Revue n° 3 - Mars 2002

Éditorial

Nous remercions les nombreux lecteurs qui nous ont écrit pour nous encourager ou nous fournir articles et informations pour notre revue et notre site internet. Grâce aux quelque trois cent vingt amoureux du violoncelle qui ont adhéré à notre association dès 2001, nous sommes en mesure de développer nos activités et de monter de nouveaux projets de colloques et de concerts dont nous vous informerons très prochainement.
L'uniforme de président me contraint cependant à signaler la seule ombre au tableau duquel toutes les associations se voient confrontées : un certain nombre d'entre vous ont négligé de régler leur cotisation pour l'année 2002, et nous comptons sur eux pour réparer cet oubli rapidement, puisque leur participation constitue l'essentiel de notre financement. Au risque de me voir reprocher de troquer les fastes de l'uniforme pour les guenilles du mendiant, me permettra-t-on d'ajouter que les donateurs et les bienfaiteurs sont particulièrement bien venus, et que ceux qui souhaitent nous donner un coup de main à Paris, ou nous relayer dans les régions ou à l'étranger, sont invités à se faire connaître. En retour, soyez assurés que la petite équipe chargée de coordonner bénévolement nos activités ne ménagera pas ses efforts dans l'espoir de vous donner satisfaction.

 


Avec un premier article sur la Juilliard School de New York, nous poursuivons aujourd'hui nos investigations sur l'enseignement du violoncelle dans le monde, dans le souci de déboucher sur des comparaisons fertiles, qui pourraient faire l'objet d'un colloque ou d'une publication. Nous revenons par ailleurs sur la carrière de deux grands violoncellistes, Raphaël Sommer et Dimitry Markevitch, qui nous ont quitté récemment, et nous publions plusieurs études sur des innovations durables ou éphémères des facteurs d'instruments.
Jean Thin ouvre donne un point de vue médical sur le dernier Beethoven. De leur côté, Jordi Savall et Yo Yo Ma ouvrent notre horizon sur le jazz et les musiques orientales. Et, comme d'habitude, à côté de notre " revue des revues de disques ", nous diffusons les informations qui nous ont été communiquées par certains d'entre vous.
L'aménagement de "coins" des amateurs, des enfants et des écrivains témoigne enfin de l'éclectisme vivifiant de notre confrérie.
Michel Oriano
président de l'Association française du violoncelle.

 

Yo Yo Ma et le brassage des cultures

Dans Silkroad Project (" Projet de la Route de la Soie), Yo Yo Ma met en parallèle des musiciens traditionnels d'Orient et des compositeurs occidentaux. C'est ainsi que Gustav Mahler (" Le Chant de la terre "), Maurice Ravel (trio) et Peter Lieberson (concerto pour violoncelle) figurent au programme des concerts qu'il a organisés les 9 et 10 avril à la Cité de la Musique, aux côtés de compositions de l'Iranien Kayhan Kahlor, du Mongole Byambasuren Sharav, du Chinois Zhao Jiping, et du Japonais Michio Mamiya. Dans ces oeuvres, des instruments occidentaux, au premier rang desquels figure le violoncelle, côtoient des instruments traditionnels asiatiques.[...] 

 

 

En parcourant depuis vingt-cinq ans de nombreuses régions du monde, je me suis beaucoup interrogé sur la migration des idées à travers les différentes communautés. Au cours de mon voyage musical, j'ai eu l'occasion de m'enrichir de différentes formes de musique : depuis l'immense compassion et la grâce des suites pour violoncelle de Bach ou les anciennes traditions celtiques du violon encore vivantes dans les Appalaches, jusqu'aux accents mélancoliques du bandonéon argentin dans les salles de Tango. Je voudrais maintenant vous convier à explorer les riches traditions culturelles de la Route de la Soie, cette historique route de commerce qui reliait les peuples et les traditions d'Asie à ceux de l'Europe. À travers mes voyages, j'ai réfléchi sur les cultures, les religions et les idées qui ont été très influentes et ce durant des siècles, le long de ces routes (maritimes et terrestres), et je me demandais comment ces interconnections complexes étaient apparues et comment de nouvelles expressions musicales s'étaient créées grâce à la diversité de ces traditions. Comment un biwa, un instrument à cordes japonais a -t-il été décoré de dessins perses et de pierres précieuses africaines par exemple, comment les anciens verres romains ont influencé des objets fabriqués à Kyoto ? Comment ces instruments à cordes tel l'oud arabe, le erhu chinois ou le sarrangi indien ont influencé aussi bien l'orient que l'occident ? [...]
Yo Yo Ma

