Revue n° 10 - Février 2004

Sommaire de la revue:
Editorial
Courrier des lecteurs
Informations
Entretien avec Raphaël Chrétien
Lutherie
Le coin des écrivains
Les rencontres de Kronberg
Le concerto de Renaud Gagneux
L'extraordinaire destin de Lise Christiani
Le coin des amateurs
Un violoncelliste Sénégalais
Pédagogie
Répertoire
Disques
Le violoncelle au service de la publicité
 

Éditorial

Par un heureux hasard, même si tous ne sont pas encore à jour de leur cotisation, l'AFV a enregistré le 1er janvier 2004, son 600ème adhérent. Merci à eux de aider à poursuivre notre croissance. A cet effet, vous trouverez ci-joint des bulletins d'adhésion que vous pouvez par ailleurs imprimer à partir de notre site afin de les distribuer autour de vous et d'encourager votre entourage à nous rejoindre. Pourquoi par exemple ne pas en déposer dans les écoles de musique? Merci également de continuer à contribuer à l'alimentation de notre revue et de notre site en nous fournissant des informations, des illustrations et des articles.

Et naturellement, nous vous serons également reconnaissants de régler rapidement vos cotisations 2004 afin d'épargner à notre petite équipe un travail de relance très astreignant: réalisez vous qu'en 3 ans, l'AFV a expédié plus de 6000 courriers?

En guise de cadeau de Noël, un de nos adhérents qui a souhaité garder l'anonymat, a eu la gentillesse d'offrir aux membres de l'AFV sa très belle transcription pour violoncelle de la Chacone de Bach que nous avons la joie de joindre à cet envoi. Je l'en remercie en votre nom à tous et vous souhaite beaucoup de plaisir à la lire et à la jouer

Je fais également part de notre reconnaissance à Hervé Chiapparin, qui a mis en place et géré notre site Internet (<levioloncelle.com> pendant trois ans.

Par manque de temps, il a passé la main à Gilles Romiguière, notre nouveau webmaster, qui, au prix de plusieurs centaines d'heures de travail, a procédé à une remise à jour de ce site. Dépêchez vous de le visiter et de profiter de son existence pour vous y exprimer à votre guise. Toutes vos remarques et suggestions seront les bienvenues[...]

Michel Oriano, président de l'Association française du violoncelle.

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Informations
Rencontres et festivals

Musicora fêtera son 20ème anniversaire à La Villette du 6 au 10mai 2004. Comme chaque année, l'AFV y sera présente sur son stand et organisera des concerts et des animations qui vous seront annoncées en temps voulu. Puisque nous n'avons pas encore finalisé notre programme, au sein duquel pourrait, sous réserve de confirmation, figurer le merveilleux spectacle de Laurent Cirade («Duel»), vous êtes tous invités à faire des suggestions ou des propositions de participation. Par exemple souhaitez-vous jouer, faire jouer vos élèves, faire des annonces, des animations? etc...

 

Violoncello 2004. Sous ce titre s'est déroulée le 8 février la première rencontre de violoncellistes à Bruxelles. Les violoncellistes amateurs de Bruxelles à partir de 15 ans ont participé à diverses activités, telles que des ensembles de violoncellistes, des workshops de yoga et d'eutonie, des ateliers de lutherie, des projections vidéo, des ateliers d'improvisation, etc...
http://wwvevioloncello.be

 

Le Festival de violoncelle de Manchester, qui se déroulera du 5 au 8 mai prochains, nous informe qu'à l'avenir, il aura lieu tous les trois ans au lieu de deux.

 

Pièces pour deux violoncelles
Souvent, lorsque nous nous rencontrons avec un(e) ami(e) violoncelliste, nous nous sentons frustrés de ne pouvoir que rejouer les rares pièces écrites pour ces deux instruments (Romberg, Offenbach, et quelques autres). Le programme du concert donné le 12 février au Conservatoire Supérieur de Paris par Agnès Vesterman et Patrik Langot, et qui sera enregistré d'ici quelques semaines, contribuera à enrichir notre répertoire.

Nicolas Bacri : Sonate d'Yver op.83, pour deux violon celles (2002-03). Création mondiale.

Régis Campo : Pièce pour violoncelle seul (2003).

Régis Campo : Les métronomes détraqués, pour deux violoncelles (2003). Création mondiale.

Philippe Forget : Vent d'Yver, pour deux violoncelles (2003). Création mondiale.

Alexandre Gasparov: Impressions d'Yver, pour violoncelle seul (2002).

Olivier Greif : The battle of Agincourt, sonate pour deux violoncelles (1996)[...]

