Revue n° 9 - Novembre 2003

Sommaire de la revue:
Editorial
Courrier des lecteurs
Informations
Archives
L'Évangile des violoncellistes
Entretien avec Jean Deplace
Boccherini, victime du violoncelle
Pédagogie
Le coin des amateurs
Le coin des écrivains
Disques

Éditorial

Merci à ceux de nos lecteurs qui, en nous soumettant leurs idées, leurs témoignages et des articles, nous aident à accomplir notre tâche. Dans ce numéro 9, nous publions notamment un entretien d'Edouard Sapey-Triomphe avec Jean Deplace, Professeur au CNSMD de Lyon, le récit d'une expérience pédagogique menée également dans la région Rhône-Alpes par Sylvie Dubosc, les souvenirs d'un violoncelliste amateur du Pays de Gex qui assuma la direction de l'orchestre de la Garde Républicaine, un message de M Saint-Sevin concernant ses célèbres homonymes bordelais du 18ème siècle, une conversation avec Marc Coppey, qui vient d'enregistrer les Suites de Bach, une lettre du Stéphanois Georges Joly consacrée à Pierre Penassou, ainsi que la rubrique habituelle de Marie-Paule Milone consacrée aux disques.

Nous attachons également de l'importance à l'iconographie. Outre son caractère divertissant, ainsi que le démontre Pierre Lagoutte, qui commente le tableau de Corot reproduit sur notre dernière  couverture, les images constituent un langage au delà des mots. Par delà le plaisir du regard, par le biais de leur art, souvent teinté d'humour, sculpteurs, photographes, peintres et dessinateurs expriment un «point de vue» éclairant. Enfin, nous poursuivons notre rubrique «Le Coin des écrivains», où des hommes de lettres livrent leurs analyses à notre réflexion, comme c'est le cas ici de Jean-François Pratt et de Pascal Quignard, qui abordent l'inépuisable sujet des relations entre le violoncelle et le corps humain.

Michel Oriano, président de l'Association française du violoncelle.

Retour au sommaire

 

Luigi Boccherini
Le corps malmené des violoncellistes 

Rhizarthrose droite, épicondilyte gauche, scoliose: Luigi Boccherini a beaucoup payé de sa personne sa passion pour le violoncelle baroque.

 

Franck Perruchot nous a fait parvenir l'article ci-dessous, extrait d'une revue médicale, où, malgré l'introduction de la pique et l'augmentation des dimensions de l'instrument, l'auteur met en garde les violoncellistes contemporains.

"L'exhumation à Lecca (Toscane) des restes de Luigi Boccherini à permis d'examiner son squelette et de voir Si ses lésions ostéo-articulaires pouvaient être rattachées à son art, cela en regardant un violoncelliste actuel jouer l'un des adagios de Boccherini à l'aide d'un violoncelle baroque.

Le violoncelliste tire et pousse son archet sur les cordes de son instrument; d'où des mouvements d'expansion et de flexion du pouce. Soumis à ces mouvements répétés des millions de fois, Boccherini avait, au niveau du pouce droit, une rhizarthrose. La main gauche tient le manche du violoncelle et les doigts se déplacent sur les cordes; l'épaule, le bras et le coude se déplacent constamment. Cela a provoqué chez l'artiste italien une épicondylite gauche.

Le violoncelle baroque est plus petit que le violoncelle normal et ne possède pas de pique destinée à le maintenir au sol. Le musicien doit tenir son instrument serré entre les genoux et les jambes. Ce qui a pu provoquer le varus des tibias chez Boccherini.[...]

 

R.Ciranni et G. Fomaccieri, Université de Pise, 2002

Retour au sommaire

 

Archives

A la suite de l'article rédigé par Xavier Gagnepain dans le n° 7 de notre revue, les éditions Fuzeau (www.fuseau.com) nous ont signalé qu'elles se préparaient a publier le fac-similé des études rédigées par Jean-Louis Duport, après le volume où sont reproduits d'autres «méthodes et traités» de violoncelle français datant du 18ème siècle, signés par S. de Brossard ("Dictionnaire de la musique'; 1703), M Corette («Méthode théorique et pratique», 1741), Ancelet («observations sur la musique» 1757), H.N. Lepin («Six sonates pour le violoncelle», 1772), F Cupis ("Méthode nouvelle et raisonnée", 1772), J Tillière ("Méthode pour le violoncelle" 1774), PH Azaïs ("Méthode de basse", ca 1775), JB. de Laborde ("Essai sur la musique", 1780), NE. Framery et P.L. Ginguené ("Encyclopédie méthodique", 1788), JM Raoul ("Méthode de violoncelle").