 

La Juilliard School

La documentation de la Juilliard School de New York présente une palette de professeurs dans l'esprit d'un "Who is Who" mondial de la musique: en vrac, on trouve la harpiste Nancy Allen, la violoniste Dorothy Delay, et deux de ses "élèves" Itzhak Perlman et Cho-Liang Lin, l'altiste Karen Tuttle, les compositeurs Milton Babbitt, John Corigliano, les pianistes Joseph Kalichstein, Jacob Lateiner, Gyorgy Sandor, le quatuor Juilliard, le trompettiste Wynton Marsalis, etc. La liste des violoncellistes est tout aussi impressionante: Ardyth Alton, Timothy Eddy, André Emilianoff, Joel Krosnick, Fred Sherry, Zara Nelsova, Aldo Parisot et Harvey Shapiro. Le lecteur trouvera peut-être bienvenue une brève présentation de la Juilliard School, avant quelques notes sur les enseignants de violoncelle.[...] 

 


Le violoncelle à la Juilliard School
Aujourd'hui, les classes de violoncelle comptent huit enseignants et 47 étudiants, venus du monde entier. Le département de violoncelle de la Juilliard est une mosaïque de personnalités, de parcours, de styles, de choix musicaux et esthétiques qui cohabitent et ne se rencontrent que rarement, puisque seuls Joel Krosnick et Harvey Shapiro s'échangent des élèves. Tous les professeurs de violoncelle enseignent également la musique de chambre, à l'exception toutefois de Timothy Eddy, Aldo Parisot et Zara Nelsova.[...]

Un Brésilien à New York
Aldo Parisot, Américain d'origine brésilienne, est connu comme soliste avec les orchestres de Berlin, Londres, Paris, Amsterdam, Stockholm, Rio, Munich, Varsovie, Chicago, Los Angeles, Pittsburgh, Boston, New York (à une douzaine de reprises) ... avec les chefs Stokowsky, Barbirolli, Bernstein, Mehta, Monteux, Carvalho, Sawallisch, Hindemith, ou Villa-Lobos. Admirateur d'Emmanuel Feuermann, il joua son Stradivarius pendant plus de quarante ans. Aldo Parisot fut violoncelle solo de l'orchestre de Pittsburgh sous la baguette de Fritz Reiner, puis quitta l'orchestre pour se consacrer à la carrière de soliste. Il travailla les oeuvres de Samuel Barber, Elliot Carter, Alberto Ginastera et Hindemith avec leurs auteurs. Il se distingua en créant la "Parisonatina al'dodecafonia" de Donald Martino au festival de Tanglewood, et en interprète du concerto de Schoenberg au Kennedy Center de Washington. Il créa aussi des oeuvres écrites pour lui par Alvin Etler, Camargo Guarnieri, Ezra Laderman, Joan Panetti, Quincy Porter, Claudio Santoro, Yehudi Wyner, et joua le deuxième concerto de Villa-Lobos, qui lui est dédié, ainsi que le concerto de Hindemith avec l'Orchestre Philharmonique de New York sous la direction des compositeurs.

 


Pédagogue passionné et infatigable, il enseigne à l'université de Yale depuis 1958 (où figurent parmi ses anciens élèves Martine Bailly, Iseut Chuat, Xavier Gagnepain, Ralph Kirshbaum, Shauna Rolston, Michel Strauss, ou encore Jiang Wang). Il créa l'ensemble de violoncelles Yale Cellos, qui enregistre chez Delos. Sous la direction de M. Parisot, cet ensemble s'est notamment produit au Carnegie Hall de New York, aux Rencontres d'Ensembles de violoncelles de Beauvais en 1999 et 2001, ainsi qu'au festival de Manchester de 2001. Parmi d'autres honneurs, M. Parisot a aussi reçu le titre de "Chevalier du violoncelle" de l'université d'Indiana. Il enseigne à la Juilliard depuis 1985, et au festival d'été de Banff.
© Jésus Castro-Balbi, janvier 2002

 

