Revue n° 5 - Octobre 2002

Éditorial

A l'occasion de l'Assemblée Générale de l'Association française du violoncelle, dont nous avons adressé un compte rendu à nos adhérents, nous vous avons envoyé un questionnaire auquel une soixantaine de personnes ont bien voulu répondre en nous faisant des suggestions dont nous ne manquerons pas de tenir compte. Un nombre croissant d'entre elles ont rédigé des articles qui contribuent à enrichir notre revue, et nous vous engageons tous à suivre leur exemple.
Nous publions aujourd'hui ceux de Cyrille Tricoire, Jesus Castro Balbi, Agnes Vesterman, Laurence Cardoze, Guillaume Paoletti, consacrés respectivement aux solistes d'orchestre, au concours de Mexicco, à la méthode Alexander, à Monsieur Ravatin, luthier à Vannes, au violoncelliste coréen Joseph Yang.
De leur côté Odile Fustier, dans son compte rendu du déroulement d'un stage à Villefranche sur Saône, donne la parole à ses jeunes élèves, et Christiane Barlow relate l'expérience d'une amateur. A la veille de l'hommage à Maurice Gendron organisé en collaboration avec l'AFV les 21 et 22 novembre, nous publions un article de Philippe Bary, l'un de ses disciples du maître, et un entretien d'Henry Demarquette avec Monique Gendron, son épouse.
Nous inaugurons une rubrique " livres " en nous entretenant avec Ariane Wilson, auteur d' " Un Violoncelle sur le toit du monde ", et, parallèlement au recensement des disques récents, nous donnons la parole à Ophélie Gaillard, Henri Demarquette et Jerome Pernoo, qui ont entrepris récemment l'enregistrement des Suites de Bach.
Nous profitons de l'occasion pour rappeler à tous les violoncellistes qu'ils sont invités à nous faire part de leurs enregistrements : nous serons heureux de publier leurs propres commentaires, en nous gardant de toute appréciation critique, afin d'observer la stricte neutralité d'une Association dont le bureau veille à se garder de tout point de vue subjectif.
De plus en plus, nos lecteurs ont la gentillesse de nous faire parvenir des illustrations souvent pittoresques qui animent notre revue.
Tout ceci nous semble de bon aloi : nous ne nous lasserons pas de vous rappeler que l'AFV vit pour vous, mais aussi par vous : merci de continuer à relayer notre campagne d'adhésions, à nous informer, à nous écrire vos commentaires et vos suggestions, à alimenter notre site internet et notre revue.
Michel Oriano, président de l'Association française du violoncelle.

 


Courrier des lecteurs

"Merci pour cette revue. C'est un petit bonheur de la trouver dans la boîte aux lettres." Agnès Colombey, La Vaysse
"Merci d'exister ".Jacqueline Hermelin, Nantes
" Bravo pour le travail déjà effectué. La revue et le site sont très réussis, il faut continuer. C'est une chance pour nous que cette association existe ". J. Adolphe, Metz
" Un grand merci à vous pour cette belle initiative " Emmanuelle Bertrand
" Merci pour votre action fédérative et enrichissante. Dans le numéro 3 de votre revue, j'ai particulièrement apprécié l'article sur D. Markevitch, que j'avais eu l'occasion de rencontrer à Montreux l'été dernier. Il est venu m'écouter dans un récital des Suites de Bach et m'a ensuite proposé de venir essayer ses instruments et de consulter sa bibliothèque incroyable. J'ai beaucoup appris en une après-midi ! " Ophélie Gaillard
[...]

Archives

çà n'en finit plus
Extrait de la revue Le Violoncelle, 5 août 1923.
Oui, le Violoncelle ! Toute la redoutable et geignante musique des parisiennes luttes semblent encloses en cette boîte en forme de cercueil, d'où l'archet, vivant, vibrant, mordant, farouche comme le destin, et parfois miel comme un baiser de féminine lumière, sait tirer des plaintes, des ritournelles, des sanglots et de hymnes, longuement, longuement, jusqu'au silence terminal, espéré comme un repos par les affolés de la parisienne lutte ; le silence de sommeil, la paix de la définitive retraite... à moins qu'ils ne ressaisissent encore et ne recommencent, en un réveil, l'éternel thème de la vie héroïque et folle.

