Revue n° 8 - Juillet 2003

Sommaire de la revue:
Editorial
Informations
Jean Brizard, un grand de l'école française
Pourquoi Beethoven ne nous a pas laissé de concerto pour violoncelle
Pédagogie
Lutherie
Une violoniste violoncelliste
Les frères Jacques
Le coin des amateurs
Le coin des écrivains
L'Evangile des violoncellistes
Oeuvres du répertoire
Des projets qui pourraient voir le jour
Disques
L'AFV à Musicora

Éditorial

Deux événements ont marqué la vie de l'AFV au cours de printemps: notre présence sur le salon Musicora, et la masterclass de Luis Gracia-Robert, organisée par Musical Passages, avec notre soutien.

Pendant les cinq jours du salon Musicora à la Vîllette notre stand n 'a pas désempli de visiteurs. Beaucoup ont pris connaissance de notre revue et de l'existence de notre site Internet ; d'autres en ont profité pour adhérer ou renouveler leur cotisation 2003, ce qu 'ils avaient omis de faire par négligence. Si nous comptons ceux qui ne se sont pas encore mis à jour pour l'année 2003, plus de 560 violoncellistes professionnels ou amateurs, luthiers, compositeurs et mélomanes nous ont rejoints à ce jour.

Des ouvrages consacrés au violoncelle ont été dédicacés, ainsi que quelques disques, parmi lesquels figurait «Traverses », l'enregistrement du Duo Goyescas dont nous avions parlé dans le numéro 6 de notre revue (Harmonia Mundi).

Le samedi, Agnès Vesterman a joué sur notre stand l'instrument inventé par le sculpteur polonais .Andrezj Krol (voir p. 20). Le lendemain, dans une salle affectée spécialement à 1'AFV Jean-Philippe Audin (1) a interprété ses très belles Variations sur le Prélude de la 1ère  Suite de Bach devant un public nombreux et enthousiaste (cf. l'interview dans notre numéro 7). Puis, sous la direction d 'Annie Cochet, de Frédéric Loisel et de Jean-Marie Gamard, petits et grands des CNR d'Ile de France ont rendu hommage aux violoncellistes-compositeurs des 18ème et 19ème siècles dans une ambiance chaleureuse et festive.

A l'issue de ces concerts, nous avons tenu notre assemblée générale, dont nous avons rendu compte aux membres de notre association, et au cours de laquelle plusieurs projets ont été esquissés. (voir Pi 7)

Par ailleurs, la masterclass de Luis Garcia-Robert n'a malheureusement pas attiré autant de participants et de public que nous l'espérions. Ceci est d'autant plus regrettable que ceux qui y ont assisté ont unanimement apprécié ce professeur américain d'origine brésilienne, malheureusement trop peu connu dans notre pays.

En conclusion, dans les limites de ses ambitions, l'on peut dire que, deux ans après sa création, l'AFV se porte plutôt bien. Quitte à me répéter j 'ajoute une fois de plus qu'il revient à nos adhérents de continuer à la f aire vivre en contribuant à alimenter notre site Internet et notre revue, en nous faisant part de leurs expériences, en nous soumettant leurs idées et en nous aidant à les réalise,:

Michel Oriano, président de l'Association française du violoncelle.

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Le coin des écrivains

L'écrivain allemand Hermann Hesse passait ses vacances dans la ville suisse de Samedam où séjournait également Pierre Fournier: Il relate ainsi leur rencontre :

