une dimension communautaire.[...]

Parlons un peu des instruments.

- J'ai la chance d'avoir un superbe Gagliano. Aujourd'hui, le prix des instruments anciens est rédhibitoire pour la plupart des étudiants. Mais je dois rendre hommage au Fonds Instrumental Français qui a dépanné plusieurs élèves en leur prêtant de beaux violoncelles. Et puis les luthiers d'aujourd'hui fabriquent de très bons instruments à des prix plus raisonnables.

L'AFV nourrit le projet de consacrer une étude aux cordes, et nous avons demandé à Etienne Cardoze de préparer une serie d'articles sur ce sujet. Avez-vous des remarques à faire en préambule à cette étude ?

- J'ai bien sûr essayé des quantités de cordes, et les fabricants sollicitent parfois mon avis, mais ils n'aiment pas beaucoup donner des renseignements précis quant aux données physiques de leurs produits. J'aimerais savoir, notamment, quelle est la tension, mesurée en kilos, de chaque corde pour un diapason donné. Nous pensons généralement que les cordes métalliques sont plus tendues que les cordes en boyau. Je ne suis pas sûr que ce soit toujours le cas. En tout cas, des mesures nous seraient très utiles. Peut-être faudrait-il convaincre un ingénieur indépendant de les faire pour l'AFV.

Et les autres accessoires ?

- Il est intéressant de savoir que des fabricants d'accessoires sont très actifs dans le monde entier. J'ai vu un jour aux Etats-Unis un adaptateur très discret permettant de faciliter, par démultiplication, l'usage des chevilles pour accorder l'instrument. Certains jeunes se servent presque exclusivement des tendeurs placés sur le cordier, ce qui est très dommage car leur position ne permet pas de faire vibrer les cordes tout en modifiant l'accord.

Des nouveaux anti-rouleurs, inusables et très efficaces ont vu le jour récemment.

Les piques évoluent sans arrêt : piques « Tortelier », à angle variable, à pointe en carbure de tungstène ou interchangeables, piques ultra-légères en fibre de carbone.

Les tire-cordes se diversifient également. Autrefois les cordiers étaient simples et construits exclusivement en bois; aujourd'hui, ils sont devenus sophistiqués, intégrant des tendeurs et proposés dans des formes et des matériaux différents, plus ou moins longs, plus ou moins lourds. Même leurs cordes d'attache évoluent, tout cela pour notre bien, car tous ces paramètres ont une influence sur la sonorité des instruments. Nous disposons maintenant d'un choix extrêmement large pour le montage des violoncelles.[...]

On vous sollicite souvent pour donner des masterclasses et participer à des jurys de concours dans le monde. En avez-vous tiré des leçons?

- Je donne beaucoup de masterclasses en France et à l'étranger (Allemagne, Autriche, Italie, Espagne, Etats-Unis, Canada, Venezuela, Chine, Corée). Chaque année, je suis invité au Japon où se déroule une académie de musique française. J'ai également participé à de nombreux jurys internationaux. (Concours Rostropovitch à Paris, Tchaïkovsky à Moscou, Paulo à Helsinki, Bach à Leipzig, Navarra à Toulouse, Janigro à Zagreb, et d'autres encore).Cette expérience est très enrichissante dans la mesure où elle nous donne des critères pour évaluer la qualité des meilleurs jeunes instrumentistes du monde entier. Les conclusions que j'en tire sont multiples. Il faut d'abord constater que l'école allemande, relativement discrète il y a quarante ans, est aujourd'hui devenue très forte. Le travail des Russes, notamment David Geringas et Boris Pergamentchikov, aujourd'hui malheureusement disparu, y est sans doute pour beaucoup. Le revers de la médaille, c'est que la Russie, après avoir été le berceau d'immenses talents, semble aujourd'hui moins productive. Le Japon qui envoyait traditionnellement de nombreux candidats, se fait maintenant plus discret. Le flambeau a été repris par les Coréens, qui, surtout depuis qu' Han Na Chang a, à l'âge de douze ans, remporté le premier prix du concours Rostropovitch, présentent une école extrêmement performante. Bientôt, ce sera la Chine...[...]