Le violoncelle ruisselle,
Tristement va la triste voix,
Où sont les cors et les hautbois ?...
Ca n'en finit plus, le violoncelle,


La phrase, geignarde, ensorcelle
Le coeur d'amour, le coeur brisé ;
C'est lancinant comme un baiser...
Ca n'en finit plus, ce violoncelle,


Soudain grince un son de crécelle,
Dans la triple gamme au galop ;
C'est angoissé, comme un sanglot...
Ca n'en finit plus, ce violoncelle, [...]
Emile Goudeau

Une rencontre évènement

Par Odile Fustier, Professeur de violoncelle

Le 12 mars 2002, la classe de violoncelle des communes de Villefranche sur Saône participait à la première partie du concert de Benjamin Carat, qui jouait des pièces de Thierry Pécou, Robert Pascal et Jonathan Harvey.
Le trac et la fierté se disputaient la priorité chez les élèves . Tous avaient conscience de vivre un événement. Ceci a été possible grâce à la gentillesse de Benjamin Carat ainsi qu'à la rencontre exceptionnelle de Robert Pascal.
On trouvera ci-dessous le point de vue des élèves, suivi de deux interviews de Robert Pascal et de Benjamin Carat.


Le point de vue des élèves

Antoine, 13 ans1/2.
... Avec Benjamin, nous avons étudié des sonorités et des manières de jouer différentes de celles dont nous avions l'habitude... Ce concert m'a aussi prouvé que ce style de musique peut être joué à tous les niveaux.

Claire, 15 ans
Au départ, la musique contemporaine me paraissait complètement absurde. J'avais l'impression de jouer des notes, non pas de la musique. Mais lorsque nous avons eu la chance de rencontrer le compositeur, il y a eu un déclic dans ma tête, comme si un muet retrouvait l'usage de la parole. Il nous a expliqué comment jouer telle ou telle note et le sens de ces phrases qui paraissaient complètement étranges au début. A ce moment là, on remarque qu'elle n'est pas différente des musiques que nous avons l'habitude d'entendre.

Antoine, 9 ans1/2 et Charlotte, 10 ans
Jouer au théâtre était impressionnant parceque c'était une grande salle et qu'il y avait beaucoup de monde.

Daphné, 8 ans 1/2
J'ai bien aimé la répétition générale, parcequ'il n'y avait pas de public.

Aude Lyse, 9 ans
J'ai bien aimé le travail, mais je préfère quand il y a le public !

Gilles, 23 ans
Avec le compositeur, le dialogue sur le style, la méthode de composition et l'analyse e la partition permet de comprendre et d'interpréter l'oeuvre en se rapprochant de celui-ci. Nous avons joué " Au plus profond d'un étrange rêve éveillé " écrit pour quatre violoncelles d'après un thème d'Orlando Lasso; le travail avec Benjamin Carat et Robert Pascal nous transporte sur un chemin brumeux créé par un mélange d'accords et de sonorités. Ce travail a enrichi notre culture musicale.

Interview de Benjamin Carat, violoncelliste

Peux tu nous dire pourquoi tu as choisi de mener une action pédagogique en parallèle avec ta carrière professionnelle au sein du GRAME ?
Depuis 1999, Le GRAME, Centre National de Création Musicale de Lyon, m'accueille en résidence dans ses studios, où je collabore étroitement avec les compositeurs, les ingénieurs du son, ainsi que l'équipe de chercheurs en informatique musicale. Ensemble, nous développons un nouveau répertoire pour les instruments enseignés dans les conservatoires, d'un point de vue esthétique, mais aussi en exploitant les nouvelles technologies dans la pratique instrumentale. Nous avons réalisé depuis de nombreux concerts, notamment en Chine, au Canada, avec qui nous entretenons des échanges réguliers, et aussi en Europe.
Le fruit de ce travail est présenté lors de récitals, de conférences et de masterclasses. J'ai aussi toujours à coeur de travailler avec les écoles de musique et les conservatoires, parce que les questions de pédagogie m'intéressent beaucoup, et aussi parce que des outils naissent de mon travail avec le GRAME, comme de nouvelles partitions pédagogiques pour les 1é et 2è cycles (éditées à Paris par les Editions Jobert, Collection Ebène, et aussi la collection Violoncelle).[...]