Nous reproduisons quelques extraits de ce dernier volume réalisé par Jeanne Roudet.

[...]

Retour au sommaire

 

L'Évangile des violoncellistes
Entretien avec Marc Coppey

Dernier en date des enregistrements des Suites de Bach, celui de Marc Coppey sort ce mois ci chez les disquaires. Nous en avons profité pour bavarder un peu avec Marc, professeur aux CNR de Strasbourg et de Pans, en profitant d'une de ses escales parisiennes entre deux tournées en France et dans le monde.

En général, chez les instrumentistes, pupitres et partitions occupent l'espace. Chez toi ils semblent tout petits comparés aux grands tableaux sur lesquels travaille ton épouse Caroline.

J'ai la chance d'être un musicien qui vit dans la peinture. l'an dernier, j'ai joué les pièces de Franck Krawczyk et la 5e Suite pour le Festival octobre en Normandie sur une scène où étaient exposées des grandes peintures de ma femme, en lien avec l'architecture du concert. C'est une expérience extraordinaire qui change le rapport avec les spectateurs: le fait que les feux des projecteurs ne soient pas braqués uniquement sur le musicien allège l'égocentrisme de l'interprète et nous fait jouer différemment.

Commençons par te demander comment tu t'es mis au violoncelle: c'est une question rituelle, mais il est fascinant d'apprendre comment et pourquoi des enfants ont choisi tel ou tel instrument.

Né à Strasbourg, je suis alsacien de coeur, mais je récuse ceux qui se définissent par leur origine géographique. Ce que je peux dire, c'est que j'ai été élevé dans cette ville où on aime et on respecte la musique et les musiciens. C'est là qu'à l'âge de quatre ans, en entendant le premier Sextuor de Brahms, j'ai déclaré que je voulais faire du violoncelle.

Au CNR, Jean Deplace a été un merveilleux professeur qui m'a notamment appris combien le violoncelle peut chanter. Puis, à Paris j'ai intégré la classe de Philippe Muller, un maître à la fois rigoureux et souple, qui sait très bien, en fonction des qualités individuelles des uns et des autres, les orienter, les cadrer. Et puis le niveau de la classe était très bon: songe que j'étais avec Henri Demarquette, Raphaël Pidoux, Xavier Philips, et bien d'autres...

Puis, j'ai passé des concours, et, à 18 ans, j'ai remporté le concours Bach à Leipzig, qui était celui qui me tenait le plus à coeur.

Et je fais aussi partie de ceux qui ont eu le privilège de suivre à Bloomington les cours de Starker, un maître qui sait beaucoup de choses et qui sait les communiquer. il est un des seuls grands interprètes à avoir une intelligence et une générosité exceptionnelles.

Et à ton retour, tu as commencé une carrière de soliste. Tu faisais partie du peloton de tête des jeunes espoirs de ta génération, et pourtant, à 25 ans, tu as décidé de t'intégrer au Quatuor Ysaye, au risque d'abandonner ta carrière de soliste.

En vérité, dès cet âge là, j'avais déjà exploré la plupart des grandes oeuvres du répertoire pour violoncelle, mais il me manquait quelque chose d'essentiel que je savais ne pouvoir trouver que dans la musique de chambre ou l'orchestre. l'a musique implique une fusion dont le quatuor constitue à mes yeux une des meilleures expressions. Pour avancer, j'avais besoin de ne pas me sentir confiné dans un rapport exclusif avec mon instrument, car la musique est un rapport entre les choses et que le violoncelle a cette capacité extraordinaire de permettre d'endosser des registres différents. Nous avons joué beaucoup de répertoire: par exemple l'intégrale des quatuors de Beethoven et de la musique de chambre de Brahms, etc.

Mais en rejoignant les Ysaye, j'avais dit que je voulais garder du temps pour faire de choses seul. Au bout de cinq ans, le planning du quatuor ne me le permettait plus, et je suis revenu.[...]