 

Livres

- Dix ans avec le violoncelle, par Bruno Coscet, Patrick Gabart, Juliana Trémoulet et Thibaud Verbe, nouvelle édition remaniée, actualisée et augmentée en 2003.

- Dans son History of the Violoncello (Paganiniana Publications, 1983), Lev Ginsburg consacre un chapitre aux violoncellistes de l'école de Paris au 19ème siècle, et notamment à Baudiot, Franchomme, Battanchon, et Chevillard, On peut lire cet article dans son intégralité sur le site
www.celloheaven.com/parisians/parisian.htm

- A Cellist's Guide to the New Approach, Claude Kenneson, éd. Exposition Press Inc. 50 jericho Turnpike, Jericho, N.Y. 11753, Etats-Unis, 1974.

Il s'agit d'une adaptation de la doctrine de la pédagogie de la pédagogue anglaise Kato Havas, auteur de A New Approach to Violin Playing, signalé par notre fidèle adhérent Pierre Lagoutte, qui cite cette phrase de l'auteur:

«La Nouvelle Approche n'est pas une méthode au sens traditionnel du terme, mais une organisation rationnelle des proces sus mentaux qui focalisent la concentration sur une idée musicale. A Cellist's Guide essaie d'adapter au jeu du violoncelle les principes pédagogiques de la New Approach qui éclairent nos méthodes traditionnelles, des méthodes qui déçoivent parfois parce qu'elles sont en contradiction avec les lois physiologiques du fonctionnement du corps».

Pierre Lagoutte ajoute qu'il a fait pour son plaisir et celui de quelques amis une traduction intégrale de ce livre qu'il recommande chaleureusement. (Contact: Pierre Lagoutte, 10 rue Beauséjour, 71000 Mâcon)...

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Entretien avec Raphaël Chrétien

Initié à la musique par Alain Meunier, puis sorti de la classe du Conservatoire de Philippe Muller il y a une dizaine d'années et après avoir remporté plusieurs prix internationaux (notamment à Belgrade et à Prague), Raphaël Chrétien fait partie de la génération florissante des jeunes violoncellistes français.

Raphaël, vous menez une belle carrière, mais vous avez commencé par nous dire modestement que vous ne vouliez pas trop parler de vous-même.

En effet. Je crois vraiment être la chose la moins importante du monde, et je préférerais plutôt parler de ce que je fais, puisqu'on n'est que ce que l'on fait, et réciproquement. Mais auparavant, je voudrais vous dire que j'aimerais avoir plus de temps à consacrer à l'AFV dont j'apprécie le travail, mais qui aura besoin de bras et d'idées pour se développer.

Ne vous inquiétez pas: vous ne perdez rien pour attendre, et nous envisageons une petite réunion avec quelques-uns de vos collègues afin de confronter vos idées et mettre en place des projets.

Je m'y joindrai volontiers. Pour le moment, je consacre du temps à des associations humanitaires, et notamment à une «Association France-Erythrée» qui projette entre autre la création d'une école de musique. Bien sûr, dans ce pays frappé par toutes sortes de calamités, certains diront que ce n'est pas une priorité pour le moment. Mais on peut aussi prendre le problème à l'envers et dire que l'un n'empêche pas l'autre, bien au contraire, et que chacun peut oeuvrer en fonction de ses propres compétences.

Tout à fait d'accord. Vous verrez dans notre revue que d'autres personnes nous ont également suggéré de faire quelque chose dans d'autres pays d'Afrique, et notamment au Sénégal. Parmi vos activités musicales, vous avez rejoint depuis un an le Quatuor Arpeggione.

C'est une expérience nouvelle et très enrichissante, dans la mesure où, jusqu'ici, je n'avais jamais fait de quatuor à cordes de manière «constituée». Le répertoire est fascinant: par exemple,nous travaillons en ce moment les trois derniers quatuors de Beethoven dans le but non seulement de donner des concerts publics, mais aussi d'aller les jouer dans des conservatoires pour les présenter aux élèves.

En même temps vous faites partie de l'Ensemble Alternance.

C'est un sextuor composé d'un violon, un alto, un violon celle, un piano, une flûte et une clarinette, qui se consacre à la musique contemporaine. Il s'agit d'un ensemble non dirigé, et le répertoire nous pousse véritablement à être en contact rapproché! Nous sommes amenés à exploiter toutes les possibilités de nos instruments. Par exemple, pour le violoncelle, on ne se contente plus de la vibration émise par le contact de l'archet sur les cordes; on joue par exemple sur le cordier, ou sur toute autre partie du corps de l'instrument. Bref, on expérimente tout le champ du possible et de l'imaginable, qui jaillit de l'imagination créatrice des compositeurs.

Vous êtes donc amenés à travailler avec des compositeurs vivants. N'est-il pas stressant de jouer devant eux?