Archives

Jules Delsart et la pique
Article d'Edouard Delhaye, violoncelliste de l'Opéra, publié dans la revue "Le Violoncelle" de juin 1931. Les illustrations historiques sont extraites de "L'Art du luthier" , ouvrage dédié en 1903 à son " vieil ami Gustave Bernardel " par A. Tolbecque, où figurent également celles que nous avons reproduites pages 12 et 15 du numéro 2 de notre revue.
Je mettrai une pointe d'humour dans cet article, mais, contrairement au titre, je veillerai à ce que cette pointe ne soit pas... piquante !
[...] Aux XVII et XVIIIème siècles, en Italie, alors que la viola di gamba était encore toute puissante (excepté en son !), on jouait très fréquemment le violoncelle...debout. Ce qui l'atteste, c'est la grande quantité des instruments dont le fond est percé d'un trou central de 8 à 9 millimètres de diamètre, dans lequel on passait une lanière, de manière à pouvoir suspendre le violoncelle à sa ceinture et à en jouer même...en marchant, comme cela avait lieu pour accompagner les chants liturgiques dans les processions. Heureusement que nos aïeux violoncellistes n'avaient dans ces cérémonies que des parties faciles de basse à jouer; comment eussent-ils fait s'ils avaient eu à exécuter un Concerto comme celui de ... Schumann! C'étaient d'ailleurs des violoncelles grand format, de 0,80 de longueur au lieu de 0,75.[...] 

 

La guitare d'amour (Arpeggione)

Première partie: la querelle des luthiers

Une oeuvre parmi les plus belles de Schubert, la sonate en la mineur (D.821), dite Arpeggione , que les violoncellistes connaissent bien, conserve seule le souvenir d'un instrument sans lendemain. La guitare d'amour a pourtant joui d'une brève célébrité, plus peut-être par la polémique qu'elle a suscitée dans la presse de Vienne et de Budapest en 1823 que par son rôle dans l'histoire de la musique.[...] "
Une guitare à archet

 


Une description enthousiaste énumère tous les avantages du nouvel instrument : douceur et profondeur de la sonorité ; facilité des traits chromatiques ou en tierces et justesse de l'intonation dans les passages rapides ; pureté et résonances dues à l'effet de corde à vide des cordes touchées ; générosité du son grâce à l'archet, etc. L'éloge se termine par l'assurance que les améliorations auxquelles Staufer travaille porteront l'instrument à un degré de perfection plus élevé encore.
L'article se termine par une envolée lyrique sur l'avenir prometteur des sérénades de Vienne, grâce à l'emploi d'instruments nouveaux comme celui-ci, et sur la célébrité qui ne manquera pas de récompenser le luthier Staufer.[...]

Deuxième partie: le destin d'une invention

Au-delà des querelles bouffonnes autour de son invention, l'instrument a cependant suscité un réel intérêt musical : le 18 mars1824, August Birnbach, violoncelliste au Théâtre Impérial de Vienne, donne un concert au Landständisches Saal. Il y joue en particulier le premier mouvement d'un concerto pour violoncelle de sa composition, un mouvement d'un concerto pour la guitare à archet (chitarra col' arco, un nouvel instrument inventé par M. Georg Staufer), et accompagne dans des variations pour violon son fils de six ans. Si la critique du 27 mars suivant dans la Gazette Musicale de Vienne est moyennement enthousiaste, celle de la Gazette musicale de Leipzig, qui paraît le 29 mars, est franchement éreintante : «2. Concerto pour violoncelle, composé et interprété par le soliste ; si tacuisses - . 5. Concerto pour la guitare et archet nouvellement invenée par M. Staufer, arrangé et exécuté par le soliste, parfaitement impropre, malheureusement, à mettre en valeur l'instrument. 6. Variations pour le violon, jouées par August Birnbach junior, âgé de six ans et accompagné par son père au violoncelle. Un monsieur très au courant affirmait avec le plus grand sérieux qu'on entendrait prochainement un nourrisson.»[...]