[...]Dans le livret qui figure dans le coffret de tes disques, on relève une très jolie formule: "Au commencement la suite".

C'est le titre d'un très beau texte de Jean Lauxerois qui souligne par là la place de l'interprétation. Cette musique est à la fois l'alpha et l'oméga. Je dis souvent que dans les trois premières suites, Bach invente le violoncelle, en explorant les tonalités naturelles de l'instrument (sol, ré, ut). Et dans les trois dernières, il le réinvente. Le mi bémol majeur de la quatrième est contre nature puisque peu d'autres tonalités ont moins de résonances harmoniques sur le violoncelle: on est dans une forme de contrainte d'où découle une richesse dramatique. C'est une suite de conflits, d'oppositions. Dans le prélude, entre rythme contraint et rythme libre, puis dans la courante entre rythmes binaires et rythmes ternaires; avec une sarabande qui s'éloigne le plus possible de la sarabande classique, puisqu'elle omet presque toujours l'insistance sur le deuxième temps; c'est la seule suite comportant des bourrées dans la même tonalité avec des différences de longueur et de caractère considérables.

Dans la 5e, en ut mineur, Bach ne se satisfait plus de l'accord de l'instrument: la scordature nous rapproche de la viole (le quarte ré-sol); c'est la plus explicitement polyphonique des six, la seule suite à la française.

Et dans la 6e, Bach s'affranchit encore un peu plus des limites de l'instrument puisqu'il ajoute une corde. Cette nouvelle tessi­ture enrichît l'instrument; il anticipe sur l'évolution du violoncelle, puisque, quelques dizaines d'années plus tard, avec Boccherini, Haydn, etc., le violoncelle à quatre, voire à cinq octaves, s'impose, mais avec quatre cordes.

Pour conclure, je dirai que tout commence et finit avec Bach, dont Schumann disait: "Faites du Clavecin bien tempéré votre pain quotidien: il fera de vous à lui seul, un bon musicien".

Retour au sommaire

 

Pédagogie
Le sixième continent 

Une expérience collective originale et passionnante menée par Sabine Dubosc, professeur de violoncelle dans la région Rhône-Alpes

Enseignante à l'ENMMA de Chassieu, il nous a été proposé il y a deux ans, un projet d'école qui devait réunir toutes les classes désirant y participer (classes d'instruments, de formation musicale, de danse...)

En coproduction avec le théâtre de la ville et après une année de préparation, ce projet s'est orienté sur le thème des cinq continents, sous forme de 3 spectacles (donnés 2 soirs chacun). .Il devait rassembler les élèves et professeurs de l'école, deux comédiens se chargeant de faire le lien entre les différentes prestations (texte élaboré sur le thème du "Tour du monde en 80 jours" de Jules Vernes), ainsi que toute la technique qu'un tel projet nécessite (son, lumière, costumes, vidéo, communication...) Notre tour du monde s'est effectué au cours de l'année scolaire 2002-2003 en 3 volets: Europe/Asie-Afrique/Amérique-Océanie.

Ce fut pour moi une très belle occasion de satisfaire un lointain désir de rassembler tous les élèves de ma classe (enfants, ados, adultes de tous niveaux) pour faire un grand ensemble de 14 violoncelles. La tâche n'était pas simple, tant du point de vue musical (grande disparité des niveaux) que de l'organisation des répétitions (je suis à temps complet dans 3 écoles, et ma classe se compose à Chassieu, de 8 "enfants" et 6 adultes ayant des disponibilités très différentes). De plus, mon objectif pédagogique était de permettre à chaque élève de jouer (à son niveau) aussi bien des motifs thématiques que des motifs d'accompagnements, afin que chacun puisse découvrir les différents rôles que le violoncelle peut tenir dans la musique en général.

Une seule solution s'imposait à moi, faire mon propre arrangement, car les parties d'ensemble existantes correspondent rarement à la disparité de niveaux que nous ressentons plus, à mon avis, dans nos plus petites structures. Le premier volet (Europe) me donna envie de partir sur un thème d'Europe de l'Est que je connaissais (cette musique me touche particulièrement). J'en possédais une "partition" comprenant 3 voix: le thème principal; quelques motifs de contrechant ; une basse type sur des accords simples.