« Pierre Fournier me proposa amicalement de jouer pour moi en privé. Comme il repartait prochainement, ce concert devait avoir lieu le lendemain (de notre rencontre). Il se trouva que c'était un jour malencontreux, un de ces mauvais jours de mal-être, de contrariété, de lassitude et de sinistre humeur qui nous sont donnés par notre entourage ou par les impulsions mal maîtrisées de notre coeur, même à ce stade où la vieillesse nous a fait venir. Je dus presque me forcer pour me rendre à la chambre du musicien à l'heure convenue, tard dans l'après-midi ; avec mon irritation et ma maussaderie, je me faisais l'impression de devoir m'attabler à un banquet sans avoir fait toilette avant. J'y allai néanmoins, entrai, pris la chaise qu'on m'offrait, le maître s'assit, accorda l'instrument et voici qu'au lieu de cette atmosphère de fatigue, de déception, de mécontentement contre moi-même et le monde, je fils environné sur le champ par l'ambiance pure et sévère de Jean-Sébastien Bach

il me semblait que dans cette si haute vallée dont le charme avait si peu agi sur moi ce jour-là, j 'accédais soudain à un univers montagneux plus élevé encore, plus clair et plus cristallin qui ouvrait, aiguillonnait, aiguisait tous mes sens. Ce à quoi je n'étais pas parvenu par moi-même de toute la journée : sortir du quotidien pour rejoindre la Castalie, la musique me le donnait en un instant. Je restai là une heure ou une heure et demie, écoutant deux suites de Bach avec seulement une brève pause et quelques mots de conversation entre elles, et cette musique jouée de façon vigoureuse, précise et mordante me rassasia comme du pain et du vin tendus à ceux que tourmentent la faim et la soif; ce tilt comme une nourriture et un bain qui aidèrent mon âme à retrouver son courage et son souffle. Cette province de l'esprit que je m'étais constituée comme un asile salvateur, lorsque j 'étouffais au milieu des ordures de la honte allemande et de la guerre, elle m'ouvrait à nouveau ses portes et m'accueillait pour cette grande fête, grave et joyeuse, qui ne peut s'accomplir complètement dans une salle de concert. Guéri, je me retirai et je me suis nourri longtemps encore de ce moment.»

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Oeuvres de répertoire
Edmund Rubbra : Sonate en Sol mineur, op.60.

Les compositeurs modernes mettent parfois longtemps à traverser les frontières. Ceci est sans doute particulièrement vrai pour les Britanniques, et l'on constate que la Manche constitue encore une barrière.

Le cas d'Edmund Rubbra (1901 - 1986) illustre ce phénomène, et l'on peut déplorer notamment que sa sonate pour violoncelle et piano ne figure guère dans le répertoire de nos concitoyens. Pierre Doumenge, un Français expatrié en Grande-Bretagne où il enseigne à la Menuhin School, constitue une exception, et l'on peut se réjouir qu'il l'ait enregistrée (voir rubrique disques, p. 18).

Edmund Rubbra a dédié cette oeuvre à son grand ami, le violoncelliste William Pleeth, qu'il avait connu pendant son service militaire, et à sa femme, la pianiste Margaret Good. Considérée comme l'une des plus belles réussites de ce compositeur, elle fut créée en 1947, et comprend trois mouvements : Andante moderato - con moto; Vivace flessible; (Thème, six variations et fugue) Adagio.

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Musicora 2003

Jean Brizard, un grand de l'école Française

Décédé en 1985 à l'âge de 75 ans, Jean Brizard fut l'un des grands représentants de l'école française du violoncelle. Soliste de Radio France, puis membre du quatuor Calvet, il enseigna au CNR de Boulogne-Billancourt. Après la guerre, il se consacra presque exclusivement  à l'enseignement. Pédagogue exceptionnel, il fut notamment l'un des premiers à utiliser la méthode d'enseignement collectif, mettant en présence deux ou trois jeunes afin de les faire s'écouter mutuellement sous sa direction. Il a formé un grand nombre d'élèves: deux d'entre eux, Frédéric Borsarello et Béatrice Noël, lui rendent ici hommage.

 

Hommage en souvenir de
Jean Brizard
Par Frédéric Borsarello

Jeune élève au Conservatoire de Toulon, je te vis pour la première fois à la télévision diriger un orchestre de violoncelles.

Perdu dans ma province, ma mère m'avait promis de te rejoindre à Paris pour travailler avec toi. Ce fut chose faite quelques années plus tard.

