Revue n° 1 - Septembre 2001

Éditorial


Après avoir franchi l'entresol du numéro zéro, nous voici parvenus au premier étage de notre jeune revue, dont nous nous réjouissons de voir le nombre des souscripteurs augmenter de jour en jour.

Ainsi que nous l'avions annoncé, notre magazine est émaillé de citations du Bulletin des violoncellistes publié au cours des années 20 et 30. L'article d'Édouard Nogué nous fait mesurer le chemin parcouru par le violoncelle au cours du 20ème siècle. Celui de Marcel Genet montre en revanche que l'ambiance créée par la création d'une revue n'a guère évolué. De même, parallèlement aux articles consacrés aux oeuvres du répertoire, il nous a paru stimulant de faire coexister des notes sur Ligeti, Elliot Carter et James Mac Millan avec quelques mots rédigés en 1932 par Paul Bazelaire sur l'Élégie de Fauré. Et dans la section lutherie, les réponses de Jacques Fustier à nos questions voisinent avec l'annonce faite en 1922 de l'invention du violoncelle pliant.

Nos présidents d'honneur se voient donner la parole. Après Janos Starker, et en attendant le tour d'Etienne Vatelot, Maud Tortelier évoque d'émouvants souvenirs de sa carrière.

Le "Coin des enfants" permet à de jeunes violoncellistes d'exprimer par des textes et des dessins leurs impressions du concert qu'ils ont donné à la Villette, en prélude à celui que l'Association Française du Violoncelle avait organisé le 1er avril dans le cadre du Salon de la Musique. La lettre de Béatrice Durand, mère d'élève, ouvre une série d'articles comparant les pratiques pédagogiques dans différents pays, tandis que Pierre Lagoutte fait part de ses réflexions personnelles sur la manière d'aborder l'étude du violoncelle. Enfin, dans un article consacré à Gauguin, Jean Thin s'efforce de corriger une erreur commise dans notre numéro zéro, dont nous prions nos lecteurs de nous excuser.

Conformément à l'un des axes majeurs de notre politique éditoriale, nous avons également souhaité réserver un espace significatif à nos lecteurs à qui revient la tâche de nous informer de l'actualité du violoncelle en France et dans le monde ainsi que de leurs réactions personnelles. Nous concevons en effet le rôle du bureau de notre association et de notre comité de rédaction en terme de coordination de l'expression de tous les amoureux du violoncelle, dont cette revue se veut constituer le forum.

Michel Oriano président de l'Association Française du Violoncelle

Le coin des poètes

De la corde de do à la corde de la
Règne une belle sonorité
Que chacun aurait voulu être là,
Car on ne peut s'en passer.
Et la pique jusqu'aux chevilles,
Un son si étincelant
S'éloigne dans la lumière et brille,
Dans les oreilles d'un chancelant.
Enfin des ouïes jusqu'au chevalet,
Des mains souples glissent sans cesse,
Sans jamais se reposer
Avec délicatesse et finesse
On n'est pas près de l'oublier.
Céline, 9 ans
[...]


Courrier des lecteurs

   

[...] "C'est avec le plus grand intérêt que j'ai lu le numéro zéro de votre revue qui va créer un lien tant amical qu'artistique entre tous les violoncellistes".
Monique Bazelaire[...]

 

   

Classe de Maurice Maréchal en juillet 1945
collection Ingi, Paris

 

Entretien avec Maud Tortelier

Nous sommes rue Lepic, dans le pied à terre parisien de la famille Tortelier.
Figurez vous,
dit Maud Tortelier, que Paul et moi avons grandi chacun d'un côté de la Butte Montmartre sans nous connaître. Nous avons conservé ce petit appartement à Paris, alors que mes enfants et moi sommes dispersés entre Nice, Londres et Lyon. Comme tous les solistes, je me sens un peu isolée. C'est dire que j'ai pris grand plaisir en lisant le numéro zéro de votre revue, qui constitue un point de rencontre entre violoncellistes. [...]