Le coin des amateurs

Cet entretien avec Henri Gottesdinner, un ingénieur spécialisé dans la construction des bâtiments, inaugure la rubrique que nous consacrerons aux violoncellistes amateurs qui sont invités à nous livrer leurs expériences et leurs réflexions.
Salut, Henri. Depuis une vingtaine d'années, tu travailles consciencieusement ton violoncelle tous les jours. Or ce n'est qu'à l'âge de quarante ans que tu as commencé. Avais-tu pratiqué la musique avant de t'embarquer dans cette aventure ?
Je n'avais jamais touché un instrument. Mais j'ai pratiqué le théâtre au Lycée Louis le Grand, et ensuite, j'ai fait beaucoup de mime. Avec un groupe de copains, j'ai fait des petits spectacles. Nous sommes notamment allés à Bayreuth, dans le cadre du festival. Pendant les pauses, nous avons donné quelques petits spectacles français de variété et de cabaret. Nous sommes même passés à la télévision en direct, chose dont les Allemands ont horreur, car ils n'aiment pas l'improvisation.
Donc, tu as toujours pratiqué des activités artistiques, mais comment en es-tu venu au violoncelle ?
C'est quand mes deux filles ont commencé à faire du piano : en effet, j'ai la conviction que si on veut que nos enfants persévèrent dans l'étude de la musique, il est bon que les parents en fassent eux-mêmes.[...]
Propos recueillis par Michel Oriano

 

Dimitry Markevitch

Le 5 février 2002, Évelyne Peudon , qui venait d'interpréter la 5ème Suite de Bach aux obsèques de Dimitry Markovitch, nous a adressé la lettre suivante:
"Depuis ce concert donné en juillet 1993 au Château de Pierre en Bresse bourguignonne, concert qu'il était venu écouter en simple auditeur, guidé par sa curiosité de découvrir de jeunes musiciens, je n'ai eu de cesse d'apprécier ces moments forts de musique, de partage, de travail avec ce violoncelliste musicologue et pédagogue: homme sensible, généreux, cultivé, un conteur né, il emmenait le musicien plus loin tout en respectant ce qu'il est.
Dimitry Markevitch nous a quittés ce mardi 29 janvier 2002, victime d'un infarctus. Reste son exceptionnelle bibliothèque consacrée au violoncelle qui comprend environ 3000 partitions et dont le catalogue pourra être consulté à la Bibliothèque de Conservatoire de Musique de Genève."
[...] 

 


Gitta, son épouse, nous a communiqué la liste des sites internet concernant Dimitry Markevitch:
PourLaMusique@netscape.net

-CDs Suites et Chaconne de Bach, Sonates de Beethoven et de Kodaly
http://mp3.com/ics
et http://genres.mp3.com/music/classical/

Interview International Society [...]

-Et plus généralement chercher "markevitch+dimitry" (environ 129 sites). 

 

 

Le témoignage de Sylvette Milliot
Ma première rencontre avec Dimitry Markévitch se fit à Paris, chez Madame de Chambure. Il rentrait des Etats-Unis, désirait s'installer en Europe et, en attendant, demeurait chez elle. Je fus fort intimidée aussi bien par l'artiste qui possédait un Stradivarius que par le musicologue qui avait retrouvé deux manuscrits des Suites de Bach et allait les divulguer en faisant une nouvelle édition. Madame de Chambure m'en offrit un exemplaire pour les fêtes de Noël et j'avoue que je ne m'en suis jamais séparée. Non qu'elle m'ait apporté des doigtés et coups d'archet révolutionnaires mais elle possédait une Préface expliquant les variantes du texte et l'esprit des danses de ce temps, ce qui en guidait l'interprétation. Puis je suivis de loin sa carrière d'artiste. Il enseigna à Paris, donnait des concerts auxquels j'assistais ; il continuait aussi à acheter aux bibliothèques des oeuvres injustement oubliées qu'il publiait et enregistrait aussitôt. J'avoue que sa double carrière de violoncelliste et de musicologue fut pour moi un modèle. Il était un musicien complet ; c'était si rare à l'époque ![...]
Sylvette Milliot est violoncelliste et musicologue

Disques

Titres des disques des oeuvres pour violoncelle répertoriés dans quelques revues de janvier à mars 2002, relevés par Marie-Paule Milone. Cette liste ne prétendant pas à l'exhaustivité, merci à nos lecteurs de nous signaler les lacunes.
Violoncelle seul
Jérome Pernod - J.S.Bach : Six Suites. Ligia Digital Lidi 2 cd, distr. Harmonia Mundi 0105098/99-01.[...]
Duos
Christophe Beau, Hugues Leclerc (piano)- Guy Ropartz : Sonate n° 1 en sol mineur. La Parnasse française 001 ; distr. Alis. (1999). [...]
Trios
Dmitri Ferschtman, orchestre de chambre de la Radio Néerlandaise, dir. Ed Spanjaard et Jac Van Steen - Henriette Bosmans (1895 - 1952) : Poème pour violoncelle et orchestre. NM Classics 92095. Distr. Socadisc.[...]