 

L'idée m'est alors venue de proposer à 4 élèves de fin de Cycle Il début Cycle Il de m'aider à arranger cette partition. Ils ont ouvert des yeux gros comme des billes, mais l'aventure les a tentés. La partition qui devait nous servir de base durait 30 secondes, et nous devions en faire un morceau de 3 minutes environ.

 

 

Dans un premier temps et après avoir lu la partition telle quelle, je leur ai demandé d'expérimenter tout ce que cette musique pouvait leur inspirer Au fil du travail, cela nous a permis de répertorier tout un ensemble de motifs rythmiques, harmoniques, de trouver différents modes de jeu, de voir se dessiner des traits de caractère, de couleurs, d'ambiances ... en bref, un véritable vivier sonore.

Puis vint le moment de la construction du morceau en lui-même. Nous avons d'abord essayé d'élaborer une introduction qui devait énoncer de façon simple le thème principal (2 X 4 mesures). Après différents essais infructueux (canon, échange de voix), ils ont eu envie de jouer chacun une mesure, le 1er maintenant sa dernière note pour accompagner le 2ème, et ainsi de suite, pour finir le motif sur un accord à 4 sons suspensifs pour la reprise, conclusif pour la seconde fois. Ils ont d'ailleurs trouvé eux-mêmes l'harmonisation du thème en fonction de l'entrée de chacun.

A partir des différents modes de jeu expérimentés (pizz, trémolo, con legno, cliquetis sur les cordes, frappés sur la caisse... ) toute la classe a créé une ambiance sonore dans le caractère de la pièce, sur laquelle un élève plus avancé a pu improviser un motif en guise de prélude. Les motifs rythmiques ont servi de squelette à la base, des motifs percussifs ont enrichi l'harmonisation...

 

Au bout de 3 semaines de recherches collectives, il ne me restait plus qu'à orchestrer le tout pour 14 violoncelles. Après un premier essai qui révélait un déséquilibre certain entre le thème (trop peu d'élèves avancés pour le jouer) et les différents accompagnements, ainsi qu'un objectif pédagogique pas tout à fait atteint (certains ne jouant que la basse ou les effets), il fallut trouver une autre orchestration. A mes risques et périls, j'ai doublé le thème à l'octave grave, réorganisé la répartition des contrechants et des accompagnements, ce qui demanda un effort de progression conséquent à la plupart des élèves. Mais cela généra un élan de motivation, d'entraide et une émulation telle au sein de la classe, que le morceau fut prêt en trois semaines (mise en place, équilibre, justesse).[...]

Sabine Dubosc
Professeur à l'École Municipale de Musique Danse Agrée de Chassieu (Rhone)

Retour au sommaire

 

Le coin des écrivains
L'homme violoncelle 

 

Cet homme-violoncelle est une illustration issue du livre de Ludwig Holberg . Hafniae et Lipsiae, publié en 1754 â Copenhague. Dans ce texte, l'auteur marque son époque en explorant le thème de « la Terre creuse » : il crée une langue et une littérature entière dont avant lui, il n'existait que des éléments disparates. Cet  ouvrage, où le genre fantastique et l'utopie se mélangent, met en scène le héros, Nicolas Klim, qui tombe dans un gouffre et découvre la planète Nazar. Il y rencontre des êtres très étranges et très amusants, dans des mondes divers; en Potu (Utop), la liberté de religion et de pensée, l'égalité des sexes sont entrés dans les moeurs et la loi; à Lalac, sorte de pays de Cocagne où coulent des fleuves de lait et de miel, les habitants vivent dans l'indolence; à Quanso, où la douleur était inconnue, la vie est devenue insupportable d'ennui... Ici, au contraire, la musique adoucit les rnoeurs.

Retour au sommaire

Informations
Rencontres 

Les Trois jours du violoncelle.

En collaboration avec l'AFN, le Conservatoire du 11ème arrondissement de Paris organisera «Les Trois jours du violoncelle» les 4, 5, et 6 février 2004, auxquelles sera notamment invité Philippe Muller. Des masterclasses, et des concerts des plus grands seront donnés, ainsi qu'une pièce de théâtre écrite pour l'occasion par Frédéric Borsarello.

[...]