En général, c'est plutôt le contraire. D'abord ils sont contents d'en tendre jouer leurs oeuvres, et ils se montrent généralement bienveillants. J'avais déjà eu cette expérience il y a une dizaine d'années avec l'Ensemble Inter- contemporain, au sein duquel j'ai eu pendant de nombreuses années l'occasion de jouer et de faire mes premières expériences de musique contemporaine en ensemble. Les compositeurs font preuve de gentillesse. S'ils savent ce qu'ils veulent, ils nous le disent, et nous essayons de comprendre. Mais ils se montrent généralement ouverts, car il y a chez eux une part de doute, même si, bien plus que leurs prédécesseurs des siècles derniers, ils noircissent le papier d'indications. Penderewski dit que «ce qu'il a écrit, c'est 10 pour cent de ce qu'il veut dire». Eh bien!, c'est la même chose pour les classiques qui savaient bien que, grâce à un contact pratique avec son instrument, l'interprète connaît des choses qu'ils ne soupçonnaient pas. Avec les compositeurs on apprend la nature de l'activité créatrice, qui laisse une marge de liberté à l'interprète. Interpréter, ce n'est pas simplement reproduire une masse écrite, c'est aussi un acte créateur qui consiste à enrichir ce qui est écrit, «à rendre clair ce qui est obscur». C'est à la fois un acte de re-création et de récréation, car il ne faut jamais oublier que, comme le disait Debussy, la musique est avant tout écrite pour faire plaisir. Re-créer permet aux musiciens professionnels de ne pas sombrer dans la routine. Cela procure une exaltation qui, en les faisant sortir d'eux-mêmes, les protège de l'ennui d'une répétition mécanique...

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Lutherie

La société «Bois de Lutherie»
Par Philippe Bodart.

Depuis 1992, le Sarl Le Bois de Lutherie a une activité de débit de bois pour la facture instrumentale. Bernard Michaud, forestier, Philippe Bodart et Jean-Christophe Graff, luthiers, se sont associés pour créer cette entreprise originale.

Cette scierie installée en Franche-Comté, près de Besançon, prépare les fournitures nécessaires aux luthiers qui en feront des violons, guitares, clavecins ou violoncelles.

« Le Bois de Lutherie » travaille l'épicéa de résonance des massifs du Jura, les érables ondés du Grand Est de la France ou des Carpates mais aussi des essences, comme le prunier,

le cormier, le buis ou le lilas. Ici chaque arbre est unique et il est choisi pour ses qualités mécaniques ou ses particularités esthétiques. Les bois sont sciés sur le quartier comme on partage une tarte, chaque pièce de bois est numérotée, identifiée, la traçabilité est permanente. La particularité de cette activité réside également dans le temps de séchage de chaque pièce de bois : 5 à 10 ans avant d'être utilisée par le luthier.

La plupart des produits de cette petite entreprise sont exportés, sur les cinq continents, mais toujours à destination de petits facteurs, luthiers artisans qui ne construisent que quelques instruments par an ... Des luthiers professionnels qui recherchent des bois « parfaits » ou exceptionnels mais aussi des amateurs, qui construisent un ou deux instruments..

C'est de la rencontre avec ces amateurs qu'est née l'idée des stages de lutherie, Depuis cinq ans maintenant, la Sarl «Le Bois de Lutherie» propose des stages à ceux et celles qui souhaitent entreprendre la construction de leur instrument : une expérience «grandeur nature» dans un atelier entièrement équipé, avec deux luthiers professionnels qui vous guident dans votre travail. Le Bois de Lutherie propose ainsi des stages de lutherie de deux semaines et des amateurs européens, américains, japonais, etc... s'y retrouvent pour construire leur violon, leur guitare électrique, viole de gambe ou violoncelle. L'offre de stage s'élargit chaque année et vous trouverez aussi des stages d'archèterie, d'archerie, d'affûtage, de forge... ou de gravure !...