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Le coin des écrivains
L'interprétation

Les extraits de «L' âme de Hegel et les vaches du Wisconsin» (1), un livre provoquant et décapant du musicologue Alessandro Baricco, que nous publions ci-dessous nous ont semblé susceptibles d'alimenter notre réflexion sur l'interprétation musicale, sujet particulièrement complexe depuis que le disque et les nouvelles technologies ont permis de conserver un nombre de plus en plus gigantesque de celles qui sont gravées. Songez qu'il existe par exemple près de 200 enregistrements des Suites de Bach sur l'intérêt desquels on pourrait gloser sans fin, mais qui, selon le raisonnement de l'auteur, dénoterait une richesse insondable et justifierait que chacun s'y attelle à nouveau...

«Les oeuvres d'art, surtout celles de la plus haute dignité, attendent leur interprétation. Qu'il n'y ait en elles rien à interpréter, et qu'elles soient simplement là, supprimerait la ligne de démarcation de l'art.» La phrase est de Theodor Adorno. Traduite dans notre contexte, elle suggère une hypothèse, évidente en apparence, mais frappante : se détermine comme musique d'art, donc cultivée, tout produit musical auquel peut adhérer, dans la réalité, la pratique de l'interprétation. Autrement dit : aucun produit musical n'est, a priori ou par la seule vertu de son intentionnalité, autre chose qu'un simple produit de consommation.

Il devient quelque chose de différent à partir du moment où se déclenche à son sujet l'instinct d'interprétation. A un niveau collectif, cet instinct attribue à l'oeuvre, à travers la reproduction et la réflexion critique, une sorte d'existence posthume qui, à travers le temps mais pas uniquement, dépasse la réalité de cette oeuvre et l'intention de son créateur. C'est cette «vie seconde», et elle seule, qui fait d'un produit musical une oeuvre d'art, en la soustrayant à la logique de la simple consommation...[...]

(1) Gallimard, Folio, 2004. Le titre de cet ouvrage fait allusion à «L'Esthétique» de Hegel et à un mémoire de l'université de Madison, Wisconsin. Les citations citées en exergue du livre illustrent les deux pans de l'interprétation, celui, noble, de Hegel, et celui, terre à terre, de la société de consommation. Selon le philosophe allemand, «la musique doit soulever l'âme au-dessus du sentiment dans lequel elle est plongée, la faire planer au-dessus de son contenu, lui constituer ainsi une région où elle demeure détachée du sentiment qui l'absorbait et puisse se livrer à la pure perception d'elle-même». Alors que le thésard de Madison note que « la production du lait augmente de 7,5% chez les vaches qui écoutent de la musique symphonique ». A ce propos, faut-il que les violoncellistes se réjouissent d'apprendre que, selon des études récentes, le registre du violoncelle serait particulièrement propice à la fertilité des bovidés ?

Henri Michaux
(L'Espace du dedans)

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En 4ème de couverture du numéro 10 de notre revue, nous avons publié des publicités illustrées par le violoncelle. En voici une nouvelle extraite du magazine de KLM indiquant qu'une banque tient vos interêts dans ses mains.

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Une Polonaise professeur à Versailles
Entretien avec Barbara Marcinkowska

Professeur au CNR de Versailles, directrice de plusieurs collections aux Editions Armiane, qui fêtent cette année leur dixième anniversaire.

Pouvez vous nous dire quelques mots sur la Pologne, où vous avez commencé votre carrière?

-La Pologne a une longue tradition musicale, mais, à mon époque, le violoncelle n'avait pas atteint le niveau de certains autres instruments. Pour ma part, j'ai fait mes études à l'Académie de musique de Varsovie, et, à l'âge de 20 ans, j'ai été nommée violoncelle solo à l'Orchestre Philharmonique de cette ville, tout en menant une carrière de soliste et en jouant dans le Trio de Varsovie. Malgré cette carrière, je rêvais de rencontrer un grand maître.

Et en 1977, vous avez émigré en France. Etait-ce pour des raisons politiques?

-Absolument pas. Je suis venue en France pour me perfectionner avec André Navarra. Depuis toujours, j'étais fascinée par la France et sa grande école de violoncelle. Je n'ai pas hésité à abandonner ma carrière dans mon pays pour recommencer depuis les cordes à vide et changer radicalement ma technique de jeu.

Parallèlement, je faisais mes études à la Sorbonne en esthétique des arts plastiques et musicaux, et j'ai rédigé une thèse intitulée "André Navarra, grand violoncelliste, le sommet de la pédagogie en France".[...]