Livres

[...]Voici d'autre part quelques titres de romans pour les jeunes ayant pour thème le violoncelle

- Contes en forme de violoncelle, contes pour enfants (Claire Godfarb et Nathalie de Pierpont). 
www.jeunessesmusicales.be

- Minna joue du violoncelle (Patricia MacLuhan). Portrait de Minna, adolescente à la recherche de son vibrato. Ses relations avec son ami Lucas, Mozart, sa famille. 
www.amazon.fr

- Un Amour de violoncelle (Christian Grenier, Alexandre Bonnefoy). Pour pouvoir écrire dans le journal du collège, le rédacteur en chef confie à Arthur un reportage sur la mystérieuse Ariona, célèbre violoncelliste, qui est la seule à pou­voir jouer de son instrument. Arthur se propose d'élucider l'étrange relation qu'elle entretient avec son instrument. 
www.amazon.fr

- Opération violoncelle (Micheline Gauvin). Editions Vents d'Ouest. Pour les 10 à 12 ans.
Zabi est handicapée. Une occasion inespérée lui est donnée de mener une enquête passionnante: on a volé le violoncelle de tante Herrnine, un instrument d'une très grande valeur...

 

Internet
http://perso.wanadoo.fr/saint-sevin

Auteur de ce site, Marcel Saint-Sévin nous a indiqué que, «simplement par curiosité et parce qu'ils portaient le même nom que nous, mon frère et moi avons entrepris une enquête sur les Saint-Sévin, un violoniste et deux violoncellistes du 18ème siècle, au sujet desquels nous avons fait des découvertes qui ne figurent nulle part ailleurs...

Sur ce site, l'on découvrira notamment l'histoire inédite des trois frères, dont l'un, Pierre dit «l'Abbé l'aîné» (Bordeaux 1695-Paris 1768), qui figure parmi les premiers héros de notre instrument, à l'époque où il se. trouvait encore en concurrence avec la viole de gambe. Au fil de la lecture, l'on rencontrera Sainte Colombe, Telemann, Pergolese, Jean-Marie Leclair, Mondonville, Rameau, Boismortier, Jean-Baptiste Stuck, ou encore Hubert Le Blanc, défenseur acharné de la viole et qui dénonçait les «prétentions du violoncelle, instrument criard, perçant et dur, incapable de disputer de la viole la délicatesse de son toucher et son harmonie fine de résonance». Les métaphores martiales figurent également dans les discours des violoncellistes, à en juger par cette phrase de Laborde:

«C'est l'Abbé Saint-Sévin qui a fait tomber la viole par la belle qualité de son qu'il tirait de son instrument».

Les auteurs du site signalent également que Pierre-Philippe, dit «l'Abbé le cadet» (Bordeaux 1698-Paris 1777), «lui aussi violoncelliste, musicien du Roi, de l'Opéra et de la Sainte Chapelle restera dans l'ombre de son frère, son égal en talent et en virtuosité».

Sans oublier Joseph-Barnabé dit "l'Abbé-le fils" (1727-1791), violoniste exceptionnel, auteur des «Principes du vio­lon», la meilleure méthode française de son époque.[...]

Retour au sommaire

 

Le coin des amateurs
Un papy violoncelliste 

Monsieur Emile Monmège, violoncelliste amateur et ancien chef de l'Orchestre de la Garde Républicaine, a rencontré Marc Coppey qui lui a demandé de lui adresser une lettre destinée à être publiée dans notre revue, et dans laquelle il évoque quelques-uns de ses souvenirs.

En préambule, M. Monmège, âgé de 93 ans, nous a indiqué qu'il a toujours été "obsédé par la musique" et qu'au début du siècle dernier; alors qu'il aidait son père, peintre en bâtiments, à"barbouiller un immeuble" dans lequel répétaient un violoniste et un violoncelliste mexicains, il s'est pris de passion pour notre instrument auquel il s'est initié. il a alors décidé de faire carrière dans la musique militaire, sans jamais se séparer de son Bernardel, qui l'a accompagné dans toutes ses pérégrinations, y compris pendant les campagnes d'Indochine et d'Afrique. Des grands maîtres, comme Maurice Maréchal, lui ont dit que pour un amateur son niveau était exceptionnel

En évoquant mes souvenirs de vieil obsédé du violoncelle, que je suis resté, vous paraissiez intéressé par les épisodes où j'avais eu l'occasion d'entendre Casals, Fournier, Navarra, Tortelier, Gendron, Janos Starker, etc. Sans parler de mon grand plaisir à suivre à la télévision le jeu de ces artistes (lorsque le cameraman ne promène pas son objectif sur un détail d'architecture).