Le Bois de Lutherie, Rue de la Scierie, 25330 Fertans,

Tel : 03.81.86.55.55
Internet : www.bois-lutherie.com

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Le coin des écrivains
 

...Pendant le concert, je fus fasciné par le musicien et son instrument. C'était la première fois que je voyais un violoncelle. Je fus d'emblée frappé par la disproportion entre cet instrument à la dimension imposante et le soliste, un jeune Chinois pâle et malingre - mal nourri comme tous les jeunes Chinois de l'époque -, de taille apparemment insuffisante pour le dominer. Quand il commença à jouer, il donnait à son jeu tant d'ardeur qu'on ne remarquait plus ce qu'il pouvait y avoir de dysharmonie, tout comme un sorcier en transes dont les gestes même disgracieux étaient aperçus comme naturels, voire indispensables. Après un corps à corps pathétique au cours duquel il serrait de ses jambes et entourait de son bras le corps bombé de l'instrument, le violentait et le caressait tour à tour, il finissait par faire corps avec cet être si mystérieux qu'est le violoncelle, aussi attirant qu'impénétrable. Au point d'ailleurs qu'on craignait à présent que le joueur ne puisse s'en détacher. Cette crainte était accentuée par le fait que le thème de la mélodie revenait tou jours. Un instant, je me suis demandé si l'interprète n'avait pas oublié la partition, captif de son jeu et contraint de le prolon ger. Mais comme l'orchestre continuait impertur-bablement, je fus rassuré. Dans la lumière dorée de cette fin d'après-midi, je regardais, halluciné, ce bloc vivant, là sur la scène, bloc composé de deux êtres solidaires et hostiles, impliqués dans un va-et- vient intime où misère et élévation, douleur et extase se faisaient face puis s'entremêlaient.

Extrait du roman de François Cheng: « Le Dit de Tiyani », Prix de lecteurs 2002, coll. Le Livre de Poche, Albin Michel, 1998.

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Les rencontres de Kronberg

Architecte et violoniste amateur anglaise installée à Francfort, Hester Robinson a eu la gentillesse de rédiger pour nous ce compte rendu des Rencontres du violoncelle qui se sont déroulées à Kronberg en octobre 2003.

Qui pourrait s'attendre à croiser Mstislav Rostropovitch à Kronberg, une jolie petite ville allemande située à 20 minutes de Francfort ? Et pourtant, malgré ses modestes dimensions, on pouvait aussi s'y trouver nez à nez avec Misha Maisky, Heiririch Schiff ou Gary Hoffman en route pour un atelier ou un concert. Pour sa sixième édition, le festival de violoncelle de Kronberg célébrait en effet cette année le 30ème anniversaire de la mort de Casals et a réuni des professionnels, des étudiants et des mélomanes pour un festival de violoncelle de très haut niveau.

C'est Raimund Trenkler, un ancien élève de la Royal Academy of Music de Londres, qui a eu l'idée de ce festival de haute volée, qui a germé, c'est le cas de le dire, à une altitude 11 000 mètres, dans le courant de l'été 1992, alors qu'avec ses collègues de l'Ensemble Cellissimo, il se rendait à Séoul pour donner une série de concerts en Extrême Orient. Dans l'avion, il n'y avait pas assez de sièges libres pour les installer avec leurs violoncelles en classe économique, et Trenkler s'arrangea avec le commandant de bord pour que l'ensemble soit admis en première classe, en échange d'un concert offert aux passagers. Le commandant apprécia tant ce concert qu'il demanda que le programme soit rejoué à une altitude encore plus grande (le concert le plus élevé jamais donné) et le retransmit par hauts parleurs aux voyageurs de la classe économique. «Ce fut si exaltant, explique Trenkler, qu'en rentrant en Allemagne, nous avons cherché le moyen de faire profiter un plus ample public de cette expérience. »

Mais il n'aurait guère pu imaginer qu'en cinq ans, ces rencontres de 5 journées vaudraient à Kronberg d'être sacré «capitale mondiale du violoncelle» par Rostropovitch, qui y a participé à trois reprises.

A 76 ans, Mstislav Rostropovitch n'a rien perdu de sa verdeur. Cette année, il a participé à une table ronde consacrée à Pablo Casals. A l'occasion d'un atelier, le public a pu admirer l'ardeur dont il a fait preuve pour aider trois jeunes étudiants à régler des problèmes techniques et à réfléchir sur l'interprétation. Ils commencèrent par le Concerto de Lutoslawski, écrit pour et dédié à Rostropovitch, exécuté avec panache par Nicolas Alstaedt, un jeune violoncelliste franco-allemand. Ses commentaires bouillonnant de vitalité, et illustrés par des allusions à la répression dont il fut victime sous le régime soviétique, s'avérèrent singulière ment efficaces pour permettre au public de découvrir une oeuvre techniquement complexe et difficile d'accès pour l'auditeur.

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Le concerto de Renaud Gagneux

Avant de songer à écrire un concerto pour violoncelle et orchestre, j'avais écrit un solo pour basson sans destinataire particulier. C'est alors que mon éditeur Jean-Manuel de Scarano (Durand) et mon ami le violoncelliste Frédéric Lodéon me demandèrent d'écrire un concerto.