Reçu par ton épouse Catherine dans ton appartement, quai du Louvre, tu m'as paru si grand, les cheveux déjà grisonnants, me parlant avec une voix si douce et si rassurante, moi qui m'attendais à recevoir les foudres du professeur parisien». Tout de suite, tu m'as rassuré et tes conseils ont apaisé mes craintes. Tu n'as pas semblé effrayé par ma tenue déplorable, en tout cas, tu ne l'as pas montré ...

Et puis tu as joué. Celui que j'avais vu en noir et blanc accompagné de ses élèves m'est apparu en couleurs, celles de la musique, celles qui font vibrer les coeurs et oublier les tourments. Ma vie de violoncelliste était entre tes mains et je l'y ai laissée.

Sur tes conseils, on m'avait inscrit au Conservatoire de Boulogne-Billancourt.

J'habitais à ce moment-là, à Fontenay aux roses, en région parisienne , et je ne compte pas les kilomètres de couloirs de métro que j 'ai arpentés  pour m'y rendre ...

Et puis les cours de Boulogne ne suffirent plus. Tu proposas alors à ma mère de me donner des cours particuliers. depuis ce jour, ta maison me fut ouverte.

Tous les dimanches matins, ma mère et moi traversions les ponts, longions les quais de Paris par un froid glacial pour assister à tes leçons de violoncelle. Au-dessus du pupitre, tu avais accroché une photo de Pablo Casals, tirant sur sa pipe.

Tu me disais pour m'encourager: «un jour tu seras comme lui»; mais je me posais la question: «Devrai-je aussi fumer la pipe?» J'ai fumé la pipe, mais je n'ai jamais joué comme lui .[...]

 

Jean Brizard, un grand monsieur
Par Béatrice Noël

[...] Par ailleurs, je dois avouer que son élégance, morale autant que physique, me charmaient. J'ai le souvenir, lorsque j'enchaînais en fin de cours la pièce que nous venions de travailler, qu'il tournait autour de moi, et, pensant que je ne le voyais pas, prenait son peigne et se recoiffait : ses beaux cheveux blancs ondulés, ses traits réguliers, son regard bleu pur et doux, son élégance naturelle.

Que de souvenirs, ces grandes auditions où tous ses élèves jouaient seuls ou dans d'immenses ensembles de violoncelles, où il prenait des Paris insensés tels que celui-ci: tous ses élèves joueraient ensemble et par coeur le 2~ Caprice de Servais! Pari gagné, bien sur.

Que de souvenirs, ces dimanches entiers où une vingtaine d'élèves et de violoncelles envahissaient tout son appartement pour «rôder» un concours avec des «invités mystère» pour nous donner le trac.

Le jour où j'ai été admise au CNSM dans la classe de Navarra, j'aurais dû en être heureuse, et pourtant j'en ai longuement pleuré. Il fallait couper court et me séparer de celui qui était «mon professeur».

Plus tard, j'ai encore mieux compris l'importance de son enseignement dans ma vie musicale. Son calme, sa confiance, son appui m'ont permis de décider mon avenir de violoncelliste et ensuite d'attraper le virus de l'enseignement. Depuis de longues années que j 'enseigne, pas une semaine ne passe sans que je ne pense à lui.

Jean Brizard était un grand monsieur et un immense pédagogue très aimé de tous ses élèves, lui dont la vie entière était vouée à sa passion: l'enseignement.

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Cello Fan: Un Festival de violoncelle dans le Var

En hommage à Pablo Casals, Caillan, l'un des plus beaux villages perchés du Var, a accueilli les 28 et 29 juin, une  noria  de violoncellistes pour la troisième édition de son festival Cello Fan, dont la coordination artistique était assurée par Frédéric Audibert. Invité d'honneur, Yvan Chiffoleau a donné un concert en l'église du village, avant que des ensembles de violoncellistes ne s'ébattent en toute confraternité. Le lendemain, un petit déjeuner concert de musique de chambre a été offert par des solistes et/ou des violoncellistes des meilleurs orchestres nationaux en compagnie de violo­nistes, pianistes, accordéonistes et guitaristes.