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L'anniversaire de Janos Starker à Paris

Après avoir participé aux «Rencontres du Violoncelle de Manchester», Janos Starker a fait un saut à Paris spécialement pour répondre à l'invitation de Marie-Paule Milone et de Denis Pascal, qui l'avaient convié chez eux pour fêter son quatre-vingtième anniversaire avec quelques membres fondateurs de l'AFV, dont il est le père spirituel, puisque c'est sur son conseil que certains de ses anciens élèves ont pris l'initiative de créer notre association il y a trois ans et demi.[....]

Janos Starker nous a dit qu'il avait fait ce détour en France Parce qu'il avait envie de retrouver ses anciens élèves français, et à quel point il se réjouissait de remarquer qu'il s'agissait d'excellents musiciens; ce qui lui tenait le plus à coeur, c'était de constater qu'après leur séjour à Bloomington, ceux-ci ne s'étaient jamais perdus de vue et avaient conservé des liens, et que ceci valait d'être noté dans un milieu où, pour de multiples raisons, les petits conflits et les aléas du métier font que l'on se perd souvent de vue, ou que les rivalités créent parfois des amertumes. Pour illustrer ceci, il nous a raconté qu'au début de son séjour aux Etats-Unis, alors qu'il «cachetonait à droite et à gauche comme tous les jeunes», Leonard Rose s'était plaint à lui du succès de Casals et Piatigorsky, qui, avait-il dit, «leur piquait des concerts». Et Starker, bon enfant, de lui répondre que «personne ne vole un concert», qu'il y a de la place pour tout le monde, si chacun sait tirer profit de sa personnalité, et qu'en tout cas, il n'est pas bon de se jalouser les uns les autres.[....]

En guise cadeau d'anniversaire, quelques uns de ses anciens élèves français ont rédigé pour l'AFV quelques phrases qui témoignent de leur reconnaissance au Maître qui les a si profondément marqués.

«Janos Starker a l'extraordinaire pouvoir et la force qu'ont seulement quelques rares artistes de faire se rapprocher des personnes éloignées, et ce bien au-delà du monde du violoncelle.Ce n'est pas en quelques lignes qu'on peut donner toute la mesure de ce grand musicien. Je me limiterai donc à dire à quel point il est une personnalité attachante et généreuse.

J'ai toujours eu le sentiment qu'il vivait essentiellement pour une cause: «transmettre»: transmettre son amour de la musique, transmettre évidemment son immense savoir instrumental,

mais surtout transmettre le désir de transmettre. Il est une des rares personnalités à pouvoir donner à l'autre des voies infinies de dépassement

de soi, dans l'expression musicale, et donc dans la vie. Merci, Janos, d'avoir pu nous permettre de rester auprès de vous depuis bientôt 15 ans, malgré des peines et la distance».

Marie-Paule Milone, Professeur de violoncelle au Conservatoire du Centre de Paris.[....]

«Travailler avec Starker fut pour moi un véritable défi entraînant un changement complet dans mon jeu du violoncelle.

Selon lui, la musique est essentiellement mouvement dont le flux sans heurts s'acquiert par anticipation planifiée. Dans le respect des lois naturelles -mouvements en rotation, équilibre continuel entre tension et relâche, le jeu s'effectue

avec le minimum d'effort pour libérer une plus ample expression. Ce que j'ai reçu de ce remarquable guide correspondait à une attente ancienne et profonde. De cette forte réceptivité à l'enseignement de Starker naquit une relation de Maître à disciple très intense qui m'a amenée à rester à ses côtés durant six années. Trois années comme étudiante et assistante,

puis plus tard trois années comme professeur associée.

Cette collaboration étroite avec Starker a été pour moi une des expériences les plus marquantes de ma vie. Ce qui frappe dans le jeu et l'enseignement de Starker c'est justement l'existence d'un système dans lequel tout repose sur des lois fondées sur une observation directe de faits. Les axiomes à la source de ces lois, une fois découverts, amènent l'exécutant à jouer avec la plus grande aisance quels que soient son style, ses dispositions anatomiques, son tempérament ou son goût. [....]»

Iseut Chuat, ancienne assistante de J.Starker.

[....]