Pour la simple raison que les tessitures du basson et du violon celle sont assez comparables, je décidai d'utiliser ce solo pour basson comme cadence centrale de ce concerto. L'idée m'est aussitôt venue, puisque je commençais ainsi par le milieu, d'écrire aussi en premier lieu un mouvement central qui encadrerait cette cadence, puis ensuite seulement un premier et un troisième mouvements de part et d'autre de celui-ci. Pour renforcer cette construction en «triptyque» (qui est devenu le titre même du concerto), j'ai enfin pris soin de donner une durée

rigoureusement égale - sur le papier du moins (4 minutes) - au premier et troisième mouvements faisant office de «volets», et une durée équivalent au double (8 minutes) au deuxième mouvement faisant office de «panneau central» sur lequel pourraient se rabattre imaginairement les deux volets.

N'arrêtant pas là la comparaison picturale, et m'inspirant de certains triptyques du Moyen Age, je me suis attaché, tout en optant pour un effectif modeste (orchestre par 2), à donner au mouvement central - le sujet en quelque sorte - une couleur plus chatoyante et une écriture plus traditionnelle avec un soliste plus présent, réservant aux premier et troisième mouvements - les volets qui, rabattus, présentent souvent des allégories ou des symboles en grisaille - une impression plus sévère en camaïeu par l'utilisation de micro-intervalles et de multi phoniques aux bois et l'intégration presque totale du violoncelle dans cet uni vers «ligneux»...

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Un violoncelliste Sénégalais
Entretien de M. Kete avec Stéphane Romatet

M. Antonin Kete, vous êtes le seul professeur de violoncelle pour tout le Sénégal. Pouvez-vous nous décrire les étapes de votre carrière?

J'ai commencé le violoncelle vers l'âge de 10 ans, du temps de l'Afrique Occidentale Française. Les Français avaient créé à Dakar un conservatoire de musique. J'ai eu la chance de recevoir mes premiers enseignements de la part de professeurs français qui travaillaient donc -pour le compte du ministère des colonies. Je tiens à préciser que j'ai fait toutes mes études puis ma carrière musicale avec mon frère jumeau, pianiste, avec lequel je forme un duo.

Nous avons tous deux obtenu une bourse qui nous a permis d'aller d'abord étudier au Conservatoire de Versailles. J'ai eu la chance d'avoir pour professeur une grande dame, Reine Flachot, chez qui j'étais pensionnaire. J'ai fait une troisième année au conservatoire de Paris tout en passant ma licence de professeur de musique puis celle de concertiste, sous la direction d'André Lévy. J'ai eu l'immense privilège d'approcher Maud et Paul Tortelier, de même que Pierre Fournier.

Avec mon frère, nous sommes rentrés à Dakar, à la demande du Président Senghor qui nous a demandé de prendre en charge le département musique de l'Ecole Nationale des Arts qu'il était en train de créer. Nous avons ensuite passé toutes ces années à enseigner, à nous battre pour faire vivre notre passion de la musique.

Malheureusement, le départ du Président Senghor en 1980 a marqué le début du démembrement de toutes les structures culturelles qu'il avait mises en place. Par exemple, le budget de notre école de musique a été brutalement divisé par dix! Depuis, hélas, c'est la traversée du désert, mais je ne désespère pas. Je suis aujourd'hui à la retraite, mais je continue mes activités pour faire partager mon amour de la musique et du violoncelle.

Pouvez-vous évoquer les difficultés que vous rencontrez?

C'est assez simple: ici, nous n'avons rien. Pas d'instruments, pas de partitions, bien sûr pas de luthier, même pas de disques non plus. Mon principal problème, c'est d'avoir un instrument. Lorsque j 'étais en France, j 'ai pu bénéficier d'un prêt du conservatoire et du luthier parisien Etienne Vatelot. A mon retour à Dakar, Senghor a pu me faire obtenir un violoncelle convenable. Mais malheureusement, cet instrument a été gravement endommagé lors d'une pluie diluvienne sur Dakar, le toit du conservatoire n'étant même pas étanche. Je n'ai jamais pu réunir les moyens suffisants pour le faire réparer (Ndlr le coût de la réparation est évalué à 1500 Euros). Alors depuis, je joue sur un violoncelle électro-acoustique, avec lequel je réussis tant bien que mal à donner des concerts. Vous savez, c'est vraiment une gageure que de faire du violoncelle en Afrique. Mais je veux montrer que c'est quand même possible de jouer de cet instrument sur ce continent.

Comment précisément combiner les traditions africaines avec le violoncelle qui est incontestablement un instrument purement occidental?

Il est faux de croire que les Africains seraient insensibles à la musique classique occidentale. Cette musique n'est pas le privilège des Occidentaux. Il n'y a pas en matière musicale d'un côté le monde et de l'autre, nous l'Afrique. Mon but personnel est justement d'apporter ma propre contribution à cette grande musique du monde. Mais il est vrai que les moyens pour éduquer l'Afrique à cette musique excèdent de très loin toutes nos possibilités.