 

Une conférence-débat autour de Pablo Casals a été illustrée par des pauses musicales.

 

En clôture, quatre-vingt jeunes violoncellistes ont donné un concert en plein air[...].

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Lutherie

Le sculpteur polonais Andrzej Krol à crée ces instruments à Cordes qui sont à la fois des objets de recherche sonore et des sculptures. L'équilibre de tension du bois dessine leur forme et contribue au son nouveau, proche de celui du violoncelle, mais en même temps différent. Les surfaces tordues, convexes ou concaves, résistent par leur nature à la tension des cordes et assurent la résonance. Les instruments ci-dessous font partis d'une famille musicale, et se font entendre aussi bien dans la musique baroque que dans la musique contemporaine.

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Pourquoi Beethoven ne nous a pas laissé de concerto pour violoncelle

Des relations entre Bernhard Romberg et Ludwig van Beethoven
Par Walter Grimmer et Dominik Sackmann.

Le présent article est fondé sur les échanges de courrier entre les deux auteurs. Cette correspondance avait pour but d'élucider autant que possible une question qui avait été à l'origine d'un projet de recherche du département de musique de la HEMAD de Zurich: Walter Grimmer, professeur de violoncelle jusqu 'en 200Z souhaitait attirer l'attention sur le remarquable compositeur et violoncelliste Bernhard Romberg (1767-1840). il proposa donc un cycle de six conférences, au cours desquelles seraient également travaillés les Concertos de Romberg pour violoncelle et orchestre. Dominik Sachmann participa â la préparation de cette série de cours, en procurant des sources. Un concours fut ensuite organisé entre les étudiants de violoncelle de la HEMAD de Zurich. L'oeuvre clé était le 4e Concerto pour violoncelle op. 7 en mi mineur, que Benjamin Nyffenegger interpréta finalement, accompagné par l'Orchestre de chambre de la «Musikhoschule Winterthur/Zurich», sous la direction de Marc Kissoczy. C'est de cette oeuvre que traite la correspondance ci-dessous.

Dominik Sackmann (D.S.) Pourquoi Beethoven ne nous a-t-il pas laissé de concerto pour violoncelle?

Walter Grimmer (WG.): À l'origine, j'ai choisi cette question comme sous-titre, pour me mettre au défi, mais aussi pour stimuler mes collègues. Le défi de vouloir répondre à une question aussi épineuse m'a alors poussé à rassembler toutes les informations accessibles sur ce sujet.

Tout le monde s'accorde pour dire que le violoncelliste virtuose le plus célèbre et le plus influent de l'époque, Bernhard Heinrich Romberg, aurait refusé une proposition de Beethoven, alléguant du fait qu'il ne jouait que ses propres oeuvres en public. Encore aujourd'hui, Romberg est ainsi rendu responsable de ce que Beethoven n'ait pas écrit de concerto pour notre instrument. Ce ragot ne se fonde cependant sur aucune preuve et cette explication superficielle m'a incité à étudier les relations entre les deux hommes du point de vue historique, artistique et humain.

D.S.: Commençons par la dimension humaine! Que sait-on des relations personnelles entre les deux musiciens?

W.G.: A l'âge de vingt ans, Ludwig van Beethoven fait à Bonn la connaissance de Bernhard Romberg, son aîné de trois ans. Tous deux jouent dans l'orchestre de cour, Ludwig en tant qu'altiste, Bernhard comme violoncelliste solo, engagé personnellement par le prince-électeur de Cologne, Maximilian Franz. Ce seul fait marque la différence entre les deux jeunes gens.

Bernhard Romberg avait déjà derrière lui quelques tournées de concerts avec son cousin contemporain Andreas (1767-1821). Ils s'étaient produits en public dès l'âge de sept ans, notamment à Amsterdam, Francfort et Paris. Andreas Romberg était un virtuose du violon aussi doué que Bernhard l'était du violoncelle ; ils avaient grandi et été élevés ensemble, Si bien que la presse les prenait souvent pour des frères . En 1784, ils rencontrèrent à Paris le violoniste italien Giovanni Battista Viotti (1755-1824), dont le jeu eut une influence énorme sur Andreas, mais surtout sur Bernhard. Les découvertes techniques du jeune violoncelliste, notamment en ce qui concerne la main gauche, découlent en effet largement de sa volonté de transposer du violon au violoncelle les fioritures de Viotti.

