Revue n° 2 - Décembre 2001

Éditorial

Le 6 janvier 2001, le Journal Officiel annonçait la création de l'AFV par une poignée de musiciens. Un an plus tard, notre association compte près de 350 adhérents, notre site Internet se voit régulièrement consulté, et notre revue sort pour la troisième fois.
Le pari du lancement a donc été tenu. Il convient maintenant de trouver une vitesse de croisière que nous n'atteindrons qu'avec la participation de vous tous. Il dépend en effet de chacun d'entre vous d'alimenter notre périodique, de faire vivre notre site Internet, qui, par définition, se veut interactif, de s'informer mutuellement, de lancer des idées, de soumettre et de mettre en oeuvre des projets à Paris et dans les régions, de nous faire connaître et de convaincre ses amis de se joindre à nous.
L'actualité violoncellistique du dernier trimestre de l'année 2001 a été dominée par le 7ème concours Rostropovitch, dont Philippe Muller et Romain Garioud nous rendent compte, mais assombrie par la disparition de Raphaël Sommer, qui fut, avec son épouse, Geneviève Teulières, l'un des moteurs de la création de notre association.
Dans ce numéro, Etienne Vatelot, qui a côtoyé la plupart des grandes figures du violoncelle de notre époque, nous parle de sa conception du métier de luthier dans un entretien amical avec Marc Coppey, tandis que Laurence Cardoze résume les souvenirs évoqués dans une longue lettre de Guy Rogué. Dans la rubrique pédagogique, Pierre Lagoutte poursuit son exposé consacré à sa conception des premiers pas dans l'approche de l'instrument, et Nadine Deleury nous fait part de son expérience de professeur aux Etats-Unis. C'est encore Philippe Muller qui a bien voulu se charger d'interviewer Stephen Sensbach, auteur d'un important ouvrage sur les sonates françaises. De son côté, Marie Paule Milone a recensé les quelques dizaines d'enregistrements de violoncellistes répertoriés dans la presse musicale au cours de l'année 2001. Enfin, nous rééditons un article consacré aux cordes paru en 1930, et nous diffusons les diverses informations, enrichies parfois de sympathiques illustrations, par nos lecteurs que nous remercions.
Michel Oriano


ARCHIVES

LA VOIX DES CORDES
Extraits d'un article de Monsieur Netz, paru dans la revue "Le violoncelle" en avril 1935.
Vibrations des cordes
...Des explications qui précèdent, sur la rigidité d'une corde et ses effets, il résulte encore un fait capital, c'est que : les partiels d'une corde ne sont jamais exactement les harmoniques du fondamental. Ceux-ci, par définition, ont des fréquences de rapport 1, 2, 3, etc., c'est-à-dire égal à un nombre entier.
Ces harmoniques se superposent au son fondamental dans la vibration d'une corde entretenue par un archet, pour former un mouvement exactement périodique. On obtient donc un son égal, régulier en intensité et de hauteur constante. Cela est dû à ce que toutes les parties d'un corps vibrent à l'unisson, même quand ce corps est constitué de plusieurs éléments qui, pris isolément, ne seraient pas à l'unisson, pourvu que le rapport de leurs fréquences soit voisin de 1 ou d'un nombre entier. C'est-à-dire qu'il y a réaction des corps les uns sur les autres. Cela s'applique précisément aux cordes, qui peuvent donner plusieurs sons simultanés harmoniques de leur fondamental et qui, en définitive, donnent un son complexe, musical, périodique, parce que leurs partiels sont à peu près harmoniques, dans un rapport voisin de 1 ou d'un nombre entier. Vous savez par expérience qu'une corde irrégulière mal fabriquée, donne un son mauvais, roule, fait entendre deux notes : cela se produit quand les partiels de la corde sont trop différents des harmoniques ; autrement dit, quand le intervalles sont faux ; autrement dit encore, quand une même longueur de corde, prise en des points différents, ne donne pas sensiblement la même note...
Timbre des sons
[...]
R. Netz

LE 7EME CONCOURS ROSTROPOVITCH

Philippe Muller, Professeur de violoncelle au Conservatoire National de Musique de Paris , et Romain Garioud, qui a obtenu le 6ème prix, rendent compte du 7ème Concours Rostropovitch, en donnant respectivement le point de vue du jury et celui des candidats.
Le point de vue d'un membre du jury: L'association Acanthes, organisatrice du concours, avait enregistré un peu plus de 100 inscriptions et comptait sur la participation effective de 72 candidats: une très bonne estimation puisqu'ils furent finalement 70 à se présenter au tirage au sort déterminant l'ordre de participation.
Pour départager ces jeunes artistes, Rostropovitch avait réuni autour de lui dix personnes: Natalia Chakovskaya, David Geringas, Uzi Wiesel, Tsuyoshi Tsutsumi, Arto Noras, Frans Helmerson, Foung-Chang Cho, Etienne Vatelot, le compositeur Marco Stroppa, et moi-même.
La première épreuve éliminatoire, organisée au CNR de Paris, est comparable à une course en ligne au cours de laquelle les accidents ne sont pas à exclure. D'excellents violoncellistes peuvent hélas disparaître prématurément dans l'anonymat d'un programme qui ne les a pas mis suffisamment en valeur, ou simplement parce que ce jour -là ils étaient un peu moins performants qu'à l'accoutumée. [...]
Philippe Muller.  