Avec mon frère pianiste, nous nous sommes lancés dans la composition. Nous essayons de créer une musique «classico-africaine». Notre but, c'est de tirer parti des sonorités qui restituent l'âme africaine. Je crois que l'on peut donner au violoncelle une sonorité africaine. Il y a une résonance harmonique typiquement africaine, de même qu'il y a bien sûr une rythmique africaine. Nous avons essayé d'imaginer ce qu'un Bach africain aurait pu écrire de nos jours. A partir de cette idée, nous avons réalisé plusieurs transcriptions, par exemple la sonate pour violoncelle n°2 ou une des toccatas pour orgue que nous jouons pour piano, violoncelle et djembé (tambour sénégalais).

Quel message souhaiteriez-vous transmettre aux membres de l'association française de violoncelle?

Ah! Si vous pouviez nous aider! Je ne quémande pas mais le contexte sénégalais est très difficile. Je me bats pour que nous puissions participer normalement à la vie artistique mondiale. Je vous cite juste un seul exemple: il y a plusieurs années, j'ai voulu poser ma candidature au concours inter national de Munich, mais faute de moyens, faute de posséder un instrument, je n'ai même pas pu réunir les conditions pour retirer un dossier. Pour le moment, j'ai un objectif: donner des concerts pour me permettre d'acheter enfin un violoncelle digne de ce nom. Alors, si vous pouviez m'aider à me produire, ce serait merveilleux.

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L'extraordinaire destin de Lise Cristiani (1827-1853)
Une violoncelliste française en Sibérie Orientale
Par Doris Franck

Lise Barbier-Cristiani, naît à Paris en 1827. Ses débuts en public au violoncelle à l'âge de 18 ans font sensation. C'est une Parisienne au grand charme, «élégante et sympathique, mais au son un peu léger», nous dit un critique de l'époque. Le roi du Danemark lui confère le titre de Virtuose de la Cour. Au cours d'une tournée en Allemagne en 1845, à Leipzig elle attire l'attention de Mendelssohn qui l'accompagne au piano et lui dédie sa Romance sans Paroles op 109. Les Suédois l'appellent « la Sainte Cécile de France».

Prenant exemple sur François Servais, qui s'était rendu à Saint Petersbourg en 1839, elle choisit de tenter fortune dans cette ville, mais un deuil à la Cour l'oblige à renoncer à ce projet.

Audacieuse et aventurière dans l'âme, Lise décide, en 1 848, de se lancer dans un périple vers les régions reculées de la Sibérie Orientale. Sa correspondance avec sa famille est un des plus pittoresques témoignages de voyageur.

Elle a 22 ans quand elle parvient à Irkoutsk. Elle est accompagnée d'une grosse femme de chambre russe, d'un vieux pianiste allemand, d'un officier supérieur russe qui dirige sa caravane... et de son Stradivarius de 1700, qu'on nommera plus tard le «Cristiani». Partout où elle passe, elle est reçue avec enthousiasme par les officiels et les exilés.

D'Irkoutsk, elle se dirige vers le Lac Baikal sur lequel un vent violent d'automne lui donne «le mal de mer sur de l'eau douce». Sous la protection d'un officier russe, elle et sa suite parviennent à Kiachta, à la frontière chinoise. L'arrivée de Lise et de sa caravane fait figure d'évènement. A son grand regret, les Chinois lui interdisent d'entrer en Chine. Elle visite la partie chi noise de la ville et s'enthousiasme devant l'architecture des maisons, et les intérieurs chinois somptueusement décorés de fleurs et d'oiseaux.

Un interprète lui permet de converser avec ses hôtes et de répondre aux questions qui lui sont posées sur les raisons de sa venue dans ces contrées lointaines, sa réponse étant «la pure curiosité». Invitée à dîner chez le notable de la ville qui «ignorait qu'il y eut un peuple français», on lui offre successivement 52 soucoupes de nourriture. Elle a apporté son pain et ses couverts, étant moins adroite à manier les «deux petits bâtons d'ivoire» que son archet. Le dîner est suivi d'une représentation théâtrale agrémentée «d'une effroyable musique» de tams-tams, de gongs et de cymbales.

Après un voyage en voiture traînée par des chevaux, elle rencontre des tribus bouriates qui lui font une escorte d'honneur de trois cent cavaliers, l'emmènent au triple galop vers leur temple où les Lamas exécutent des «symphonies diaboliques sur des instruments impossibles».