Beethoven a certainement succombé au charme du jeu de Bernhard et à sa camaraderie. Ils suivaient alors tous deux des cours de piano et de composition donnés par Christian Gottlob Neefe (1748-1798). De son côté, Neefe soutenait les jeunes musiciens par tous les moyens possibles, y compris dans la presse. Dés la première année de leur collaboration, il est évident que Beethoven écrivit pour son nouvel ami la partie délicate de violoncelle obligé de la cantate Zur Erhebung in die Kaiserwurde Leopold des Zweiten (WoO 88). Parmi les biographes ultérieurs de Beethoven, Gerhard Wegeler, et Anton Schindler, un compagnon de Beethoven, font allusion aux étroites relations entretenues par les deux jeunes gens.

D.S.: Serait-il concevable que Beethoven eût écrit un concerto pour un autre violoncelliste? Autrement dit, Romberg était-il la figure prédominente que même un Beethoven n'aurait pu ignorer, s'il avait songé à écrire un concerto pour violoncelle?

WG.: Il y avait naturellement d'autres grands virtuoses pendant la jeunesse de Beethoven, notamment les frères Duport, à Paris et à Berlin. Il est toutefois exclu que Beethoven ait jamais entendu l'un ou l'autre avant son voyage à Berlin, en 1796. Il ne faut pas oublier qu il commença peu après à se plaindre d'un début de surdité. Quant â Joseph Reicha et Anton Kraft, qui appartenaient à la génération précédant celle de Romberg et Beethoven, ils ne pouvaient tout simplement pas rivaliser avec les ressources instrumentales du jeune génie du violoncelle.

Je crois que la conception idéale que Beethoven se faisait dans sa jeunesse d'un jeu impeccable du violoncelle tut marquée exclusivement par le jeune virtuose Bernhard Romberg, lequel accéda peu après au rang de "super-vedette" parmi les solistes européens. A en croire la presse de l'époque, le virtuose conserva ce statut incontesté après la mort de Beethoven.[...]

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Pédagogie
Technique et pédagogie des instruments à archet:
Préhension et conduite de l'archet.
Méfions-nous du Vocabulaire!

Dès les premières leçons données à un élève débutant, on prononce les termes «tirer», «pousser» l'archet; on parle «d'attaque» pour le déclenchement de la vibration des cordes, et de "coups d'archet". Ces termes empruntés au vocabulaire courant peuvent donner lieu à des interprétations fâcheuses.

Tirer, pousser, évoquent des mouvements linéaires, des «translations rectilignes», comme disent les mathématiciens. On tire sur une corde, on pousse un tiroir. Il est certain que la trajectoire d'un archet perpendiculairement à la corde est la plus sûre. Elle évite le balayage longitudinal qui provoque des vibrations parasites, appelées «grincements» ou «sifflements» par les élèves.

Les instrumentistes à archet savent cependant qu'un balayage longitudinal de la corde, s'il est bien conduit, est un élément d'expression musicale. En effet, pour augmenter ou diminuer la nuance, on peut faire glisser l'archet respectivement vers le chevalet ou la touche. On «éteint» ainsi le son progressivement à la fin d'une phrase. Il convient seulement de maîtriser la pression, son augmentation ou sa diminution. Sait-on, à ce propos, que la colophane joue un double rôle: d'adhésif aux vitesses faibles (c'est le rôle connu) et de lubrifiant aux vitesses élevées?

La relation des paramètres vitesse-pression est délicate à moduler. Elle est même en partie un facteur personnel, certains instrumentistes pouvant privilégier l'un ou l'autre de ces facteurs expressifs.