Le coin des amateurs

MON VIOLONCELLE

Par Christiane Barlow,
psychothérapeute à Lyon.

J'en ai si souvent rêvé dans les contes de fées que je me racontais ! Aujourd'hui, il est là, bien réel entre mes jambes écartées, mon violoncelle ! Je l'entoure de mes bras. Le bois chaud et doré vibre et résonne au moindre frémissement des cordes sous l'archet. Je l'enveloppe de tout mon corps, en un geste que l'on pourrait croire de possession. En réalité, c'est davantage une manière d'incorporation : je ressens le besoin de ne plus faire qu'un avec lui ; comme si j'étais moi-même cette caisse de résonance qui prend place au creux de mon ventre. Il est là, planté en moi comme un sexe frémissant. Et il chante. Sa voix peut osciller du gémissement le plus poignant au cri d'amour le plus passionné, entrecoupé de déclarations rauques, ou bien distiller le coulis d'une tendresse qui inonde le coeur de sa douceur.
J'écoute, émerveillée, chaque sonorité qui naît sous la pression de mes doigts écrasés sur les cordes que caresse l'archet. [...] 

 

Maurice Gendron

Par Philippe Bary

La rencontre avec une personnalité aussi riche et contrastée que celle de Maurice Gendron ne pouvait laisser personne indifférent. Les douze années passées depuis sa disparition permettent à chacun d'avoir maintenant le recul nécessaire pour pouvoir apprécier les différentes facettes de son art, et pour le situer dans la généalogie de nos prestigieux artistes.
Violoncelliste, il l'était sans contestation possible, tant on pouvait être impressionné par son agilité, la fulgurance de ses démanchés, le perlé de son staccato, le mordant de son spiccato, la souplesse et la vitesse de ses reprises d'archet et la diversité des nuances de son vibrato.
Toutes ces qualités réunies étaient pour lui les outils indispensables à l'élaboration de son interprétation. Son inoubliable sonorité, telle la voix d'un chanteur, avait été travaillée dans la moindre de ses inflexions et dans tous les registres. Lorsqu'il voyait un étudiant un peu trop satisfait de lui-même, ou qui venait " picorer " un point de son enseignement, il avait coutume de le remettre gentiment à sa place en lui déclarant : " Tu connais très bien l'oeuvre que tu joues, de A jusqu'à B ". Impossible après cela de contourner l'analyse en profondeur de l'oeuvre et la teneur musicale du message proposé par le compositeur. Il avait fait sienne la phrase de Dinu Lipatti : " Vous devez servir la musique et non pas vous en servir ". Il avait précédé de plusieurs années le retour aux éditions originales (Haydn et Boccherini) et avait éliminé de son jeu toute glissade inutile et tout artifice. Il était admirable de voir avec quel soin il annotait ses partitions. Chaque doigté était pensé en fonction du phrasé et de la couleur, et pouvait évoluer en fonction du dernier concert donné. Il avait, en particulier pour les Suites de Bach, modifié un certain nombre de points de sa technique, afin de pénétrer l'intériorité de chaque note.    
 

Les rencontres de Maurice Gendron avec les grands artistes de son époque avaient naturellement grandement influencé sa sensibilité, et on le sentait passionné de peinture, de sculpture et de théâtre. Sa connaissance de tous les grands musées du monde et de toutes les grandes oeuvres littéraires était étonnante, et on percevait chez lui une culture complète et dénuée d'affectation. Il parlait les langues étrangères avec pureté et en étudiait toujours de nouvelles avec un bonheur qu'il aimait faire partager.
Si ceux qui l'ont approché ont parfois été rebutés par les rugosités de son caractère (selon lui, seule sa femme pouvait le supporter !), il était important de pouvoir les dépasser tant elles étaient le rempart d'une sensibilité " écorchée vive ". Sa quête spirituelle était incessante et tourmentée, et son acuité à toutes les misères de la vie et à toutes les agressions du mal le rendait malheureux et parfois mélancolique. Sans doute avait il une aptitude à percevoir l'au-delà des apparences, et voyait-il un sens surnaturel à la mission des artistes dans l'histoire du monde. C'est à travers le souvenir de ses interprétations et des nombreux cours qu'il a donnés à travers le monde que nous pouvons apprécier son héritage musical et spirituel. Il faut pour cela ne pas vouloir à toute force imiter son savoir-faire, ni convoiter un succès immédiat, mais plutôt respecter le bien-fondé de toutes les composantes de l'enseignement qu'il proposait.