Quelques citations de Janos Starker

La Sonate de Kodaly, un des chevaux de bataille de Janos Starker

«La sonate de Kodaly pour violoncelle seul eut un destin original. Ecrite en 1915, elle est restée longtemps ignorée du public. Pablo Casals, en effet, à qui Kodaly avait envoyé la partition, la renvoya au compositeur en répondant qu'elle lui paraissait certes intéressante, mais qu'il était trop âgé pour apprendre une pièce aussi hardie du point de vue instrumental. Il avait alors trente-neuf ans ! La Sonate fut publiée en 1920, mais il fallut attendre l'après-guerre pour qu'elle entre vraiment dans le répertoire du violoncelle. Lorsque je suis venu à Paris en 1947, je l'ai jouée à Paul Tortelier qui ne l'avait jamais entendue. Il fut enthousiasmé et fit en sorte que je puisse la donner en concert. En 1948, elle a fait l'objet de mon premier disque... »

La passion de l'enseignement

"L'enseignement est presque plus important pour moi que mes activités de soliste. Quand on joue bien, on devient célèbre. Puis l'engouement passe. Les élèves, en revanche, continuent à vivre et à jouer après vous. J'enseigne pour transmettre aux jeunes tout ce que j'ai eu la chance de découvrir. Je souhaite qu'ils comprennent que la chose la plus importante est le professionnalisme. Pour être un bon interprète, il ne suffit pas de se croire traversé par l'inspiration mais d'acquérir une parfaite maîtrise de son instrument, quelque soit le contexte: la fatigue, une mauvaise acoustique, une relative indifférence du public. Bien sûr, il n'est pas question de nier l'importance de l'inspiration; mais elle ne saurait suffire. Rien n'est possible sans technique. Je sais que je vais à rebours des tendances actuelles. Aussi, je dis souvent à mes élèves: «Si vous ne pouvez pas jouer correctement, faites la grimace. Le public pensera que vous lui donnez le meilleur de vous-même».[....]

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Cordes d'hier et d'aujourd'hui

La création de nouvelles cordes semble être actuellement une préoccupation bien légitime tant de la part des fabricants, que de celle des instrumentistes et des luthiers, chacun y voyant un moyen ou une nécessité d'approcher la perfection... Afin de rendre compte de l'engouement actuel, nous vous proposons au fil des mois de nous apporter vos témoignages à ce sujet; de notre côté nous allons nous efforcer de tester plusieurs marques afin de vous informer plus avant sur ce monde parfois un peu inaccessible... Nous essaierons prochainement de mettre en regard les points de vue de Stephan Schertler, fabricant des cordes Velvet compass distribuées par la société Gougi, et celui d'un ou plusieurs musiciens qui les aura testées. Nous espérons ensuite poursuivre le test avec les cordes Larsen distribuées par la maison Bam, puis celles de Pirastro, etc. Cette liste n'est absolument pas exhaustive et nous vous encourageons vivement à nous faire savoir et connaître vos découvertes et appréciations. (Laurence et Etienne Cardoze)

En préambule à cette rubrique consacrée aux cordes, voici quelques anecdotes où se mêlent humour et information sérieuse.

Thierry Vincent, un de nos lecteurs nous écrit le petit mot suivant :

«En feuilletant l'ouvrage d'Emmanuel Reibel intitulé Les Musiciens romantiques, j'ai relevé le fait que la quatrième corde du violon de Paganini aurait été faite avec les boyaux de sa maîtresse assassinée. Ceci m'a donné l'idée de suggérer aux lecteurs du Violoncelle de voir si l'on pouvait développer (harmonieusement, si j'ose dire!) le mythe de cette corde mythique». Bon sujet, ça!».

Profitons de cette occasion pour citer un extrait de L'Homme, l'animal et la musique, publié par les éditions FAMDT:

«Selon une affirmation populaire, les cordes de violons sont tressées en boyaux de chat. Mais on aimerait être mieux renseignés sur la date d'apparition de cette croyance, pour laquelle nous n'avons pas recueilli d'attestations anciennes. En réalité, les cordes de violon n'ont jamais été fabriquées avec des boyaux de chat (1), et il se trouve que, pour les faire, on utilise depuis longtemps des intestins de mouton. Cela s'accorde tout à fait avec l'opposition traditionnelle du loup et des ovins puisque, si l'on en croit Adomari: «si, sur un instrument à cordes, on attache une corde faite de boyau de loup, lorsqu'on vient à la toucher, toutes les cordes faites de boyaux de brebis cassent sans rendre aucun son». Cette variante de l'antipathie musicale entre les deux espèces est confirmée vers 1640 par Pierre Trichet dans son Traité des instruments de musique», et par Rochez le Baillif, selon lequel «il est impossible d'accorder ni mettre un uny-son sur un instrument de musique à corde faicte de boyaux de loup avec celle de mouton et de brebis».
(1) Apparemment le terme «boyau de chat» (catgut en anglais) viendrait d'une confusion avec «Catlin», le nom d'un commerçant qui vendait ce matériel au Moyen Âge.