Cependant l'étude du corps humain nous oblige à prendre en compte la forme spiroïde des mouvements, à cause de la disposition en diagonale des muscles pluri-articulaires. Pour ne pas allonger notre exposé, renvoyons le lecteur à l'excellent ouvrage «la Coordination motrice» de S. Piret et M.M. Béziers. La composante spiroïde donne à nos mouvements souplesse et grâce. Odile Rouquet, professeur de danse à l'Opéra de Paris, Victor Sazer, auteur du remarquable ouvrage «New Directions in Cello Playing», insistent sur le caractère spir6ide de nos mouvements.

La conduite d'un archet strictement perpendiculaire aux cordes n'est pas l'unique façon de mettre correctement la corde en vibration, en fonction des paramètres de vitesse et de pression. L'archet peut se déplacer dans trois plans perpendiculaires entre eux, en même temps.: «impossible d'échapper aux courbes» dit. Victor Sazer.

Il faut encore tenir compte des délicats mouvements de bascule latérale que l'on peut communiquer à la mèche de crins, entre l'un de ses bords et son à-plat.

Il s'agit de petits mouvements spiroïdes, surtout de la main, qui sont conduits en même temps qu'un tirer ou un pousser.[...]

Pierre Lagoutte
Chercheur en pédagogie instrumentale

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Une violoniste violoncelliste
Entretien avec Isabelle Sauvet

Isabelle Souvet, âgée de 23 ans, professeur de violon à Saint-Malo, a décidé il y a deux ans de se réorienter vers le violoncelle. Elle a participé à la masterclass de Luis Garcia- Renart organisée en mai dernier par l'Association Musical Passages, en collaboration avec l'AFV D'un caractère énergique, et ne mâchant pas ses mots, elle a gentiment accepté de répondre à nos questions.

Vous ne connaissiez pas notre association. Comment avez-vous pris connaissance de cette masterclass?

Grâce au site <le violoncelle.com>, sur lequel j'aime bien surfer.

Comment avez-vous apprécié cette masterclass?

Il n'y avait malheureusement pas énormément de monde parce qu'a mon avis, les Français sont trop fermés, et qu'ils ne viennent pas lorsque les têtes d'affiche ne sont pas des gens connus et médiatisés. Mon grand-père me demandait parfois quand j 'aurais fini d'apprendre, et je lui répondais: «jamais, car quand on est musicien, il faut profiter de toutes les opportunités pour apprendre pendant toute sa vie». Alors j'essaie de profiter d'un maximum d'occasions pour recueillir des conseils.

Qu'avez-vous travaillé avec Luis Garcia-Robert?

Le premier concerto de Bazelaire, que je dois jouer bientôt pour un concours. Il a été très étonné de mon niveau après seulement deux ans de violoncelle. Il m'a donné d'excellents conseils pour les doigtés, m'a fait travailler le vibrato, et m'a dit que, peut-être à cause du violon, j 'utilisais trop d'archet, en tout cas dans ce concerto. Il m'a fait très plaisir en me disant qu'il aimerait beaucoup être mon professeur, et m'a suggéré de venir à New York.

J'ai également travaillé pendant quatre heures le concerto en do de Haydn que j 'avais particulièrement envie de travailler avec lui. Il m'a alors dit que j 'avais perdu mon temps avec le violon, parce qu'il trouvait que le violoncelle me convenait mieux!

Mais d'une façon générale, je me sens beaucoup plus à l'aise avec le violoncelle, et je pense que pour un adulte débutant, le violon est plus difficile. Mais naturellement, pour moi, l'accès au violoncelle a été grandement facilité par le fait que je suis violoniste.[...]

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Le coin de amateurs

En J924, le Bulletin de l'Association des violoncellistes a publié le témoignage de violoncellistes appartenant â des professions libérales, notamment de médecins, dont nous publions quelques extraits.

Par ailleurs, nous avons demandé au Docteur Jean Thin, lui-même violoncelliste, de voir Si, près d 'un siècle plus tard, notre instrument avait conservé les faveurs de ses collègues. fi relate ci-des­sous avec beaucoup d'humour la démarche et les résultats de son enquête méticuleuse, intitulée «Petite chronique de chasse â un oiseau rare».