Philippe Barry, élève de Maurice Gendron au CNSM de Paris de 1974 à 1977, et professeur assistant de 1985 à1987. [...]

 

Disques

Titre des oeuvres répertoriées dans quelques revues de juin à septembre 2002 relevés par Marie-Paule Milone. Cette liste ne prétendant pas à l'exhaustivité, merci à nos lecteurs de nous signaler les lacunes.

VIOLONCELLE SEUL
Henri Demarquette - J.S. Bach : 6 Suites pour violoncelle seul. Disque Festival d'Auvers sur Oise. Collection Etoiles FAE 009, Codaex, France.
Alexandre Palmeri - Antonii (1636-1698) : Ricercare sopra il Violoncello, op.1 Tactus TC 630401 (distr. CD diffusion) 

 


DUOS
Valérie Aimard, Cédric Tiberghien (piano) : Debussy : Sonate ; Honegger : Sonate ; Vierné : Sonate op. 27 ; Chausson : Pièce op.39. Lyrinx/Harmonia Mundi LYR ; nov. 2000.
Oystein Birkland, Havard Gimse (piano) - Martinu : Sonate n° 1 ; Variations sur un thème de Rossini ; Variations sur un thème populaire slovaque ; Kabalevski : Sonate. CD Simax Classics PSC 1146 , distr. Integral.
Oystein Birkland, Ion Brown (piano) - Prokofieff, Chostakovitch, Schnittke. Simax PSC 1108 (Intégral). 1994
Anner Bylsma, Hidemi Suzuki et Jacques Ogg (basse continue) - Vivaldi : RV39 à RV44. 1989 (réédition).
Eric Maria Couturier, Laurent Wagshal (piano) - Magnard : Sonate op. 20 ; Fauré : 2ème sonate en sol op. 117 ; Poulenc : Sonate. Lyrinx LYR 206. Distr. Harmonia Mundi [...] 

 

A l'école de Janos Starker

Par Juliette Maeder

Académie des Arts de Orford au Québec, mardi 25 juin 2002 au matin.
Une quinzaine d'élèves attendent l'arrivée de Janos Starker. A 10h pile, il entre, la démarche étonnamment sûre et souple. Beaucoup d'allure! Sur la table, une cafetière pleine, du lait, du sucre, un paquet de cigarettes, un briquet, une paire de lunettes aux montures épaisses, et près de lui...son violoncelle. La masterclass peut commencer.
Huit jours denses à écouter les cours pendant 4 à 5 heures par jour, puis à rechercher soi-même les gestes et exercices vus et entendus. Huit jours pour comprendre et retenir le maximum de choses. Au cours des masterclasses, je sens sa volonté de nous transmettre, non pas son interprétation de telle ou telle oeuvre, mais ses recherches et sa compréhension de la technique du violoncelle. Une technique jamais isolée du sens musical de la phrase jouée. Bien au contraire ! Chaque geste doit être guidé par le son qu'il produit. Et c'est seulement lorsque l'on trouve le son recherché que l'on doit alors mémoriser le geste, la sensation. Le risque de caricature serait important si l'on essayait d'imiter un geste sans avoir une constante préoccupation du son.[...]

 
C.Tricoire  J.Starker

[...]Le dernier jour, je lui ai demandé l'autorisation de le prendre en photo pour l'Association Française du Violoncelle. Il a alors dit pour lui l'importance de l'existence d'une telle revue, et son sentiment, qu'il espérait nous avoir transmis, d'appartenir à une grande famille : celle des violoncellistes. Et c'est cette volonté de transmettre son savoir aux membres de cette grande famille qui lui fait consacrer autant de temps à l'enseignement.