Points de sutures.

A noter qu'on utilise également le «boyau de chat» dans d'autres domaines. Ainsi, en fait-on des points de suture depuis qu'au XXème siècle, un chirurgien hispano-arabe en eût apprécié la souplesse, la résistance et le pouvoir de résorption... Et l'on dit qu'au Japon cette matière sert également à fabriquer des préservatifs!

Tennis et violoncelle.

Décidément le violoncelle va se nicher partout et jusque dans l'histoire des raquettes de tennis!

Ainsi avons-nous appris que la raquette fut introduite au 15è siècle en Espagne tandis qu'en Angleterre, on jouait encore avec la main. La forme de la raquette, qui ressemblait d'abord à une guitare, a certes beaucoup évolué, mais plus encore que le cadre, c'est le cordage qui a eu la plus grande influence sur le jeu. C'est un chirurgien anglais, Lister, qui, en 1868, utilisa pour la première fois une sorte de catgut en boyau. Il s'agissait d'une ligature faite à partir de lanières prélevées sur l'intestin grêle d'un mouton. Mais on n'arrête pas le progrès, et, en 1875, un fabricant anglais de raquettes demanda à Babolat, un fabricant lyonnais de cordes musicales, s'il était possible de corder des raquettes avec des cordes de violoncelle. Les premiers essais s'avérèrent satisfaisants. Ainsi naquirent les premières cordes de tennis en boyau fabriquées par les Etablissements Babolat, qui régnèrent sans partage jusqu'à l'apparition des cordes en nylon. Mais attention: n'allez pas pour autant utiliser votre Vuillaume ou votre Guarnerius sur les cours de Roland Garos...[...]

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L'archet
Par Alain Lambert
(Extrait de Tempo de capriccio, Editeurs français réunis, 1993)

La plupart des instrumentistes à cordes s'entendent sur ce point: l'archet est intimement personnel. (On prêtera plus volontiers son instrument). Tous possèdent plusieurs archets. Mais c'est presque toujours le même qu'ils jouent. Facture et qualités techniques : poids, souplesse ou fermeté n'entrent qu'en partie dans son choix. Un archet vous va ou non. Il y a là un rapport d'intimité presque charnel qui donne des couleurs à l'habitude, mal-aimée de la musique comme d'autres plaisirs. L'archet fait partie des quelques objets que le despotisme du progrès paraît avoir oubliés. Vers la fin du XVIIè siècle, on invente la hausse mobile et la cambrure de la baguette est inversée, ce qui donne l'aspect d'arc inversé que nous connaissons.

Mises à part quelques fantaisies sans lendemain comme l'archet en acier creux de Jean-Baptiste Vuillaume, luthier et archetier,... ou, plus près de nous, les baguettes en fibre de verre ou de carbone, on est resté fidèle à une famille de bois caractéristique. On trouve d'abord en Guyane des espèces suggestives de la fantaisie des tropiques: bois de perdrix, bois d'amourette, de fer gris. Mais c'est une province du Brésil qui donnera son nom au meilleur, merveille de fermeté et de flexibilité : le pernambouc. Hormis les luthiers, les archetiers et les musiciens, peu de gens ont idée de la beauté de ce bois. Sa couleur va de l'ambre foncé aux rouges inquiétants des forêts de Max Ernst. (Quelques jours après sa coupe, il s'assombrit comme les braises mourantes).

Un grain serré, à peine visible à l'oeil nu. Aucune onde ou veine rappelant les bois de lutherie...[...]

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Chevilles

«Suite à des tensions dans la nuque, j'ai rencontré quelqu'un que je recommande à beaucoup de collègues: c'est Coralie Cousin - Rouleau (1 rue Samson 75013 Paris; 01 45 65 00 10). Elle est Kiné et ne s'occupe que de musiciens.

 Sa première particularité est de demander de jouer devant elle :elle a tout de suite vu que la cheville de la corde d'ut m'obligeait à tenir ma tête dans une mauvaise position. Au fil de la conversation, nous sommes arrivés à la conclusion qu'il serait bien pour moi que la cheville n'existe plus !