Archives

La création d'une revue n'est pas de tout repos, nous en savons quelque chose! Puissions nous conserver la bonne humeur des violoncellistes du début du 20ème siècle, dont témoignent ces deux articles publiés en mars 1922, année de la création du Bulletin de l'Union des violoncellistes.
Pourquoi le violoncelle est-il peu répandu?
Le violoncelle est un des plus beaux et des plus émouvants instruments de musique et, malgré les difficultés que présente son étude, il a cette particularité qu'il est plein d'intérêt aussi bien pour les élèves que pour les virtuoses. [...]
Édouard Nogué mars 1922 

Baptême laborieux


Également publié en mars 1922 dans le premier numéro du "Bulletin des violoncellistes professionnels et amateurs", cet article témoigne de l'humour des rédactions de l'époque.
L'an dix neuf cent vingt et un, en la soirée du vingt-quatre octobre, se réunirent les parrains et marraines de notre revue.
- Or ça, dames, damoiselles et damoiseaux, je vous ai convoqués, dit le doyen d'âge, afin de choisir le nom de la Revue que nous lançons. En mon clair pays de Provence, on s'inspire souvent du simple calendrier, et tel le nom inscrit au jour de la naissance, tel celui donné au nouveau-né: Marius, Isidore, Flavie, Pétronille, Onésisme ou Félicité, peu importe. Moyen par trop commode, mais inélégant et donc à rejeter. Un nom: c'est tout un programme. Il faut que notre filleule, cette Revue, apparaisse à tous, dès son premier gazouillement, orné d'un nom qui dise, à lui seul, ce qu'elle est et ce qu'elle veut. Qu'en pensez vous, voisin, mon compère? [...]
Marcel Ginet mars 1922


Lutherie

Les anciens et les modernes
Le point de vue de Jacques Fustier


Jacques Fustier, luthier à Lyon, a bien voulu répondre à nos questions.
Construit on différemment selon la personnalité du musicien?

Oui. Et j'ai eu la chance d'avoir dès le début un rapport très personnel non seulement entre le "client" et moi, mais aussi entre l'objet et le luthier. Je connais généralement bien la personne pour qui je fabrique un instrument, son jeu, ses goûts musicaux, son caractère. J'essaie de deviner ce qu'il attend de son instrument, aussi bien du point de vue de la sonorité que des détails pratiques purement techniques dont nous avons parlé. Et d'une manière inconsciente, l'instrument se fera différemment que s'il était destiné à un autre. [...]

Oeuvres du répertoire

György Ligeti
Histoire d'une rencontre et d'une sonate

 


Lors d'une réception à Paris, je fis la connaissance du Maître. Il me demanda ce que je pensais de son Concerto que j'étais incapable de jouer! Ni spécialiste, ni porté vers cette musique, (surtout dégoûté par des expériences difficiles), je lui répondis poliment que j'avais du mal à comprendre cette pièce mais que je connaissais son Requiem, Hungarian Rock et le quintette à vents.
A ce moment, un Français, auteur d'un livre sur Ligeti lui demanda son avis sur cet ouvrage:
-Ah! Très intéressant! Vous me connaissez mieux que moi-même! Je progresse à travers l'analyse des biographies, dit-il. [...]
Manfred Stiltz. Nice, mai 2001 

L'Élégie de Fauré
Chef d'oeuvre incontestable et incontesté


Voici comment un grand professeur de l'école française du violoncelle mettait en mots l'un des chevaux de bataille du répertoire avant la deuxième guerre mondiale.
Fauré avait 38 ans en 1883 lorsqu'il écrivit l'Élégie. C'est la première oeuvre écrite pour violoncelle; la seconde "Petite pièce" ne devait venir qu'en 1889, et les suivantes à partir de 1885 seulement.
Dans l'Élégie, ainsi que dans la plupart de ses mélodies, Fauré fait largement appel à la collaboration du piano pour traduire sa pensée musicale, et les deux instruments, qui dialoguent constamment, ont un rôle également important. [...]
Paul Bazelaire ("Le Violoncelle", novembre 1933) 