De retour à Irkoutsk, la soif d'exploration et l'insatiable curiosité de Lise ne faiblissent pas. Elle repart avec son Strad pour de nouvelles aventures sur le fleuve Léna. «Me voici donc embarquée encore une fois pour une folle entreprise. J'avoue que je commence avec plaisir un voyage qui va compléter l'originalité de ma vie d'artiste.»

Elle rencontre le peuple Toungouse:

«...de grosses têtes plus difformes que celles des Bouriates, de larges épaules, de longs cheveux incultes, hérissés, flottant en tous sens, et des haillons. Ce qui me frappa surtout, ce fut d'apercevoir sous ces corps robustes des jambes tellement grêles qu'elles ressemblent à celles du singe, et sont comme elles terminées par d'énormes pieds».

Son imposante caravane, dirigée par un Général russe, se compose de 7 chevaux et 6 Cosaques, du gouverneur de la ville et de son épouse, d'un docteur, des aides de camp et des secrétaires.

Acclamée par la population, bénie par un prêtre, la caravane et son Général partent prendre possession d'une des rives du fleuve Amour revendiquée par les Russes en conflit avec les Anglais dans ce secteur. Le général trouve original de voir participer à cette conquête «une Parisienne jouant du violoncelle, surtout si l'on tire le canon». Elle passe par Iakoutsk («un vrai trou») où sa caravane fait une entrée triomphale.

En juillet 1849, elle parvient à la mer d'Okhotsk et charme les baleines avec son violoncelle. «Comme, dans la soi rée précédente, Stradivarius avait jeté au vent et à la vague ses plus touchantes mélodies, on supposa que le cétacé avait été attiré par ces sons inaccoutumés; un naturaliste qui nous accompagnait ne dit pas non, et dès ce moment ce fut une opinion reçue à bord que les baleines, comme les tortues, étaient des dilettanti de premier ordre».

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Le coin des amateurs
Un diplomate violoncelliste

Pendant les années 1980, j'ai occupé pendant trois ans le poste de Conseiller Culturel au Sénégal, où j'avais naturellement emporté mon violoncelle. Vingt-cinq ans après la fin de la colonisation, le gouvernement français avait décidé de diminuer progressivement le nombre de postes de nos enseignants coopérants, considérant que le temps était venu de laisser aux Sénégalais le soin de prendre la relève. Mais, en m'apercevant que ce rapatriement avait commencé par celui de nos professeurs de musique au Conservatoire de Dakar, je me disais qu'il était bien paradoxal que ce fût un poète français qui avait écrit: « De la musique avant toute chose ».

En effet, dans le domaine de la musique classique, un nombre infime d'autochtones étaient formés pour assumer cette tâche, si bien que des professeurs soviétiques avaient pris notre relais et que, faute de trouver des partenaires africains, j'en étais réduit à faire de la musique de chambre et à donner quelques concerts avec un pianiste français, un violoniste arménien et un clarinettiste ukrainien. Un ami m'avait dit alors que j'étais de loin le meilleur violoncelliste du Sénégal,...puisque j'étais le seul. J'ajoute que lorsque j'ai raconté cette anecdote à Martin Lovett, le violoncelliste du Quatuor Amadeus, celui-ci n'a pas manqué d'ajouter, avec son humour typiquement britannique, que, pour la même raison, j'étais aussi le plus mauvais!

Pendant les dernières vacances de Noël, je suis retourné au Sénégal, et quelle ne fut pas ma surprise lorsque j'appris que, par un extraordinaire concours de circonstances, vingt ans après mon propre séjour, Stéphane Romatet, le Chef de notre Mission de Coopération, qui occupe l'appartement de fonction où j'avais moi-même logé, jouait aussi du violoncelle.

On trouvera ci-dessous le résumé de notre conversation.

Michel Oriano

Pouvez vous nous dire quelques mots de votre parcours professionnel?

En sortant de l'ENA, j'ai choisi de me lancer dans la diplomatie. Outre des séjours au Ministère des Affaires Etrangères et dans des cabinets ministériels, j'ai occupé successivement les postes de «numéro 2» dans les ambassades de France en Jordanie et au Canada. Depuis quelques mois, je découvre avec beaucoup d'intérêt le Sénégal, où je pilote notre mission de coopération.

La pratique de la musique, et singulièrement du violoncelle, n'est guère répandue parmi les personnels diplomatiques français. Il est miraculeux de constater qu'à vingt ans d'intervalle, deux d'entre nous aient fait résonner le même appartement du son de notre instrument.

C'est vrai. Mais je tiens à préciser que je ne me suis mis au violoncelle qu'il y a deux ans, le jour de mes 40 ans. Ceci dit, quel que soit mon niveau, j'ajoute d'emblée que cette pratique contribue de manière essentielle à donner un sens à ma vie.

Où étiez-vous lorsque vous avez commencé?