Lutherie

Entretien avec Franck Ravatin,
luthier à Vannes

Propos recueillis par Laurence Cardoze, Catherine et Guillaume Paoletti
Contrairement à beaucoup de vos confrères, vous ne faites pas de réparations. Vous vous concentrez uniquement sur la fabrication des instruments du quatuor, mais pas de la contrebasse.
Je connais mal l'acoustique de la contrebasse et il faut un minimum d'outils mécaniques pour en fabriquer une. Travailler avec des outils dangereux demande une bonne formation que je n'ai pas. Je me contente de faire violons, altos et violoncelles selon la méthode traditionnelle. En moyenne 5 violoncelles et 5 violons sortent de mon atelier tous les ans. Le temps de réalisation d'un cello est le double de celui d'un violon.
Comment expliquez vous ça ?
C'est juste une question de taille : ébaucher un fond de violon à la gouge prend une heure contre une demi-journée pour un violoncelle. La tête, les éclisses, les voûtes, tout est plus long. La fabrication d'un violoncelle représente 350 heures de travail. Quatre semaines pour le faire "en blanc"( NDLR :c'est à dire non vernis); ensuite viennent , la préparation du bois qui va recevoir les premières couches de vernis, la confection des couleurs issues du traitement de la racine de garance et l'application du vernis, soit un délai de 4 ou 5 mois depuis les premiers coups de rabots.
Travaillez vous sur plusieurs instruments à la fois ?
Oui. Je travaille toujours sur un violoncelle ou un violon "en blanc", et à côté, j'ai un instrument à vernir.
D'où proviennent les bois que vous utilisez ?
L'épicéa pour les tables provient des Dolomites italiennes. Le meilleur érable à violons venait de Bosnie ; mais la guerre des années 90 nous en a coupé l'approvisionnement. Et je me suis donc rabattu sur des bois anglais ou français et j'en suis satisfait. J'ai en séchage un magnifique érable anglais qui présente toutes les caractéristiques d'un grand bois de sonorité.
Et le Canada ?
L'érable Canadien est généralement lourd, plein de sucre et a une croissance trop rapide pour sonner.
Comment choisissez vous vos bois?
Je me rends dans les scieries spécialisées en bois de lutherie, pour examiner des troncs débités en quartiers, car voir un arbre sur pied ne me renseigne pas sur ses qualités physiques et acoustiques. C'est lorsqu'il est taillé en planches que je peux en juger. Je remue des tonnes de bois et parfois trouve un morceau intéressant. Les arbres sont abattus en hiver et je vais faire mon choix en Italie, en Allemagne et en Belgique en mars, après débit. Je le laisse sur place un an avant de le faire transporter chez moi où il est stocké dans un grenier aéré. Je le garde 10 ans avant de l'utiliser.
Ceci implique un énorme investissement. Dans un instrument, que représente le coût du bois ? Pour un violoncelle, autour de 8%, soit 1500 euros environ (10 000 francs).[...] 

 

  