La deuxième personne formidable de cette histoire est Jean-Paul Kowalczik, luthier à Lyon, qui a pu réaliser cette idée. Il a coupé la cheville au ras de la tête puis vissé et collé un écrou "femelle" dans la cheville. Je me sers désormais d'une clef pour changer ma corde ou pour m'accorder, génial!»

Edouard Sapey-Triomphe, violoncelle solo à l'Orchestre National de Lyon

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Les mésaventures d'un violoncelliste mendiant

Comme nous le disons par ailleurs, il n'y a pas de sots métiers, et le violoncelle peut venir au secours de ceux qui sont réduits à la mendicité, ainsi que le démontre ce texte extrait du bulletin Le Violoncelle, n°32, du 15 nov 1924.

Le violoncelle sous le bras, van Biène rôdait autour des tavernes les plus achalandées, s'installait sur une chaise, si on le lui permettait, et se mettait en devoir de charmer, de son mieux, les auditeurs d'occasion auxquels il allait ensuite tendre la main. Telle était sa vie de chaque jour. Que jouait-il ? Des valses, des mazurkas, des morceaux brillants capables d'attirer l'attention d'un public souvent peu musicien et de lui faire donner, plus largement, quelques piècettes.

En ce soir du 18 novembre, van Biène s'est attardé devant une taverne loin des grands boulevards. Les auditeurs ne sont pas nombreux: un seul, un homme assis près de lui, semble l'écouter avec le plus vif plaisir. Le violoncelliste épuise presque tout son répertoire joyeux: il attaque des pièces en doubles cordes car son talent est aussi grand que sa misère; il retrouve au fond de sa mémoire des pièces superbes: il se surpasse.[...]

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Oeuvres du répertoire
LaSonate et la Sérénade d'Enrö Dohnanyi

Pierre Rigaudière fait remarquer que, de même que son contemporain autrichien Alexander Zemlinsky, le compositeur hongrois Ernö Dohnyi «tomba injustement après sa mort dans un oubli causé non pas par le manque de qualités de leur musique, mais par l'ombre que leur faisaient des personnalités exceptionnelles plus nettement engagées sur la voie du renouveau (mais) qu'ils ont bénéficié tous deux d'une réhabilitation que permettent avec plus de recul des perspectives historiques moins univoques ». A noter que Dohnanyi se familiarisa très tôt avec notre instrument, puisque son père était un très bon violoncelliste amateur. Dans la Sonate pour violoncelle, qu'il composa à l'âge de 22 ans, on discerne les caractéristiques technique et expressives qui caractériseront son style.Ainsi que le note Xavier Ray dans Classica-Répertoire, mai 2004:«La Sonate pour violoncelle est fortement influencée par Schumann (Allegro initial et Adagio) et par Brahms (finale à variations, elle annonce quand même le style lyrique et tourmenté qu'adoptera le compositeur quelques années après...).» Par ailleurs, «la Sérénade op. 10 datée de 1902 est sa partition de musique de chambre la plus parfaitement achevée. Après le Divertissement K.563 de Mozart, il n'était pas facile de réussir d'aussi belle façon dans le domaine dans le domaine du Trio à cordes. Les Trios op. 3 et op. 9, la Sérénade op. 8 de Beethoven, les Trios D.471 et D. 581 de Schubert, le Terzetto op. 74 de Dvorak ne possèdent ni le charme élégant, ni la beauté exubérante, ni l'homogénéité dans le timbre des cordes, de la présente Sérénade...»[...]

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Le coin des ados
Mon violoncelle et moi
Par Lucy in the sky with demons.

Une jeune fille se présentant sous le pseudonyme de «Lucy in the sky with demons» a rédigé sur internet des pages de journal émouvantes dans un style ado dont la fraîcheur nous a séduits. Voici quelques extraits de ce texte sous-titré : «une histoire d'amour entre alphonso (un petit nom que j'ai donné à mon violoncelle) et moi... qui a dit qu'on ne pouvait pas aimer les objets?»

Mercredi 17 décembre 2003

Ze parcours of ze combatant...