Pédagogie

La main gauche doit être active dès le tout début de l'étude
Violoniste de formation, Pierre Lagoutte, Conseiller pédagogique honoraire de l'Éducation nationale, a obtenu un premier prix du Conservatoire de Dijon et pratiqué la plupart des formes de musique d'orchestre et de chambre avant de devenir altiste. A l'âge de 55 ans, il a eu la curiosité de se mettre au violoncelle, et, s'aperçut que, malgré sa connaissance des instruments à cordes, il se trouvait confronté à des problèmes difficilement solubles. Il décida donc, selon ses propres dires "de s'intéresser au principal instrument, qui est le corps humain: il étudia l'anatomie, la physiologie et la motricité" et notamment à "l'application de la biomécanique à la pratique et à la pédagogie des instruments à cordes" [...]
Pierre Lagoutte

   

Carte postale de 1907
Collection Ingi, Paris

France-Allemagne: deux approches du traitement des débutants


A l'heure où l'on parle beaucoup de l'Europe, il ne semble pas qu'on se soit encore penché sur les conceptions des différents pays du vieux continent en matière de pédagogie dans le domaine de l'initiation à un instrument de musique. Le témoignage de Madame Durand constitue la première pièce d'un dossier d'analyses et de réflexions que notre revue publiera sur ce sujet. Nos lecteurs, professionnels, amateurs, parents d'élèves français et étrangers sont invités à participer à ce débat.
Le choc culturel vient se loger là où on ne pensait pas le chercher. Un apprenti violoncelliste de huit ans, transplanté d'Allemagne en France à la fin d'une année de violoncelle assez enthousiasmante, s'est mal remis du changement. Habitué en Allemagne dès le premier mois d'apprentissage, alors qu'il ne jouait encore que des cordes à vide, à de vrais morceaux accompagnés au violoncelle ou au piano, habitué à tenir sa place -toujours avec ses cordes à vide les premières fois- dans un petit ensemble, il a trouvé la manière française bien peu gratifiante: pas de morceau avant que l'exercice ne soit parfait, ce qui prend très longtemps; plus de petits duos avec le professeur qui ne sort qu'exceptionnellement son violoncelle de son étui pour les débutants -lesquels sont considérés comme incapables de "faire de la musique"-. Et surtout beaucoup de critiques et peu d'encouragements. [...]
Béatrice Durand

Actualité

Festival du violoncelle à Manchester


Tous les deux ans, pendant deux jours, la ville de Manchester accueille le festival international du violoncelle. David Delacroix, un ancien du CNSM de Paris rend compte en ces termes de la dernière session de ce festival:
"J'étais pour la première fois à Manchester, quel bon souvenir! Il y avait trop de violoncellistes, mais je venais pour cela! L'ambiance détendue permettait l'échange, même si on ne pouvait pas écouter tout le monde faute de temps... J'étais invité par Gary Hoffmann pour cette session. Les masterclass (4 par jour!) étaient intensives et concises. Starker, si humble, nous a dit: "dans le temps c'était misérable; maintenant le niveau est très fort partout!" Je l'avais entendu à Prades: quelle maîtrise! Il a joué Dohnanyi, méconnu, de même que Hindemith fut interprété par Pergamentchikow; ici, on ne se contente pas des éternels "standards" qui font nos saisons de concert... Quelques ateliers m'ont particulièrement marqué, comme ceux dispensés par Coin sur Bach, ou par Bylsma sur Boccherini... [...]


Le coin des enfants

A l'occasion du Salon de la Musique (Musicora), l'Association Française du Violoncelle a organisé le 1er avril 2001 un concert où se sont produits une quarantaine de violoncellistes dans la salle Boris Vian de la Grande Halle de La Villette. Cette manifestation fut précédée par un concert donné par des élèves des conservatoires de Bourg la Reine et du Centre de Paris. Nous donnons la parole à ces jeunes reporters qui relatent leurs impressions, après s'être produits en public.

 

Le concert des jeunes au Salon de la musique

Un brouhaha fertile


Quand nous sommes arrivées vers midi à Musicora, l'atmosphère était déjà très active et bourdonnante. Après le calme de Bourg la Reine, cela surprenait! Il sortait de tous les coins des bruits d'instruments de toute sorte, et, quand le premier morceau a commencé, je devais tendre l'oreille pour entendre ce qu'ils jouaient; ils étaient sept violoncellistes et jouaient de très jolis morceaux en canon. Quand mon tour est arrivé, j'entendais à peine ce que je jouais! [...]
Clotilde 11 ans