Orchestre

Entretien avec Cyrille Tricoire, violoncelle solo à l'Orchestre de Montpellier

Cyrille Tricoire, vous exercez le métier de violoncelle solo depuis une dizaine d'années. Parlez-nous de votre expérience.
J'ai le sentiment d'avoir subi, comme beaucoup de mes collègues recrutés jeunes à ce type de poste, une carence de l'enseignement. L'orchestre est une entreprise où les responsabilités et les rôles musicaux de chacun sont clairement définis. Une hiérarchie très stricte impose aux solistes cordes de " diriger " un pupitre d'une dizaine de personnes, d'âges et de parcours très différents. Bien que la seule légitimité de l'autorité d'un violoncelle solo se situe sur le plan musical, l'expérience de la gestion d'un groupe manque très souvent lorsque l'on débute jeune.
Remettez- vous en cause alors votre formation de musicien ?
Non, pas du tout ! On entre dans un orchestre par voie de concours. Cette épreuve exige des qualités de " concertiste " puisqu'il faut jouer le " grand répertoire " en plus des traits d'orchestre et d'une épreuve de déchiffrage. Il est donc indispensable d'être formé au plus haut niveau. J'ai eu la chance de débuter avec un très bon pédagogue, Erwan Fauré. Ensuite, la filière classique du CNSM de Paris ( classes de Jean-Marie Gamard et Philippe Muller ) et une année de perfectionnement aux Etats-Unis auprès de Janos Starker m'ont offert un enseignement instrumental de très haut niveau. Je constate simplement que la gestion d'un groupe, l'insertion au sein d'une collectivité, nécessitent des qualités autres qu'instrumentales. Mais comment enseigner cela ailleurs que sur le terrain ? J'ai effectué depuis 1997 de nombreux remplacements au poste de violoncelle super-soliste à l'Orchestre de l'Opéra National de Lyon ainsi qu'à l'Orchestre National de France et, profitant de mes années d'expérience à l'Orchestre National de Montpellier, j'ai appris le tact dans les relations avec autrui, et surtout j'ai compris qu'il est indispensable de bien réfléchir avant de prendre la parole... Mal formulée, une demande artistique peut obtenir un résultat inverse de celui escompté !
Quels conseils donneriez-vous à un jeune musicien qui souhaite exercer le métier de soliste d'orchestre ?
D'abord et avant tout être irréprochable sur le plan instrumental. Il vaut mieux commencer dans le rang et observer, apprendre par l'écoute, se familiariser avec le répertoire. [...]

 

Concours

De nombreux concours de violoncelle et de musique de chambre se déroulent à travers le monde. Nous invitons les membres des jurys, les candidats et les auditeurs à suivre l'exemple de Jesus Castro Balbi, qui rend compte ici de celui qui vient de se dérouler au Mexique.

 

Les membres du jury.

Le conservatoire de la ville de Morelia, au Mexique, fut l'hôte du IIème Concours Latinoaméricain de violoncelle "Carlos Prieto", du 16 au 22 juin dernier, auquel je me rendis en qualité de membre du jury. Malgré son nom, ce concours était ouvert à des violoncellistes latinoaméricains de naissance ou par une résidence d'au moins un an. Les concurrents provenaient donc d'Argentine, du Brésil, du Chili, du Mexique, du Vénézuéla, ... ainsi que des États-Unis, du Royaume-Uni, de Russie, et d'Ukraine. De plus, presque la moitié des candidats se forment actuellement à l'étranger, notamment aux Etats-Unis ou en Allemagne.
Les membres du jury présentaient des parcours tout aussi divers et internationaux, à commencer par le président, Carlos Prieto, violoncelliste mexicain, de parents français et espagnols. Après des études d'ingéniérie et d'économie au prestigieux Massachusetts Institute of Technology, il se forme auprès de Pierre Fournier à Genève et de Leonard Rose à New York, puis parcourt le monde avec son violoncelle (le Stradivarius "Piatti"). Actuellement, il se dédie en particulier à la diffusion du répertoire pour violoncelle de compositeurs latinoaméricains et ibériques, donnant les créations de presque cinquante oeuvres.
Alvaro Bitrán, également mexicain, s'est formé auprès de Janos Starker à l'université d' Indiana de Bloomington, puis fonda avec ses frères le "Cuarteto Latinoamericano", dont l'intégrale des quatuors de Villa-Lobos vient de recevoir le "Grammy Award".
Le troisième violoncelliste mexicain, José-Luis Galvez, était aussi le coordinateur du concours. M. Galvez est diplômé de l'institut Gnessin de Moscou, et enseigne actuellement au conservatoire de la ville de Morelia, où il occupe la chaire du département de cordes.
Primé des concours internationaux de Genève, Munich et Berne, et membre du jury de plusieurs concours internationaux, le violoncelliste chilien Edgar Fischer à lui aussi étudié avec Pierre Fournier et Léonard Rose. Il fut violoncelle solo de l'Orchestre de la Suisse Romande durant sept ans, puis retourna au Chili pour enseigner à l'université catholique de Santiago.
Autre disciple de Pierre Fournier, le Brésilien Antonio Lauro del Claro fut violoncelle solo de l'orchestre de Sao Paolo, où il enseigne.
William Molina, du Vénézuéla, s'est formé en France auprès de Philippe Muller, André Navarra et Paul Tortelier, et a un Premier Prix du CNSM de Paris en violoncelle. Pédagogue ambitieux et soucieux de construire une structure efficace et méthodique pour une école de violoncelle dans son pays, il fonda à son retour l'Académie Latino-américaine du violoncelle, dont les élèves se distinguent déjà à travers le monde.[...] 