Aujourd'hui: journée violoncellistique !! je viens d'enchaîner de 2 à 4 avec les petits, j'ai donné des cours j'en point plus, y comprennent rien, mais y sont tout choux (et pourtant les gamins en temps normal ça msaoule !), et puis la ben j'y retourne jusqu'à 7h pour faire des ensembles avec mes cops, et pour manger des gâteaux il faut l'avouer. Et pis ce soir a 20h30 pitit concert à l'église (mon dieu va falloir sortir ma moumoute)... donc voilà, alphonso aura fait sa sortie du mercredi aprem !!!Avec mes copines on se demande si pour le concert de l'orchestre on va pas décorer nos violoncelles avec des boules et des guirlandes, ça mettrait un peu d'ambiance!Bon j'y go jvais etre en retard, y aura plus de brownies.[...]

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Violoncellistes émigrés
Unvioloncelliste français en Allemagne

Entretien avec Damien Ventula, membre du Berlin Symphonie Orchester, ancien élève de Boris Pergamenschikow

AFV: Vous pouvez peut-être nous raconter votre parcours musical ?

- J'ai étudié tout d'abord à Toulouse avec Lluis Claret qui m'a fait rencontrer par la suite Bernard Greenhouse. Ce dernier vivait près de Boston et il m'a conseillé de rentrer au New England Conservatory dans la classe de Laurence Lesser, ce que j'ai fait après mon bac. De cette façon, j'ai eu la chance de travailler pendant quatre ans avec ces deux professeurs. J'ai ensuite rencontré Boris Pergamenschikow lors du concours Pau Casals de l'été 2000 à Kronberg et après mon diplôme à Boston, il m'a invité à me perfectionner dans sa classe à la Musikhochschule Hanns Eisler de Berlin.

Y avait-il une différence dans l'approche pédagogique entre Pergamenschikow, récemment disparu, et vos professeurs américains ?

-Pas vraiment. Une certaine continuité, en fait. Pergamenschikow était avant tout un grand musicien et un grand violoncelliste. Il était très ouvert dans tous les domaines et donnait à chacun de ses élèves le maximum d'éléments. Il considérait qu'un musicien sérieux se devait de connaître le maximum de possibilités pour ses choix musicaux et techniques. Il avait très peu d'élèves et consacrait une bonne partie de ses journées à enseigner. Il était toujours en quête d'apprendre quelque chose de nouveau, ce qui faisait de lui un exemple permanent. Mais, vous savez, je pense que le meilleur professeur dans l'apprentissage d'un instrument, c'est soi-même. Que ce soient les livres de technique comme ceux de Feuillard, Tortelier, Starker ou les professeurs eux-mêmes, ils ne peuvent que guider et aider le jeune musicien dans son histoire d'amour avec l'instrument.[...]

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Une Hongroise à Paris
Entretien avec
Katalin Perinno-Darabont

Violoncelliste de l'Opéra National Hongrois et de l'Orchestre Philharmonique de Budapest, vous avez épousé un Français, et, depuis octobre dernier, vous avez quitté votre pays pour Paris.

En effet. J'ai rencontré mon futur mari à l'Opéra de Budapest. C'était la première fois qu'il allait à l'opéra. Lui-même musicien, il s'est penché sur la fosse d'orchestre et semble y avoir pris goût.

Vous avez étudié au Lycée musical de Budapest, et vous avez passé votre diplôme de professorat à l'Académie Franz Liszt. L'école hongroise a-t-elle des spécificités?

Concernant le violoncelle, nous utilisons la méthode d'Antal Friss.

Pour le solfège, la méthode Kodaly facilite grandement son étude et celle de la structure de la musique. Je suis d'ailleurs surprise de constater qu'en dehors de la Hongrie, du Japon et des Etats-Unis, cette méthode ne soit pas plus utilisée.

Techniquement, j'ai commencé la première année d'apprentissage par me familiariser sans utiliser l'archet. On sépare l'initiation de la main gauche de celle de la main droite. On se concentre d'abord sur la technique.

N'est-ce pas un peu mécanique ?

En ce qui me concerne, je n'ai réalisé qu'il manquait quelque chose qu'après avoir passé mon bac. Par exemple, j'ai beaucoup appris lorsque j'ai rencontré Dominique de Williencourt, issu de l'école Navarra.

L'éducation musicale tient-elle toujours une place particulièrement importante en Hongrie ?

Les choses ont évolué depuis le changement de régime. Auparavant, les écoles de musique étaient très bon marché et ouvertes à toutes les couches de la population. Aujourd'hui, d'autres disciplines se sont développées au détriment de la musique, et beaucoup de Hongrois n'ont pas les moyens d'entrer à l'Académie de musique, où l'on trouve par contre beaucoup d'Asiatiques aisés.[...]

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