Témoignage de 1924

Le violoncelle repose (Docteur T)

Quand, fatigué de mes tournées à la campagne (quelquefois plus de cent kilomètres en un jour), je rentre, le soir, dans

le petit salon chaud, faiblement éclairé, je prends mon violoncelle ; toutes mes pré-occupations s'envolent comme chassées par la baguette magique de l'archet. Je me fais les doigts quelques minutes, ma femme vient m'accompagner au piano. Nous voyons quelques sonates, quelques vieux airs connus ; je ne joue jamais en public, mais dans ce petit coin de chez moi, aux sons délicieux du violoncelle, les heures passent rapidement. Quelquefois, la sonnette, brusquement, vient troubler ce calme. Qui est-ce qui peut venir ? dis-je quelquefois. Aux vibrations du violoncelle, j'avais oublié que j'étais médecin.

 

Témoignage de 2003

Petite chronique de chasse à un oiseau rare
Par le Docteur Jean Thin

Évoquant mes propres souvenirs, je n'ai trouvé que deux confrères violoncellistes: c'était dans les années 1940-1950. Ces messieurs avaient déjà passé la soixantaine; tous deux étaient chefs de grands services hospitaliers parisiens. J'eus l'insigne honneur d'être admis à faire de la musique avec eux dans leur salon. Ces personnages, baignés d'une riche culture générale, parlaient des chefs d'oeuvre de musique de chambre avec beaucoup d'intelligence.

Chez l'un d'eux, les pupitres étaient chargés du matériel du premier sextuor de Brahms. Étant installés: silence, on commence... A l'instant où les archets se mirent à frotter les cordes, le salon se remplit d'une formidable dissonance. J'ai aussitôt arrêté de jouer, pensant que nous n'exécutions pas le même morceau. Mais mes partenaires, nullement incommodés, fonçaient résolument. Au bout de quelques minutes, une voix s'éleva pour suggérer que nous remissions nos pendules à l'heure: «Reprenons à B, voulez-vous?» Aucun de nous n'était à B: les uns étaient quelques mesures plus loin, les autres n'y étaient pas encore parvenus. Donc nous voilà repartis à B: l'ensemble ainsi rétabli ne dura que quelques mesures: mais ces mesures n'étaient pas plus consonantes pour autant! Quand le maître de maison fut arrivé à la double-barre qui mettait fin au morceau, il eut la courtoisie d'attendre pour se lever que les retardataires arrivassent l'un après l'autre à bon port.[...]

[...]ne permet guère de tracer un portrait robot fiable du médecin violoncelliste. Leur âge? on constate une répartition à peu près égale depuis la trentaine jusqu'aux environs de quatre vingts ans. Il ne semble pas que la pratique du violoncelle varie de génération en génération.

Leur sexe? Sur les 34 confrères identifiés, il n'y a que quatre femmes. Une seule a répondu: son activité violoncellistique a été tardive et brève.

Leur lieu de résidence? On aurait pu penser que les provinciaux seraient beaucoup plus nombreux que les Parisiens. Ne vivent-ils pas dans une sage tranquillité par comparaison aux Parisiens qui voient leur temps dévoré dans une stérile agitation? Il n'en est rien: 19 provinciaux pour 15 Parisiens...

Leur niveau technique? Un bon tiers des confrères qui m'ont répondu ont travaillé dans leur adolescence dans un conservatoire, pendant plusieurs années; plusieurs ont poursuivi jusqu'au DFEM. Qu'ils aient ou non fréquenté des écoles, la plupart ont travaillé ou travaillent encore régulièrement sous la direction d'un professeur.

Souhaitons que la génération montante ne soit pas dispersée par la multiplicité des activités qui lui sont proposées; et que nombreux soient ceux qui auront le goût de consentir aux efforts qu'imposent l'acquisition d'une technique instrumentale convenable et la pratique des contraintes de la musique d'ensemble.[...]

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