J'étais en poste à Ottawa. J'ai rencontré un professeur canadien qui n'avait pas l'expérience de l'enseignement aux adultes. Nous avons réfléchi ensemble à la manière de le faire, et, en quelque sorte, ce fut un passionnant travail pédagogique d'équipe.

J'ai d'abord passé un peu de temps à m'initier à la tenue de l'instrument. Plus que la main gauche, c'est l'archet qui me pose le plus de difficultés. Mais je parviens à jouer des petites pièces, à transcrire des airs connus, ... Vous n'imaginez pas le plaisir que cela me procure.

Deux ans de violoncelle, ce n'est pas beaucoup. Et pourtant vous semblez l'étudier avec le plus grand sérieux. Comment trouvez vous le temps de le faire?

Jadis, j'avais fait un peu de piano et de saxo. Mais, pendant vingt ans, je n'avais plus pratiqué de musique. J'ai réalisé que je n'étais plus que la moitié de moi-même.

Aussi ai-je décidé de m'atteler au violoncelle avec une persévérance à toute épreuve. Quelles que soient mes obligations et ma charge de travail, je m'arrange pour y consacrer au moins une heure par jour, et j'organise mon emploi du temps en fonction de cette tâche, que je considère comme fondamentale pour moi. Au point que je considère qu'un jour sans violoncelle est l'équivalent d'un jour sans amour. D'ailleurs, même à mon niveau, j'ai constaté que si j'arrête 4 ou 5 jours, je régresse...

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Pédagogie
Les Suites de Bach ou l'héritage de la vie

Par Frédéric Borsarello

Depuis mes débuts dans l'enseignement, une question ne m'a plus quitté: « A partir de quel âge doit-on faire travailler les Suites de Bach à nos élèves? » Les uns diront, « le plus tôt possible », les autres « dès que la technique est au point... » La technique: Justesse? Rythme? Technique d'archet? Qu'est-ce qu'une technique au point? Qu'entend-on par le plus tôt possible?

Malgré une volonté de méconnaître les difficultés ou un gentil mépris de la progression instrumentale de Bach, les Suites ne pré sentent pas toutes les mêmes problèmes. Peut-on comparer la fluide 1ère Suite, avec les galipettes de la 6ème , le labyrinthe alambiqué du prélude de la 4ème, avec la douceur de la 2ème? Mieux vaudrait donc parler alors d'une approche pédagogique adaptée à un niveau donné. Mais nous sommes encore assez loin de parler d'interprétation... Age? Niveau? Ca y est, on retombe encore dans les questions! Mais comment ne pas s'en poser quand on doit gravir l'Everest! Alors allons-y, montons! Mais que de matériel pour l'atteindre, que d'heures d'entraînement technique pour y accéder! Combien d'années de préparation, de conseils, d'essais sur les petits rochers du Mont Bréval ou des Massifs du Mont Romberg ou encore les montagnes russes des Monts Davidov!

Alors on se dit, «cet élève semble mûr pour la ballade». Et on commence un Prélude. Au hasard... celui de la l niveau de 3e ou 4' année. La justesse et le rythme sont au point (presque...): l'aventure peut commencer. Tout fier d'avoir été proposé à l'escalade, les premières questions se posent à l'élève: Quels doigtés, quels coups d'archet? Quelle édition dois-je acheter?

Moi et (beaucoup d'autres...) répondons: Procure toi un fac similé: celui d'Anna Magdalena, ou bien celui que des élèves de Bach ont recopié (car, comme chacun sait, l'original a disparu), et puis tu mettras tes propres articulations. Voyons, c'est toi qui vas jouer, et sur ton propre violoncelle!

Et là commencent les vrais problèmes. Devant l'Himalaya, l'étudiant semble perdu: tant de détails l'affolent, lui qui est habitué aux doigtés «proposés».

« Ces petits détails techniques » l'amènent à la véritable difficulté, mais aussi à une recherche passionnante. On sait que les articulations et les doigtés peuvent changer totalement le style d'une interprétation. Un passage d'une corde à l'autre donnera une couleur particulière et choisie, qui émane de l'interprète seul, un doigté mal préparé amène une glissade, (qui doit être voulue), ou bien à une rupture du phrasé. Alors à partir de ces niveaux, doit-on imposer « ces petits détails » qui font les grandes rivières et anéantissent le choix de l'élève? Pour les glissades, je crois que oui, mais seule ment pour elles... Mais là encore, je trouve ma position arbitraire. Une autre solution. On décide de donner ses doigtés et coups d'archet, mûris par l'expérience de la scène. Détails reçus plusieurs années auparavant par nos maîtres. Bonne ou mauvaise interprétation mais en tout cas, modifiée par l'évolution de notre vie.

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