J'avais retenu, en particulier, le doigté de Jacqueline Du Pré dans la sonate en sol de Beethoven. Au niveau de la 3e position, elle utilisait son pouce, en sillet, évitant l'extension à la première position. Cela m'a permis, personnellement, de triompher de la difficulté à exécuter correctement, ce passage de la sonate.

J'ai appris seul, à Gex, à tirer l'archet, et maîtriser les positions sur le manche du violoncelle, en m'appliquant, insuffisamment, à exécuter les exercices de la méthode Feuillard.

C'est dire la précarité de ma technique. Celle de l'archet, surtout, que j'ai un peu améliorée au fil du temps. Toutefois, ma bonne mémoire m'a permis d'apprendre par coeur la musique que je jouais médiocrement. Les six suites de JS Bach, les sonates de Beethoven, celle de Brahms, en mi mineur, le cahier de Schumann, sont gravées dans ma tête de vieillard note après note. Je n'ai pas oublié non plus les petites oeuvres tellement plébiscitées par les auditeurs, pièces souvent espagnoles, jouées en bis, après les récitals des violoncellistes.

Au cours de ma carrière militaire, en traînant les pieds rue de Madrid à Paris, lors de mes retours de campagnes lointaines (Indochine, Afrique), je me suis parfois mêlé aux élèves de Maurice Maréchal et de Paul Bazelaire.

J'écoutais les propos de ces jeunes, à mon avis irrespectueux, cruels, injustes, ingrats envers leurs maîtres : «Bazelaire, c'est un bon pianiste, mais il ne sait pas jouer du violoncelle. Maurice Maréchal, joue bien du violoncelle, mais il ne sait pas pourquoi ».Voilà ce que j'entendais!

J'ai été auditeur de ces professeurs. Leurs élèves exagéraient, méchamment sans doute, mais leurs jugements, féroces, n'étaient pas complètement dépourvus de justesse. J'ai le souvenir du concours de 1946: Guy Fallot, élève de Bazelaire, premier nommé, après une seule année de conservatoire. Je l'avais mentalement désigné premier, avant le jury, tellement j'avais admiré cet adolescent de 17 ans dans l'exécution de la courante de la sixième Suite de 15. Bach et du premier mouvement du concerto de Dvorak. Guy Fallot, et sa soeur Monique, ont connu le succès en parcourant le monde occidental.

Les élèves de Maurice Maréchal reproduisaient parfois, dans leur jeu, certains tics de leur maître. Les vieux enregistrements, écoutés attentivement, prouveraient, certainement, ce que j'ai entendu aux concerts de Maréchal à Lyon ou à Paris: une petite note en appoggiature, ajoutée parfois au texte, sur la ligne mélodique. Les élèves, à leur tour, imitaient le maître. vieux souvenirs!

En relisant la chronique de l'Association, je suis intéressé par certains témoignages. Je retrouve, par exemple, sous la plume de Nelly Pasquier (revue 4, page 5) son jugement sur Paul Bazelaire que je partage entièrement. C'était un grand Monsieur de la Musique, et un pédagogue distingué du violoncelle. J'ai sous les yeux un programme du 14 juin 1953 à la Sorbonne. J'y figurais avec ma formation, en même temps que Paul Bazelaire...

Emile Monmège

Retour au sommaire

 

Entretien avec Jean Deplace

Professeur au Conservatoire National de Lyon, Jean Deplace vient de prendre sa retraite pour céder son poste à Anne Gastinel. Nous publions ci-dessous l'entretien qu'il a accordé à son assistant, Edouard Sapey-Triomphe, violoncelle solo à l'Orchestre National de Lyon.

Vous avez été l'un des derniers élèves de Maurice Maréchal.

Je suis en effet entré au Conservatoire à la fin de sa vie, et j'ai été son dernier "premier prix". Il ne jouait plus. Il me faisait beaucoup penser à mon propre père : nous n'avions pas besoin de grands discours pour communiquer. Quand je lui jouais quelque chose, il suffisait d'un regard, d'un petit mot, pour que je comprenne ce qui allait et ce qui n'allait pas.