 


Le point de vue d'un candidat
(Questions à Romain Garioud)

-Vos impressions sur ce concours?
-L'impression d'avoir été transporté dans un autre monde l'espace de dix jours... Cela représente une certaine tension évidemment, beaucoup d'attente, surtout celle due à l'impatience de jouer. L'organisation est parfaite, l'encadrement adorable, vraiment le sentiment d'avoir vécu quelque chose de féerique.
-Qu'éprouve-t-on quelques semaines après?
-Toujours cette sensation d'avoir vécu quelque chose qui n'arrive qu'une fois dans la vie, une certaine satisfaction et une grande affection pour le maître Rostro. Les quelques petits instants passés à ses côtés ont été forts d'émotion pour moi qui le rencontrais pour la première fois. Aussi et surtout le grand bonheur devant tous les témoignages de sympathie, de reconnaissance et d'affection, reçus des amis, des violoncellistes, et de ceux dont on reçoit des nouvelles après plusieurs années de silence, parce qu'ils ont appris par la télé...[...]



COURRIER DES LECTEURS

 

 

"Dans le dernier numéro de la revue Le Violoncelle (N°1, Août 2001), Dominique Bergeret d'Obernai demande des informations sur le violoncelle piccolo. Il évoque aussi la possibilité d'une parenté entre cet instrument et un violon ténor, intermédiaire entre cet instrument et l'alto, construit par Vuillaume et ayant suscité l'intérêt de Berlioz.
Il s'agit de deux instruments différents.[...]
Sylvette Milliot, Paris.

 

 

Informations

L'AFV SUR INTERNET.

Parallèlement à la revue
" Le Violoncelle ", notre association a mis en place un site Internet destiné à développer la communication instantanée , que nos adhérents sont vivement invités à alimenter et à consulter à leur guise. Dans le numéro de la 1ère quinzaine de novembre 2001 de " La Lettre du Musicien ", Sylvia Avrand-Margot note que " ce site s'adresse aux instrumentistes professionnels ou amateurs, luthiers, compositeurs, professeurs, étudiants, parents d'élèves, mélomanes, qui partagent notre passion du violoncelle ", avant d'ajouter : " On l'a compris, un grand nombre de musiciens est concerné. Par le biais de ce site, ils peuvent mettre leurs informations en réseau, développer des contacts, confronter leurs expériences, promouvoir du matériel, organiser des rencontres, des conférences, des concerts, des stages d'interprétation ou d'ensembles, établir des liens avec les nombreuses sociétés de musiciens en France comme à l'étranger. Pour réaliser ce vaste projet, il faut mettre la main à la pâte : les adhérents sont donc responsables d'une partie du contenu du site puisqu'on leur doit les actualités, classées par région ou pays. On les invite également à parler des colloques, des manifestations diverses ou des concerts où ils se sont rendus. Autre lieu d'échange, les annonces lisibles par tous...[...] "

Un hommage à Maurice Gendron.

En novembre 2002 il y aura une masterclass, des projections de films et des concerts en hommage à Maurice Gendron. Cette manifestation aura lieu dans les anciens locaux du conservatoire de Paris, rue de Madrid. Le programme détaillé sera connu à partir de mars 2002.

Le compositeur Klaus Huber (Suisse)

a commencé d'écrire un double concerto pour violoncelle et baryton à l'initiative de Walter Grimmer. La création aura lieu à Donauschingen et à Paris en octobre 2002; les solistes seront Christophe Coin et Walter Grimmer.


Une recherche sur Bernard Romberg..

Sous le titre "Pourquoi n'y a-t-il pas de concerto de violoncelle de Beethoven?" Walter Grimmer a été chargé d'un projet de recherche par le Conservatoire supérieur de musique de Winterthur-Zürich, que la revue de l'Association Suisse des Musiciens expose en ces termes, sous la plume de Dominique Sackman:[...]

Dans sa série de concerts de la saison 2001-2002, l'Orchestre de la Cité Internationale a programmé le vendredi 22 mars au Grand Amphithéâtre de la Sorbonne la Ballade pour 2 violoncelles et cordes de Giovanni Solima, avec en solistes le compositeur et Lane Anderson, violoncelle solo de l'orchestre de Monte Carlo. Un tarif spécial de 7 euros sera consenti aux membres de l'Association française du violoncelle, sur présentation de cette page de notre revue.