Livres


Paru aux éditions de la Renaissance en mai 2002, le livre d'Ariane Wilson intitulé " Un Violoncelle sur le toit du monde " devrait constituer l'un des livres de chevet de tout violoncelliste. Nous reproduisons ci-dessous des extraits de la quatrième de couverture de ce récit, avant de donner la parole à l'auteur, sous forme d'un bref entretien et de quelques citations susceptibles de vous mettre en appétit.

" Portant sur son dos la charge inhabituelle d'un violoncelle, Ariane Wilson traverse en août 2000 la vallée reculée du Zanskar, dans l'Himalaya... Elle part avec son amie Maya Gratier à la recherche de rencontres sonores, en troubadours des hautes cimes. De vallées en cols, au rythme de la marche, elles découvrent d'autres relations où la musique, accordée au diapason des paysages, est ancrée dans la vie profane et sacrée. Le violoncelle, cheminant entre ciel et terre, mêle ses ondes aux voix de la nature, dialogue avec les chants et les instruments zanskaris dans les villages et les monastères. ... Moments d'intense émotion et épisodes ludiques se succèdent tout au long de ce voyage musical en terre bouddhiste, celui du violoncelle le plus haut de son espèce . "
Née en Belgique, de parents français et anglais, Ariane Wilson, âgée de 27 ans, a étudié l'histoire de la philosophie politique à Cambridge, l'histoire de l'art au Courtauld Institute de Londres, et est actuellement en cours de formation en architecture à Paris. " Un parcours diversifié, nous a-t-elle confié, au sein duquel le violoncelle constitue le seul point stable. Dès l'âge de trois ans, on m'a initiée au rythme et à la musique par l'expression corporelle : c'est une approche non " solfégiée ", mais qui donne d'assez bonnes bases : tout est fondé sur l'improvisation et l'intégration du rythme dans le geste. A dix ans je me suis mise au violoncelle en suivant la méthode Suzuki, avec un professeur américain, dont l'approche ludique mais en même temps philosophique, attachait beaucoup d'importance au souffle, à la respiration, à la méditation... Ensuite, j'ai fait beaucoup d'orchestre avec des jeunes. Il faut dire qu'à Cambridge, la musique est beaucoup plus omniprésente que dans les universités continentales, et je préfère ne pas m'étendre sur le manque de curiosité culturelle du milieu des étudiants en architecture... J'ai aussi pris une année sabbatique pour étudier au Conservatoire de Vienne. 

 


Je ne suis pas une alpiniste chevronnée comme Maurice Bacquet, dont Doisneau a croqué les exploits; je l'ai rencontré et j'ai eu l'impression que, contrairement à moi, la montagne le fascine encore plus que le violoncelle. En partant dans l'Himalaya avec mon instrument sur le dos, je n'avais pas l'intention d'écrire un livre. Et si j'ai emporté un violoncelle plutôt qu'une caméra, c'est parceque j' entreprenais ce voyage non pas tant pour observer que pour échanger, pour éprouver la profondeur de la communication q ui ne passe pas par la parole. Pour moi, la musique est un vecteur de communication avec l'autre et de communion avec l'univers.
Dans les villages perchés sur le toit du monde , la forme humaine du violoncelle fascinait et séduisait les gens ; elle suscitait leur curiosité du fait que j'avais le double de moi-même sur le dos. Mais très vite, on dépassait le côté gadget, et on échangeait d'autant mieux par la musique que, dans la culture locale, on perçoit le son grave comme moins matériel, moins éphémère. Mon violoncelle m'a permis de partager des émotions au delà des différences culturelles.
En même temps, ce voyage m'a beaucoup apporté : je communique beaucoup plus facilement, je n'ai plus le trac, je me lance dans des improvisations, la fusion du corps et de la nature par la marche a libéré mes gestes, et, en jouant dans les grands espaces, j'ai appris à lâcher le son, à écouter au delà de la résonnance... "[...]