Il semble que cette sobriété, cette simplicité dans les rapports, aient également marqué votre propre enseignement.

Oui, et j'ai aussi beaucoup appris en observant les chefs d'orchestre. Les grands chefs sont ceux qui parlent le moins. Quand on arrête un musicien, il faut avoir une bonne raison de le faire. Ensuite, même Si on a dix remarques à faire, il ne faut pas les énoncer toutes à la fois. Avec mes élèves, je fais travailler une chose, puis, quand celle-ci est réglée, on passe à une autre.

Quel répertoire Maurice Maréchal faisait-il travailler?

Avant de le connaître, j'avais été formé à "l'école Goltermann, Romberg et Davidoff" (ce qui, soit dit en passant, ne fait de mal à personne !) Mais, comme on écoutait beaucoup moins de disques qu'aujourd'hui, j'ignorais l'existence de beaucoup de grandes oeuvres pourtant fort connues. Lors du concours d'entrée au CNSM, 50 % des morceaux joués par les autres candidats m'étaient totalement inconnus.

En général, à chaque cours de Maréchal, on devait présenter des gammes pendant sept ou huit minutes ; puis on jouait un ou deux mouvements de Bach, suivis d'un mouvement de concerto et d'une étude de Popper. Dans mon cas, ceci s'est révélé très formateur. En très peu de temps, j'ai assimilé pratiquement tout le répertoire classique et romantique.

Qu'avez-vous fait en sortant du Conservatoire?

Maréchal est décédé quelques mois après mon prix, et je me suis trouvé complètement désemparé. D'un côté, je savais que j'avais encore beaucoup à apprendre; mais en même temps, je sentais qu'il fallait que je cultive cette approche du violoncelle que j'aimais, et que j'avais développée chez lui. Aussi ne suis-je pas allé chercher un autre maître. Au mois de décembre suivant, j'ai remporté un concours qui s'appelait "la Guilde des artistes solistes", et, en 1966, après mon service militaire, je suis entré à l'Orchestre de Monte Carlo.

En même temps, vous avez présenté tous les concours internationaux, où vous avez gagné de nombreux prix.

Oui, car l'orchestre me laissait du temps pour travailler mon instrument. Dans ma position de tuttiste au dernier pupitre, chaque fois que je voyais passer un solo de violoncelle, je le préparais comme si j'avais eu à le jouer, si bien que le jour où j'ai dû exécuter le solo du 2è concerto de Brahms, il n'y a pas eu lieu de dire "Sauve qui peut!", car je le savais par coeur!

A la même époque, au cours des festivals du Palais de Monte Carlo, j'ai rencontré des musiciens de grande pointure, à qui j'ai joué des sonates et des Suites de Bach, pour recueillir leurs conseils, bien qu'ils ne fussent pas spécialistes du violoncelle, car plutôt que d'obtenir des indications de coups d'archet ou de doigtés, je cherchais à approfondir l'approche conceptuelle de mes interprétations. C'est ainsi que j'ai rencontré Paul Klevski, Sir John Barbirolli, George Szell, Nadia Boulanger, Francescati, Menuhin, Pierre Fournier, Rostropovitch. Chacun d'entre eux m'a beaucoup apporté.[...]

Retour au sommaire

 

 

 

 

L'autre coin des écrivains
Le Violoncelle et la voix, ou de la mue du violon. 

Oeuf, larve, nymphe, adulte - on compte jusqu'à sept états. L'oeuf est suivi des quatre mues de la chenille suivies de la chrysalide suivie du papillon. J'ai tenu la partie de violon jusqu'à l'âge d'une voix plus grave. Puis, la barbe hirsute, j'ai tenu la partie d'alto. Puis, la face glabre, j 'ai tenu la partie de violoncelle...

Les femmes persistent et meurent dans le soprano. Leur voix est un règne. Leur voix est un soleil qui ne meurt pas. Les hommes perdent leur voix d'enfant. Ce sont les êtres à deux voix - des sortes de chant à deux voix. On peut les définir à partir de la puberté humains que la voix a quittés comme une mue. En eux, le non-langage, le réel, c'est la robe du serpent[...]

Pascal Quignard : La leçon de musique, Gallimard, 1987, coll.Folio

Retour au sommaire