 

"De la mort ne te soucieras" Paul Tortelier et son Credo

par Raphaël Sommer

Violoncelliste de grand talent, professeur à la Guildhall School of Music and Drama de Londres et à l'Ecole Normale de Musique de Paris, Raphaël Sommer, l'un des pionniers de l'Association française du violoncelle, est décédé le 16 novembre dernier au cours d'une tournée de concerts qu'il effectuait avec le Trio Salomon en Israël.
Né à Prague en 1937, notre ami Raphaël avait été déporté à une centaine de kilomètres de la capitale tchèque., dans le camp de Terezin, où sa mère pianiste "fit tout ce qu'elle put pour lui cacher les atrocités commises par les Nazis". Après la guerre, après avoir perdu son père à Dachau, sa famille émigra en Israël, et c'est là qu'il rencontra dans un kibboutz Paul Tortelier, qui lui permit d'obtenir une bourse d'étude au CNSM de Paris. Lauréat des concours Casals, en Belgique, Piatigorski, à Boston, ainsi que d'autres à Munich et à Santiago, il fut invité en 1965 par Rudolf Serkin au Festival de musique de chambre de Marlboro. Au cours de sa carrière de soliste, il interpréta des concertos avec des orchestres dirigés par de grands chefs, comme Barbiroli, Munch ou Ashkenazy. La musique contemporaine occupait une place de choix dans ses récitals, et, avec le pianiste Daniel Adni, il enregistra notamment toute l'oeuvre pour violoncelle de son compatriote Bohuslav Martinu. [...]
A peine quelques jours avant son décès, il nous avait adressé une lettre en anglais dans laquelle il faisait l'éloge de son maître, Paul Tortelier, dont nous publions ci-dessous la traduction . [...] Raphael Sommer

 

Entretien avec
Etienne Vatelot

Étienne Vatelot, l'un de nos trois présidents d'honneur, nous a reçus dans son beau local situé à proximité de l'ancien conservatoire de la rue de Madrid. Une photographie de Casals qui lui est dédicacée accueille les visiteurs sitôt la porte d'entrée franchie, et de nombreux autres portraits de grands violonistes et violoncellistes tapissent les murs de son bureau qui jouxte l'atelier au premier étage .
-Du temps de mes parents, l'atelier était au rez de chaussée et l'habitation au premier étage. Ici venaient régulièrement Vincent d'Indy, Saint-Saëns, Fauré, Reynaldo Hahn, Ravel...
-Votre famille pratique donc la lutherie depuis plusieurs générations.
-Oui. Mon père était un excellent luthier et mon arrière grand père fabriquait des guitares à Mirecourt. Luthier depuis 58 ans, j'ai pu moi même apprendre mon métier grâce non seulement à mon père et à des grands maîtres, dont Amédée Dieudonné et Victor Quenoist, mais également grâce aux conseils des violonistes et des violoncellistes. Ces derniers jouent des instruments de toutes les époques, selon leurs goûts, et je ne pense pas que ceux qui choisissent des instruments anciens soient empreints d'un snobisme absurde. Personnellement, je ne vois pas de polémique entre les instruments anciens et modernes, et je remarque qu'elle a souvent été attisée par des luthiers contemporains avides de reconnaissance. Je le comprends parfaitement, mais ayant réalisé depuis 1954 une quarantaine de violoncelles dont plusieurs sont joués par des instrumentistes célèbres, je ne suis cependant aucunement jaloux de l'attirance qu'ils ont pour les grands instruments anciens.
-Vous avez aussi fabriqué des violons...
- Certains luthiers préfèrent fabriquer des violons, d'autres des violoncelles.[...]

Propos recueillis par Marc Coppey et Michel Oriano

 

 

   

 

Oeuvres du répertoire

Un livre sur les sonates françaises

Dans "French Cello Sonatas, 1871-1939", paru en septembre dernier, le violoncelliste américain Stephen Sensbach présente 130 sonates françaises, leurs auteurs, leurs premiers interprètes et les circonstances de leur création pendant la période qui s'étend de la défaite 1871 à la déclaration de guerre de 1939 The Lilliput Press, 63 Stiric Road, Arbor Hill Dublin 7.
Philippe Muller, Professeur de violoncelle au Conservatoire National de Musique de Paris, s'est entretenu avec l'auteur de cet important ouvrage dont nous reproduisons quelques unes des illustrations.

Comment vous est venue l'idée du sujet?
C'est quand j'étais élève d'André Navarra à Dortmund. En effet, auparavant, lors de mes études aux Etats-Unis, je n'avais pas entendu beaucoup de sonates françaises. Par exemple, c'est chez Navarra que j'ai entendu pour la première fois les deux sonates de Saint Saëns.
C'était peut être l'époque où il les avait enregistrées.
Peut être. C'était en 1984. Je n'avais jamais entendu parler de ces sonates, ni de celles de Fauré. Dans la bibliothèque de Dortmund, je suis tombé par hasard sur la sonate de Vincent d'Indy. Et à la même époque, j'ai entendu Navarra jouer celle de Boëllman. Ensuite, quand j'ai entrepris une thèse à l'université d'Austin, au Texas, j'ai trouvé une liste de sonates dans un livre d'E. Nogué. Dans ma thèse j'avais répertorié 75 sonates. Ensuite, en travaillant notamment à la Bibliothèque Nationale, j'en ai découvert 25 autres. [...]