 

 

Le coin des écrivains

Tambour et violoncelle
par Jean Jaurès
Avant d'entendre par l'oreille, les êtres ont dû entendre par le corps tout entier. Ils ont dû percevoir d'abord les grands bruits sourds de la mer ou de la foudre et confondre leur première perception vague du son avec l'ébranlement total de leur masse. Je crois donc que c'est par les graves que les êtres ont débuté dans l'échelle des sons. Aujourd'hui encore, ce n'est pas en criant des notes aigues qu'on se fait entendre le mieux de ceux qui commencent à devenir sourds, mais, au contraire, en émettant avec une certaine force des notes graves ou moyennes. Ce qui donne quelquechose de puissant au roulement sourd du tambour, c'est qu'il semble que nous ne l'entendons pas seulement avec nos oreilles, mais qu'il résonne aussi dans nos entrailles. Les bruits aigus, au contraire, n'affectent que l'ouïe proprement dite et, si l'on peut dire, l'extrémité de l'ouïe. Ils sont aigus, en effet, car ils entrent dans l'organisme et dans la conscience comme une pointe; et les sons graves sont graves, en effet, c'est à dire pesants, par leur accord avec la masse de l'organisme. Ils semblent contracter la pesanteur de la matière. Voilà comment les sons aigus traduisent ce qu'il y a de plus excité et de plus subtile au sommet de l'âme, l'appel de Marguerite défaillante aux anges puisqu'ils vont l'enlever au ciel. Et les notes graves, au contraire, traduisent ce fanatisme des huguenots lourd, compact, qui n'est pas un élan passionné ou subtile, mais qui est la pesée continue d'une idée forte sur l'être tout entier. Les sons élevés nous détachent de nous-mêmes, ou, plutôt, il semble qu'ils détachent de nous une partie de nous-mêmes. Quand j'entends exécuter, sur le violon, certains morceaux très élevés, il me semble qu'une partie de moi-même la plus extrême, la plus subtile, est emue, et que l'autre partie écoute. On dirait un de ces souffles étranges qui laissent immobile l'arbre presque tout entier et qui ne font vibrer qu'une feuille à la pointe du plus haut rameau. De là, à écouter ces morceaux, une sorte de curiosité inquite d'abord, et, bientôt, d'indifférence. Au contraire, le violoncelle nous prend soudain aux entrailles, et l'on dirait qu'il ébranle, d'un coup d'archet, les assises mêmes de notre vie...[...]

 

 

Le coin des enfants

L'auteur de ce texte a souhaité garder l'anonymat. Nous invitons nos lecteurs, enfants comme adultes, à nous adresser histoires, photos, dessins, témoignages au gré de leur inspiration.

L'objet flottant non identifié

 

Illustration de Céline, 9 ans

C'était il y a très longtemps. Ce jour-là, Capucine et Virginie rentraient de l'école à travers champs en fredonnant les chansons qu'elles avaient apprises dans toutes les langues pendant la classe de musique : en français, en anglais, en italien, en russe, en arabe, et même en japonais. Les oiseaux, les chats, les abeilles, les coccinelles, les accompagnaient en choeur, et les vaches faisaient la basse continue, comme les gros tuyaux d'orgue dans la musique de Jean Sébastien Bach. Même les carpes participaient à ce joli concert en faisant bruisser la surface de l'eau avec leurs queues et leurs nageoires.
En regardant l'étang où s'ébrouaient ces paisibles poissons, quelle ne fut pas leur surprise lorsqu'elles aperçurent un objet qui flottait comme un bateau sans mât. Sa silhouette élégante, cambrée, dorée, était surmontée d'une tête en forme d'escargot d'où pointaient latéralement quatre cornes noires. Il se laissait dériver au fil de l'eau.
Capucine et Virginie n'en croyaient pas leurs yeux ![...]

 

 

 

Pour la sécurité des mamans, mieux vaut faire commencer l'étude du violoncelle de vos enfants à 6 ans plutôt qu'à 2 ans...